Archive pour le 11 février, 2020

La lettre de Laurent Joffrin………….(11/02/2020)

Libération 11 février 2020
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

La démagogie à 90 km/h

Le peuple a toujours raison, disent les populistes. Si besoin en était, cette fausse maxime vient d’être réfutée une nouvelle fois. Instaurant une limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires (bidirectionnelles sans séparateur central, selon le jargon), le gouvernement Philippe avait suscité une levée de boucliers. Mesure absurde, disait-on, prise dans un bureau sans égard pour les ruraux, destinée seulement à accentuer la répression dans le but de remplir les caisses de l’Etat : tel était le réquisitoire martelé par le lobby automobile, la majorité de l’opinion et une grande partie des élus locaux. Les spécialistes avaient beau rappeler que ces routes secondaires enregistrent plus de la moitié des décès survenus chaque année en France (3 488 au total) et que la vitesse est l’un des facteurs principaux d’accident : rien n’y a fait. Ce ralentissement, qui fait perdre trois ou quatre minutes sur un trajet de 50 kilomètres, semblait une mesure arbitraire, dictatoriale, fascisante et même pire : parisienne.

Avec un indéniable courage, Edouard Philippe avait tenu bon, avant de céder partiellement à la pression et d’autoriser les départements à revenir à 90 km/h si bon leur semblait, assouplissement qui entre en vigueur ces jours-ci. Ainsi, pendant douze mois d’expérimentation, les 80 km/h se sont imposés. Le résultat est sans appel. La Sécurité routière évalue à plus de 200 le nombre des vies sauvées grâce à la diminution de la vitesse.

Comment a-t-elle calculé ce chiffre ? En comparant le nombre des morts pendant la période des 80 km/h à la moyenne des cinq années précédentes. Il y a trois causes essentielles aux accidents, l’alcool, l’inexpérience et la vitesse. Comme on voit mal pourquoi la consommation d’alcool au volant aurait soudainement baissé, ni comment l’expérience des conducteurs aurait brutalement progressé d’une année sur l’autre, le seul facteur qui puisse expliquer la différence entre les deux périodes réside dans la diminution de la vitesse autorisée. La Sécurité routière est d’ailleurs déçue par ce bilan : elle escomptait une baisse de plus de 300 décès. Selon elle, la destruction des radars survenue pendant la crise des gilets jaunes a empêché la mesure de s’appliquer pleinement. Radars que la vox populi voue également aux gémonies, accusant encore l’Etat «d’augmenter-la-répression-pour-remplir-ses-caisses».

Deux cents morts : tel aurait été le coût humain du poujadisme anti-sécurité routière s’il avait prévalu. Rappelons que la mortalité routière ne cesse de diminuer en France en dépit de l’augmentation du nombre de trajets, grâce aux sages mesures arrêtées par les pouvoirs publics (limitations de vitesse, ceinture de sécurité, normes plus contraignantes, contrôles techniques, installation de radars, etc.) et qui, toutes, ont donné lieu aux mêmes protestations démagogiques contre «l’augmentation-de-la-répression-pour-remplir-les-caisses». Nous étions autour de 15 000 morts par an dans les années 70, à moins de 4 000 aujourd’hui.

Un référendum tenu sur ce sujet aurait sans doute désavoué le gouvernement Philippe. Voilà qui illustre la limite de ce mode de consultation, si prisé par ceux qui ne jurent que par le RIC (référendum d’initiative citoyenne). Il faut à ce sujet rappeler que la souveraineté populaire, principe fondateur, s’exerce en France par deux moyens : le référendum d’une part, l’élection de représentants chargés de contrôler le gouvernement, d’élaborer et de voter les lois, d’autre part. Ce second moyen fait fond sur l’élaboration collective entre gens de bonne foi et sur la rationalité des débats. Dans un dossier comme la sécurité routière et dès lors que la population est d’accord pour diminuer autant que possible la mortalité sur les routes, il est parfaitement logique d’en déléguer les modalités précises à des experts – sous le contrôle des instances légales procédant de l’élection – plutôt que de l’abandonner au vent de l’opinion. Tout observateur qui se plonge dans le dossier sait que la vitesse figure parmi les premières causes d’accident ou, si elle n’en est pas la cause, qu’elle aggrave les dommages corporels infligés aux victimes. Cette vérité étant établie rationnellement par l’accidentologie, aucun vote populaire ne saurait la controuver. En un mot, le peuple, en démocratie, détient la souveraineté. Non la science infuse.

LAURENT JOFFRIN
 
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