Archive pour la catégorie 'LAICITE'

Le Pape ferait mieux de s’occuper de l’Eglise……………………(03/10/2016)

EXPLICATEUR

Au risque de radoter, « la théorie du genre » n’existe pas

Il y a trois ans, sous l’impulsion de la « Manif pour tous », on s’était mis à parler de « théorie du genre » pour dire tout et n’importe quoi. Obsession d’une partie de la droite, cette chose indéterminée permet de mélanger le sexe, la sexualité, l’orientation sexuelle et la fin du monde.

Par Florencia Rovira Torres Journaliste. Publié le 03/10/2016 à 10h26

Ce dimanche 2 octobre, le pape François a accusé les manuels scolaires français de propager un « sournois endoctrinement de la théorie du genre ».

Il y a trois ans, sous l’impulsion de la « Manif pour tous », on s’était mis en France à parler de « théorie du genre » pour dire tout et n’importe quoi.Obsession d’une partie de la droite, cette chose indéterminée permet de mélanger le sexe, la sexualité, l’orientation sexuelle et la fin du monde

Définition
Les études du genre, «  gender studies  » en anglais, désignent une approche interdisciplinaire des sciences humaines, qui rassemble des domaines de recherche aussi divers que la sociologie, l’histoire, la linguistique, la médecine,l’architecture, la philosophie, lapsychologie ou la science politique. Loin d’être une exclusivité des universités américaines, cette approche est aujourd’hui implantée sur tous les continents, du Danemark au Chili, en passant par le Mexique,l’Allemagnel’Indela Thaïlande ou le Kenya.

Elle était devenu hautement politique et suspecte, au point que Najat Vallaud-Belkacem, alors porte-parole du gouvernement, avait été obligée de nier l’existence d’une telle théorie. A juste titre, même si les explications étaient un peu courtes :

« La “théorie du genre”, ça n’existe pas, je ne l’ai jamais rencontrée. Ce qui existe en revanche ce sont les études du genre dans plein de champs disciplinaires.

Vous avez des chercheurs qui s’intéressent à la façon dont la société organise les inégalités entre hommes et femmes. »

Une bonne fois pour toutes : c’est quoi ce fameux «  genre  » qui suscite tant de passions ?

1

Pas une théorie mais un concept

 

Loin d’être une théorie, le genre est un concept. Il s’agit d’un outil d’analyse, qui permet aux chercheurs d’étudier divers phénomènes sociaux, et à tout le monde de mieux comprendre comment s’articulent notamment les identités d’homme et de femme.

On pourrait argumenter qu’une théorie spécifique est fausse, en avançant des preuves à son encontre, on ne peut pas dire de même d’un outil analytique.

Parler de « théorie du genre » permet de supposer que le genre n’est pas vrai. Or en tant que concept, le genre peut être plus ou moins pertinent ou utile, mais pas vrai ou faux.

2

Une explication complémentaire à la biologie

 

Le concept de genre permet par exemple d’étudier les comportements individuels ou collectifs et des expressions culturelles qui ne sont pas imputables au sexe biologique.

Dans ce sens les adversaires de la « théorie du genre » ne se trompent pas ; au lieu d’accepter que tout ordre social qui traite les hommes et les femmes différemment soit immédiatement explicable par la biologie, les études du genre cherchent des explications sociales. Or, ce serait une erreur de maintenir, comme le font certains médias, que les études du genre nient «  toute distinction  » entre les sexes biologiques.

Au contraire, la majorité des chercheurs du genre acceptent ce fait. Or, ils l’interrogent pour porter un regard critique sur la manière routinière de vouloir tout expliquer, et justifier, par la biologie.

La biologie des êtres humains n’a pas changé depuis des milliers d’années, et pourtant on a pu assister à une évolution dans les comportements des femmes et des hommes comme groupe.

La biologie n’est donc pas en mesure d’expliquer ces changements, ni toutes les irrégularités, toute la diversité que l’on peut observer dans les comportements de personnes aux organes génitaux, hormones et chromosomes semblables. C’est ici que le genre peut jouer un rôle.

