La lettre de Laurent Joffrin……….(12/02/2020)

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Libération 12 février 2020
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Macron vert

Forte parole de Jean-François Eliaou, député LREM de l’Hérault, décrivant la séance de coaching des députés En marche tenue mardi soir par Emmanuel Macron : «Il suffit qu’il parle pour que les gens se sentent reperfusés.» Le néologisme n’est pas très heureux, d’autant que c’est une manière de confesser que le groupe parlementaire En marche vit… sous perfusion, tel un grand malade. Les godillots LREM se plaignent de leur manque d’autonomie. Ils réclament néanmoins leur dose régulière de jouvence macronienne.

En dehors de cette confidence révélatrice, l’ordre du jour aux armées prononcée par le général en chef a livré plusieurs réflexions notables. Sur le passé, qui éclaire sa conception du rapport gouvernement-majorité : il faut éviter, a dit Emmanuel Macron, de reconstituer le duo aile droite-aile gauche qui a miné la présidence Hollande. «Le quinquennat précédent s’est disloqué sur des aventures personnelles», a-t-il ajouté, oubliant de rappeler que la principale «aventure personnelle» des années 2012-2017 fut la sienne, fort réussie au demeurant.

Il est vrai qu’il y en eut d’autres, qui ont symétriquement échoué. L’équipée des frondeurs s’est soldée par le score calamiteux de Benoît Hamon à la présidentielle. Quant à celle de Manuel Valls, fort loyal jusqu’en 2016 mais défecteur ensuite, elle a abouti à un échec cinglant, à Paris comme à Barcelone.

Ce qui débouche sur un paradoxe supplémentaire : le Président n’exclut pas de recourir à l’article 49.3 pour surmonter l’obstruction parlementaire de La France insoumise à la réforme des retraites. C’est justement sur ce point – le 49.3 – qu’il s’était séparé de son propre gouvernement, coupable d’avoir fait passer la loi travail grâce au même raccourci constitutionnel.

L’avenir ? Il se dessine aussi dans l’adresse macronienne, fondée sur deux piliers. Le «régalien», comme on dit aujourd’hui, c’est-à-dire l’autorité de l’Etat – et la fermeté-brutalité policière – destiné à rassurer la droite de l’électorat et à priver LR d’oxygène. L’écologie, en second lieu, où une action spectaculaire permettra, pense le Président, de recoller les morceaux avec les électeurs de centre-gauche déroutés par sa droitisation.

On dira que c’est l’alliance de la carpe et du lapin. Pas si sûr. Contrairement à ce que disent certains écologistes, la lutte contre la dégradation de la planète n’est pas forcément de gauche. En Autriche, les écologistes se sont alliés avec la droite dure sur un programme anti-immigration très raide. En échange, ils ont obtenu la promesse que le pays arriverait rapidement à la neutralité carbone. La Terre aux Terriens, l’Autriche aux Autrichiens. En Allemagne, la sensibilité écologique transcende les clivages et permet des alliances qu’on trouverait en France compromettantes. En Grande-Bretagne, Boris Johnson, maire de Londres, avec ses «Boris bikes», comprenait fort bien les impératifs de la lutte contre la pollution. Il est aujourd’hui le chef des conservateurs. Un peu partout, le patronat des multinationales, y compris celui de l’énergie, a écouté les scientifiques et prend au sérieux les menaces qui pèsent sur la planète. En France même, plusieurs écologistes chevronnés, ardents défenseurs de la planète, Pascal Canfin ou Daniel Cohn-Bendit, verts si l’en est, ont rejoint le projet macronien. A Paris, une partie des écologistes ne sont pas rétifs envers une alliance avec Cédric Villani, électron libre de la macronie. Etc.

Après tout, si l’on croit au verdict de la science, l’impératif écologique s’impose à tous, pas seulement à la gauche, qui se détermine sur des critères plus larges. D’où la division qui caractérise l’écologie française aujourd’hui : plutôt gauche radicale avec Bayou, centriste avec Jadot. Du coup, un Macron gagné aux thèses vertes peut rallier ceux qui placent l’urgence climatique «avant tous les vieux clivages».

Le Président le confie volontiers : pour lui, la vie politique n’oppose plus droite et gauche, mais partisans de l’ouverture et sectateurs de la fermeture, de l’identité et du «vieux monde». Dans ce schéma, les écologistes prennent naturellement leur place du côté de l’ouverture : En marche pour la planète…

Tel est le paysage qui se dessine. Ceux qui croient à l’obsolescence de la césure droite-gauche approuveront. Ceux qui croient encore à la gauche, à la justice sociale, à la République égalitaire, à la maîtrise de la société par elle-même, s’inquiéteront.

LAURENT JOFFRIN
 
Publié dans : Ecologie |le 12 février, 2020 |Pas de Commentaires »

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