La lettre de Laurent Joffrin………….(15/11/2019)

Libération 15 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettrepolitique
de Laurent Joffrin

Jupiter et Damoclès

Emmanuel Macron est un conducteur qui aime la vitesse. Il vient de le prouver une nouvelle fois : il est aussi rapide en marche arrière qu’en marche avant. Les manifestants du secteur hospitalier avaient à peine fini de défiler que le Président, tel un Speedy Gonzales de la reculade, annonçait que son gouvernement, tout bien réfléchi, était prêt à d’importantes concessions. Celles-ci seront détaillées la semaine prochaine. Symbole éclairant, qui jette une lumière crue sur la deuxième partie du quinquennat. L’acte I se voulait celui de l’audace. L’acte II est celui de l’angoisse.

La faute en revient au mouvement des gilets jaunes, dont on célèbre ces jours-ci le premier anniversaire. Cette révolte qui fut un coup de tonnerre dans un ciel serein, a fait tomber la foudre sur l’Elysée, cruel paradoxe pour celui qui pensait la tenir dans son poing énergique. Depuis, Jupiter s’est changé en Damoclès et se promène partout avec une épée jaune suspendue au-dessus du crâne. Situation très inconfortable quand on veut réformer le pays.

Cette épée porte un nom à la connotation très sociale : la «convergence des luttes», qui verrait les mouvements protestataires se coaliser pour lancer l’assaut le gouvernement. A vrai dire, la formule est en partieimpropre. Cette «convergence» rituellement invoquée par les militants les plus radicaux est un événement rarissime. Chaque lutte, la plupart du temps, est particulière. Les difficultés des «blouses blanches» ne sont pas celles des gilets jaunes, qui diffèrent de celles des cheminots, lesquelles n’ont pas grand-chose à voir avec celles des étudiants. Plus pernicieux : les leaders de ces mouvements savent, au fond d’eux-mêmes, que le budget de l’Etat n’est pas une corne d’abondance. Et donc, dans un contexte de pénurie financière, que les concessions gagnées par les uns risquent fort d’être perdues pour les autres. S’il cède aux médecins, le gouvernement pourra moins accorder d’avantages aux étudiants, et vice-versa. Chaque profession est tentée de négocier pour elle-même, laissant les autres s’occuper de leurs affaires.

La vraie convergence, en fait, est celle qui relie les protestataires à l’opinion. Les Français pratiquent volontiers la «grève par procuration». Ils évitent de faire la grève mais approuvent ceux qui la font. D’où l’empressement du Président envers les personnels de santé : le mouvement des «blouses blanches» est très populaire. Si d’aventure il se joint le 5 décembre aux salariés des transports publics, il renforcera leur légitimité. D’où l’idée de faire la part du feu en éteignant ce foyer de contestation sous un flot de concessions avant qu’il ne se propage ailleurs. Ce qui n’écarte pas tous les risques. La réforme des retraites touche tout demonde. L’exigence d’un retrait peut devenir le mot d’ordre commun qui manque à la «convergence» tant redoutée. Telle une brigade qui doit faire face à plusieurs départs de feu, le gouvernement court d’un foyer à l’autre. Il se voyait en hussard de la réforme. Il doit se changer en capitaine des pompiers.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans : Politique |le 15 novembre, 2019 |Pas de Commentaires »

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