3

Le genre et l’orientation sexuelle : pas pareil

 

Dans une série d’articles qui visent la « théorie du genre » parusdernièrement dans le Figaro, les auteurs s’attardent surtout sur les questions d’homosexualité, d’homoparentalité et la sensibilisation à ces questions au sein de l’Education nationale.

Si la compréhension des questions touchant à la diversité des orientations sexuelles est facilitée par la pensée à travers le genre, c’est pourtant une erreur d’assimiler le genre à l’orientation sexuelle. Ces deux catégories n’ont pas nécessairement de lien l’une avec l’autre.

Afin de faciliter la compréhension de l’égalité des chances entre femmes et hommes, ou la discrimination fondée sur le sexe ou l’orientation sexuelle, on fait une distinction analytique entre  :

  • orientation sexuelle ;
  • sexe biologique ;
  • catégorie sexuelle ;
  • et genre.

L’orientation sexuelle touche à nos désirs sexuels. Sommes-nous excités par les femmes ou les hommes  ? Ou parfois par les femmes et souvent par les hommes ? L’orientation sexuelle d’une personne peut parfaitement être indépendante du sexe biologique, de la catégorie sexuelle et du genre.

4

Le genre et le sexe biologique : pas pareil non plus

 

Le sexe biologique des êtres humains est déterminé par une multitude de facteurs anatomiques, physiologiques et génétiques. Il faudrait rappeler que cette détermination n’est pas toujours évidente et qu’il y a une certaine variation dans l’expression de ces divers facteurs biologiques.

La catégorie sexuelle correspond aux critères d’apparence associés à un sexe biologique donné. Lorsque nous regardons une personne dans la rue et que nous nous disons  : « C’est un homme  », nous lui attribuons une catégorie sexuelle, sans connaître sa composition chromosomique.

Le pape François à Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan, le 2 octobre 2016

Le pape François à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, le 2 octobre 2016 - Alessandra Tarantino/AP/SIPA

De même, (à de rares exceptions près) nous ne pouvons pas voir le sexe d’une personne habillée. Or, cette attribution n’est pas évidente et parfois, nous nous trompons sur le sexe biologique d’une personne. Cela peut être le cas pour les personnes transgenre et les travestis par exemple.

5

Le genre « féminin » et le genre « masculin »

 

Le genre est l’ensemble des pratiques, comportements et attitudes que la société considère comme étant approprié à une certaine catégorie sexuelle. En d’autres termes, c’est la classification des comportements comme étant «  masculins  » ou « féminins ».

Le genre représente les critères de cette catégorisation binaire qui constituent des normes dans nos sociétés. Les filles sont sensibles et les garçons sont durs, dit-on. Mais un garçon qui exprime sa sensibilité en se mettant à pleurer risque de se faire réprimander avec un « Ne pleure pas comme une fille  ! »

Le genre n’est donc pas seulement une réflexion de l’ordre majoritaire ; les normes de genre ont un pouvoir prescriptif : « Tu ne dois pas pleurer, puisque tu es un garçon. »

Les sociologues, historiens et anthropologues ont montré que les définitions du masculin et du féminin ont évolué au fil du temps, et qu’elles ne sont pas les mêmes d’une culture à l’autre. La mutabilité des genres à travers le temps et l’espace a fait l’objet d’innombrables ouvrages. Le concept de genre permet ainsi de remettre en question l’idée même qu’une catégorisation binaire (féminin/masculin) va de soi.

6

Un outil pour lutter contre les inégalités

 

Dès lors que l’on constate que le genre est changeant, il peut aussi être remis en cause comme ordre immuable. C’est là que se trouve le potentiel égalitaire de l’analyse du genre.

Le genre ne sert pas uniquement à identifier une catégorisation du féminin et du masculin, mais aussi à rendre compte des relations de pouvoir liées à ce type de distinction. Des comportements différents produisent des positions différentes dans la société, et celles-ci sont souvent hiérarchisées.

Longtemps, la place de la femme a été cantonnée à la sphère domestique, son rôle étant principalement d’élever des enfants. Mais cette position attribuée aux femmes n’était pas neutre, elle les a longtemps privées du pouvoir en les écartant de la sphère publique et de la politique.

L’analyse du genre est donc une analyse critique, susceptible de remettre en cause des relations de pouvoir entre les sexes. C’est pourquoi il n’est en rien antinomique à «  l’égalité filles-garçons  » réclamé par Vincent Peillon. Bien au contraire, les études du genre, qui doivent en partie leur existence aux mouvements féministes, sont susceptibles de proposer des moyens d’atteindre l’égalité entre les sexes.

7

Pas une « théorie du genre », des « théories du genre »

 

Si les chercheurs sont d’accord pour utiliser le concept de genre pour étudier les définitions sociales du féminin et du masculin, la nature et l’origine de ces normes ne font pas l’unanimité. C’est la raison pour laquelle il existe non pas une mais des « théories du genre ».

Longtemps, une des théories dominantes a été celle de la socialisation du genre. L’idée était que l’on «  apprend  » son genre, donc le comportement approprié à son sexe biologique, jusqu’à l’âge d’environ cinq ans, à travers l’éducation de ses parents et par mimétisme de son entourage. On devient ainsi socialement fille ou garçon, et le genre ne change plus après cela.

A la fin des années 80, les sociologues américains Candace West et Don H. Zimmerman, ont avancé une théorie différente.

Selon eux, nous ne sommes pas notre genre, nous le «  faisons  » en permanence. Un système de sanctions et de récompenses sociales nous incite à agir en conformité avec les normes de genre, et en le faisant nous reproduisons ces mêmes normes. A son tour, cette théorie a été critiquée, et depuis, la discussion continue.

Initialement publié le 29 juin 2013.

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Publié dans:LAICITE |on 3 octobre, 2016 |Pas de commentaires »

Manipulation…………………………..(14/12/2013)

 

Rapport sur le retour du voile à l’école : « C’est une manipulation »

Publié le 13-12-2013 à 18h17

Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, relativise les conclusions du rapport qui a mis le feu au poudre et provoqué une levée de boucliers à l’UMP. Interview. 

Une femme voilée dans la rue à Thionville, le 8 juin 2010. (PELAEZ/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP)

Une femme voilée dans la rue à Thionville, le 8 juin 2010. (PELAEZ/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP)

La publication ce vendredi 13 décembre par « Le Figaro » du compte-rendu détaillé d’un rapport sur l’intégration, remis il y a un mois à Jean-Marc Ayrault, a provoqué une avalanche de critiques au sein de l’UMP. « Manipulation », répond, Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité et ancien député PS. Interview.

L’annonce par « Le Figaro » de l’existence d’un rapport remis au Premier ministre préconisant, entre autres mesures, le retour du voile à l’école, a créé l’émoi…

- C’est une manipulation ! La meilleure preuve, c’est que ces rapports – car il y en a cinq – datent de plus d’un mois et étaient déjà sur le site du Premier ministre depuis au moins une semaine. Et curieusement, cette sortie du « Figaro » intervient au moment même où Jean-François Copé présente ses propres propositions sur l’immigration

Mais que dit ce rapport précisément ?

- Il s’agit d’une commande passée auprès de multiples experts par le Premier ministre et les ministres sur les différents aspects de l’intégration, dans le but de définir, dans un processus de réflexion qui va durer plusieurs mois, une nouvelle politique d’intégration. Or, dans l’un des rapports, il y a simplement deux personnes sur un grand groupe d’intervenants qui suggèrent qu’il faudrait revenir sur l’interdiction du foulard à l’école. Un autre de ces rapports pose la question des mères accompagnatrices d’enfants pour les sorties scolaires et de la circulaire Chatel [datée de 2012, NDLR].

Cela signifie-t-il que le gouvernement pourrait envisager de revenir sur le voile à l’école ?

- Bien sûr que non ! Jean-Marc Ayrault vient justement de déclarer à l’Assemblée qu’il ne reviendrait pas sur la loi de 2004 sur les signes religieux. En réalité, dès que quelqu’un dit quelque chose sur le voile cela devient un événement. Cela montre bien l’état d’inflammation permanente du système médiatique dès qu’on évoque le foulard.

Propos recueillis par Marie Lemonnier, vendredi 13 décembre – Le Nouvel Observateur

Publié dans:LAICITE |on 14 décembre, 2013 |Pas de commentaires »

Flash « francetvinfo »……………………………(27/11/2013)

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Alerte info : Baby Loup : la cour d’appel confirme le licenciement pour « faute grave » de la salariée voilée

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Alerte info Mercredi 27 novembre  |  09h18
Baby Loup : la cour d’appel confirme le licenciement pour « faute grave » de la salariée voilée

La cour d’appel de Paris a confirmé, mercredi 27 novembre, le licenciement pour « faute grave », annulé en cassation, d’une salariée voilée de la crèche privée Baby Loup, à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines. L’affaire était devenue emblématique du débat sur la laïcité. Le procureur général, François Falletti, avait préconisé la confirmation du licenciement, demandant aux juges de « résister » à la Cour de cassation.

Publié dans:LAICITE |on 27 novembre, 2013 |Pas de commentaires »

Laïcité…………………………………..(09/09/2013)

C’est son credo. Et Vincent Peillon le répète à l’envi : l’école ne sert pas qu’à instruire, mais aussi à éduquer et à transmettre les valeurs de la République. Une mission à laquelle elle a trop souvent renoncé et qu’il faut relancer face à la montée des extrémismes. Fort de cette croyance, le ministre de l’Education dévoilera lundi en grande pompe la Charte de la laïcité – dont le texte final est tenu secret jusqu’à la dernière minute – qui devra être affichée dans toutes les écoles publiques de France, de la maternelle au lycée. Grand connaisseur des penseurs de la laïcité, le ministre agrégé de philo veut donner un maximum de solennité à la cérémonie prévue dans un lycée de la Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne), en présence notamment de Robert Badinter et du président PS de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Devise. Par cet acte symbolique, il s’agit aussi, de marquer la volonté de défendre haut et fort des valeurs de tolérance et du vivre-ensemble, et, dans l’esprit du ministre, de combler un vide où s’engouffrent les extrémistes de tous bords, à commencer par le FN de Marine Le Pen. On connaît toutefois les contours de cette charte qui comporte 15 articles rédigés simplement, indiquant ce que signifie et implique concrètement le principe de laïcité.

Si l’on se réfère au document de travail publié le 26 juin dans le rapport de l’Observatoire de la laïcité, il sera rappelé que chaque citoyen est libre de pratiquer sa foi dans le respect des convictions d’autrui et de l’ordre public. A l’école, la charte réaffirmera qu’un élève ne peut arguer de sa religion pour boycotter un cours, contester le droit d’un enseignant de traiter d’une question ou le contenu de son enseignement, et que la laïcité signifie aussi lutter contre les discriminations, notamment à l’encontre des filles. La neutralité de l’école et l’interdiction du port de signes religieux «ostentatoires», conformément à la loi de mai 2004, seront aussi rappelées.

«J’assume pleinement le fait que l’école doit transmettre les valeurs de la République, a martelé Vincent Peillon à la rentrée. L’article 1 de la Constitution stipule que la République est laïque. Il est important que les élèves comprennent ce que cela veut dire, et que ce n’est pas dirigé contre certains ni contre une religion en particulier.» Le ministre a aussi rappelé que conformément à la loi de refondation de l’école, la devise de la République, le drapeau tricolore et celui de l’Europe, ainsi que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen devraient figurer sur les façades (ou dans les locaux) de tous les établissements scolaires, publics et privés sous contrat. La Charte de la laïcité, qui n’enchante pas l’enseignement catholique (90% du privé est sous contrat) très attaché à son «caractère propre», sera réservée, elle, au public.

Kit. Qu’apporte cette charte par rapport aux textes déjà parus ? Rien. Et ce n’est pas le but. Vincent Peillon ne veut surtout pas rallumer de polémiques dont le Front National ferait son miel mais au contraire «pacifier» la situation. Il a ainsi écarté toute nouvelle loi, notamment sur les mères voilées accompagnant des sorties scolaires.

La communauté enseignante, plutôt favorable, est toutefois perplexe. «On constate aujourd’hui une volonté forte des religions d’avoir leur mot à dire, explique Christian Chevalier, le secrétaire général du syndicat SE-Unsa. Rappeler la neutralité de l’école est indispensable. De même, rétablir le sujet dans la formation des enseignants est une bonne chose, mais il ne faudrait pas que le texte finisse jauni au fond d’un tiroir

«Une charte, aussi bien faite soit-elle, ce n’est pas l’essentiel, expliquait à la veille de la rentrée Philippe Tournier, le patron du syndicat majoritaire des proviseurs (le SNPDEN). Les élèves font bien la distinction entre les mots et les faits. Pour une égalité et une fraternité, il reste encore de gros progrès à faire, avec des écoles de plus en plus ghettoïsées, voire communautarisées.»

Le ministère, qui se défend de tout affichage, promet un kit pédagogique à tous les enseignants, leur donnant des éléments pour parler de la laïcité en classe. Avant le retour de la morale laïque annoncé par Vincent Peillon pour la rentrée 2015.

Véronique SOULÉ
Liberation.fr
Publié dans:LAICITE |on 9 septembre, 2013 |Pas de commentaires »

L’édito d’Eric Decouty………………………………..(07/09/2013)

Volonté

6 septembre 2013 à 22:26
Par Éric Decouty

La laïcité n’est pas sérieusement en danger, mais les voix qui se multiplient pour récuser certains de ses principes justifient un rappel des valeurs essentielles. Parce que la laïcité reste un fondement de notre République. Mais la charte qui va être affichée lundi dans toutes les écoles, les collèges et les lycées publics de France sera vaine si elle n’est pas suivie d’une volonté pédagogique et d’une détermination politique à repenser notre système d’intégration. Car la laïcité, facteur ancien de rassemblement, est vécue dans certains quartiers comme un moyen de division. Et le respect des religions, à la condition qu’elles ne s’immiscent pas dans les affaires de l’Etat, est trop souvent perçu comme une stigmatisation de l’islam. La laïcité doit être expliquée, justifiée sans doute aussi.

Cette pédagogie sera pourtant sans effet si le gouffre continue de se creuser entre les écoles des beaux quartiers et celles des cités de banlieue, et si – comme un rapport de la Cour des comptes l’affirmait l’année dernière – les inégalités scolaires amplifient les inégalités sociales.

La laïcité doit enfin vivre avec son temps, prendre en compte les diversités sans renier ses principes, apprendre à «accommoder le pluralisme», comme le dit le politologue Gilles Keppel.

Plus qu’une charte qui fait peser un poids bien lourd sur les épaules des seuls enseignants, c’est une volonté politique qui est aujourd’hui nécessaire. Pour que la laïcité n’entretienne plus les blocages de notre société mais redevienne un outil d’intégration.

Liberation.fr

Publié dans:LAICITE |on 7 septembre, 2013 |Pas de commentaires »

Bonne question……………….(03/04/2013)

 

La laïcité, qu’est-ce que c’est ? Uncle Obs vous explique

 

Créé le 03-04-2013 à 11h20 – Mis à jour à 14h51

Après l’annulation par la Cour de cassation du licenciement d’une salariée de crèche voilée, la question de la laïcité resurgit. Dis, Uncle Obs, c’est quoi la laïcité ?

 

 

C’est un mot, une expression, un concept, qui s’impose, au gré de l’actualité, dans nos conversations. Sans pour autant que l’on sache toujours exactement ce qu’il ou elle veut dire, ce qu’il ou elle recouvre. Sans que l’on sache toujours bien l’expliquer à un adolescent curieux. Cette semaine, le procès entre la crèche Baby Loup et une employée, renvoyée parce qu’elle était voilée, relance le débat sur la laïcité. Dis Uncle Obs, c’est quoi la laïcité ?
Uncle Obs vous explique…la laïcité par LeNouvelObservateur

 

L’arsenal juridique en faveur de la laïcité

« ARTICLE PREMIER : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. »

Elles rendent l’instruction primaire obligatoire pour les garçons et filles âgés de 6 à 13 ans. L’école publique est gratuite et laïque.

« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. »

La loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 « encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics » a été votée par le parlement en mars 2004. Elle interdit le port de tout signe religieux « ostensible », ce qui inclut le voile islamique mais aussi la kippa, et le port de grandes croix. La loi permet le port de symboles discrets de sa foi, tels que petites croix, médailles religieuses, étoiles de David, ou mains de Fatma – bien que cette main puisse être portée indépendamment de la religion, n’étant pas de source musulmane.

  • La loi sur la burqa du 11 octobre 2010

La loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public est entrée en vigueur six mois après sa promulgation, à compter du 11 avril 2011. Selon cette loi, « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage ». Par espace public, on entend les voies publiques, les transports en commun, les commerces et centres commerciaux, les établissements scolaires, bureaux de poste, hôpitaux, tribunaux, administration…

Toute personne obligeant une femme à se voiler est passible d’un an de prison et de 30.000 euros d’amende. La peine est doublée (deux ans de prison, 60.000 euros d’amende), si la personne contrainte est mineure.

Sont notamment interdits le port de cagoules, de voiles intégraux (burqa, niqab…), de masques ou de tout autre accessoire ou vêtement rendant impossible l’identification de la personne.

La laïcité vu par :

Jacques Chirac, le 17 décembre 2003

« La laïcité est inscrite dans nos traditions. Elle est au coeur de notre identité républicaine. Il ne s’agit aujourd’hui ni de la refonder, ni d’en modifier les frontières », a solennellement affirmé le président de la République. « La laïcité est l’une des grandes conquêtes de la République. Elle est un élément crucial de la paix sociale et de la cohésion nationale. Nous ne pouvons la laisser s’affaiblir. Nous devons travailler à la consolider. » Le président annonce la création d’un Observatoire de la laïcité qui ne verra jamais le jour.

Nicolas Sarkozy, Discours à l’occasion de la visite de Benoit XVI à l’Elysée le 12 septembre 2008

« Aussi est-il légitime pour la démocratie et respectueux de la laïcité de dialoguer avec les religions. Celles-ci, et notamment la religion chrétienne avec laquelle nous partageons une longue histoire, sont des patrimoines vivants de réflexion et de pensée, pas seulement sur Dieu, mais aussi sur l’homme, sur la société, et même sur cette préoccupation aujourd’hui centrale qu’est la nature et la défense de l’environnement. Ce serait une folie de nous en priver, tout simplement une faute contre la culture et contre la pensée. C’est pourquoi j’en appelle une nouvelle fois à une laïcité positive : une laïcité qui rassemble, qui dialogue, et pas une laïcité qui exclut ou qui dénonce. En cette époque où le doute, le repli sur soi mettent nos démocraties au défi de répondre aux problèmes de notre temps, la laïcité positive offre à nos consciences la possibilité d’échanger, par-delà les croyances et les rites, sur le sens que nous voulons donner à nos existences. »

En 2010, Le Conseil à l’Intégration (HCI) présidé par Patrick Gaubert a institué une « mission laïcité ».

François Hollande, le 22 janvier 2012 au Bourget

« Présider la République, c’est préserver l’Etat, sa neutralité, son intégrité, face aux puissances d’argent, face aux clientèles, face au communautarisme. Présider la République, c’est être viscéralement attaché à la laïcité, car c’est une valeur qui libère et qui protège. Et c’est pourquoi j’inscrirai la loi de 1905, celle qui sépare les Eglises de l’Etat, dans la Constitution. »

En décembre 2012, François Hollande annonce à son tour la création d’un Observatoire national de la laïcité en 2013 chargé de « formuler des propositions sur la transmission de la morale publique pour lui donner une place digne d’elle au sein de l’école. » Cela rejoint l’annonce faite par le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, en septembre de la mise en place d’une mission sur la transmission de la « morale laïque » à l’école, qui deviendrait une discipline à part entière.

Nebia Bendjebbour – Le Nouvel Observateur

Publié dans:LAICITE |on 3 avril, 2013 |Pas de commentaires »

L’édito d’Eric Decouty………………………………..(30/03/2013)

Apaiser

29 mars 2013 à 22:16
Par Éric Decouty

Un nouveau débat politique sur la laïcité va s’engager et il est nécessaire. Car même si l’affaire de la crèche Baby-Loup est une histoire singulière, la décision de la Cour de cassation d’annuler le licenciement d’une employée voilée, pose une question essentielle. En substance : le secteur privé est-il débarrassé de toute contrainte quant au respect de la neutralité religieuse, le service public restant le seul à garantir les principes de laïcité ?

C’est ce problème juridique que François Hollande s’est engagé à régler, jeudi soir, pour qu’un des fondements de notre République s’applique aux deux mondes de notre société.

Mais les politiques qui vont devoir animer le débat, ont une responsabilité considérable. Il s’agit de penser le principe de laïcité en fonction des nouvelles réalités sociales et économiques, de l’immigration et des banlieues. La laïcité dans notre République doit prendre en compte ces différences sans vouloir l’uniformité. Mais il incombe surtout au gouvernement – qui a des combats économiques autrement plus difficiles à gagner – de dépassionner le débat à venir. Car si l’enjeu est d’importance, en France aujourd’hui, le principe de laïcité n’est pas directement menacé.

Toute dramatisation, toute politisation aurait pour effet d’annihiler la réflexion. Paradoxalement, la question laïque peut permettre à François Hollande d’illustrer la république apaisée qu’il vantait durant sa campagne.

Liberation.fr

Publié dans:LAICITE, Non classé |on 30 mars, 2013 |Pas de commentaires »

L’analyse de Renaud Dély……………….(08/05/2012)

Sarkozy, l’homme qui n’a jamais fait Président

Créé le 07-05-2012 à 21h23 – Mis à jour le 08-05-2012 à 14h42 136 réactions

Renaud Dély

Et si le Président sortant avait perdu dès le soir de son élection, le 6 mai 2007, vers 21h15, en entrant au Fouquet’s…

Nicolas Sarkozy, le 7 mai à l'Elysée (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Nicolas Sarkozy, le 7 mai à l’Elysée (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Candidat sortant devenu Président sorti, Nicolas Sarkozy a-t-il jamais été vraiment chef de l’Etat ? Au moment où l’intéressé confirme qu’il entend abandonner la politique active et qu’il ne briguera en aucune manière la reconquête du siège perdu dimanche au fond des urnes, il est temps de se poser la question. Attention, Nicolas Sarkozy a, bien entendu, été un président de la République parfaitement légitime, élu en 2007 dans des conditions irréprochables, et qui a exercé la plénitude de son mandat cinq ans durant en respectant toutes les règles démocratiques.

Mais pour autant, a-t-il vraiment été chef de l’Etat ? Chef, assurément, mais l’Etat, avec tout ce que ce concept signifie de pompe désuète et de majesté, de consensus républicain et de rassemblement de la Nation, l’Etat donc, l’a-t-il bien représenté ? A-t-il même tout simplement cherché à l’incarner ? Pourquoi diable a-t-il du attendre d’être vaincu pour s’efforcer de le faire ? Dimanche soir d’abord, puis lors de la cérémonie du 8 Mai où il a fait preuve de grandeur et de dignité en y associant pleinement son successeur élu au nom de l’esprit republicain et de la continuité de l’Etat.Tel est le drame du mandat qui s’achève, la tragédie qui en a scellé le sort dès l’aube du quinquennat.

En fait, Nicolas Sarkozy a perdu l’élection de 2012… le 6 mai 2007 au soir. Il l’a perdu très exactement à 21h15, en pénétrant dans le restaurant du Fouquet’s, sur les Champs-Elysées. En rejoignant une batterie de grandes fortunes amies et de patrons du CAC 40 pour célébrer sa victoire, le nouvel élu brisait d’entrée la filiation supposée lui faire prendre place dans le lignage de ces monarques républicains que nous donne l’élection du Président au suffrage universel. Il choisissait la fête en communion avec des intérêts privés et puissants plutôt que le respect de l’étiquette républicaine, c’en était fini de ce Président… qui ne le serait jamais vraiment aux yeux de ses sujets.

Trop tard…

De « Paloma » en « Epad », de joggings médiatisés en « Casse-toi pauv’ con ! », la suite ne fut qu’une longue série de rechutes sur fond d’une quête impossible : celle d’une « re-présidentialisation » aux allures de mythe de Sisyphe. Chef de camp, parfois de clan, et toujours des siens, le conflit fut son carburant et l’incita à monter les uns contre les autres, les Français d’origine étrangère à « ceux qui aiment vraiment la France », les « vrais » travailleurs du privé au « corporatisme » des syndicats, sans jamais parvenir à se hisser au rang de « Président de tous les Français ».

Il est de coutume d’observer que François Mitterrand sut affecter ce profil de sage élyséen à l’instant même de son élection, le 10 mai 1981, et que son successeur, Jacques Chirac, sut s’élever à cette hauteur de vues lorsqu’il prononça l’éloge funèbre de l’ancien Président socialiste un soir de janvier 1996 à la télévision.

Jamais cinq années durant, Nicolas Sarkozy ne parvint à être vraiment à l’aise dans ce costume-là, sauf peut-être, ultime paradoxe, lors de ce dernier discours de vaincu dimanche soir à la Mutualité. Là, l’exacerbation narcissique mise à part (« Moi, je », « moi, je » , etc.), Nicolas Sarkozy a, pour l’une des rares fois de son mandat, su trouver des accents justes pour vanter le rassemblement, la Nation apaisée et le respect de l’adversaire. Trop tard.

Le bon candidat ?

À peine élu, Nicolas Sarkozy confiait volontiers qu’il « faisait » Président en attendant d’aller « faire » autre chose. C’était au début de l’année 2008. Moins d’un an après son entrée à l’Elysée, le chef de l’Etat parlait de sa charge comme d’un boulot comme un autre, presque un job ordinaire. A l’époque, ce drôle de Président qui se voulait à la fois manager et DRH répétait qu’il ne se représenterait pas en 2012 et qu’il irait « faire du fric » à l’issue d’un seul mandat. En attendant, donc, d’aller goûter aux délices du privé, Nicolas Sarkozy s’efforçait de « faire » Président…

Et bien non, justement, telle est la vraie cause de défaite : l’ancien maire de Neuilly n’a jamais fait Président, au sens où il n’a pas été perçu comme « Président de tous les Français » par nombre de ceux qui n’avaient pas voté pour lui. La République, son histoire, ses us et coutumes, est plus forte que ceux qui la représente. Elle s’impose au tempérament de ceux qui, simples locataires de l’Elysée, ont en main sa destinée pour quelques années.

A l’issue de ce scrutin dont l’issue démontre que le rejet du chef de l’Etat, de son style et de ses outrances, fut l’un des moteurs déterminants, on comprend que l’intéressé se contente de stigmatiser une soi-disant hystérie anti-sarkozyste dont il aurait été victime sans s’interroger sur ses responsabilités propres.

Lorsque le deuil de son ex-champion sera achevé, viendra pour l’UMP le temps de se poser une autre question, tout aussi cruciale : au vu d’un rapport de forces électoral plutôt serré, Nicolas Sarkozy était-il le bon candidat pour tenter de conserver à la droite un costume présidentiel qu’il n’avait pas réussi à endosser ?

Renaud Dély – Le Nouvel Observateur 

Renaud Dély

L'analyse de Renaud Dély...................(08/05/2012) dans LAICITE

Une analyse de Gilles Kepel……………………..(3/02/2012)

«La laïcité doit redevenir facteur d’intégration, non de division»

Interview A la veille de la présidentielle, le politologue Gilles Kepel, auteur d’une vaste enquête en Seine-Saint-Denis, alerte les candidats sur les problèmes sociaux qui continuent de faire des banlieues des territoires d’exclusion.

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Par ALICE GÉRAUD

Gilles KEPEL Politologue

Il a intitulé son essai Quatre-vingt-treize, hommage à Victor Hugo, comme pour redonner ses lettres de noblesse à ce département devenu symbole de la banlieue française. Vingt-cinq ans après sa première étude en banlieue sur la naissance de l’islam en France (1), Gilles Kepel a dirigé, à la demande de l’institut Montaigne, une grande enquête sur les communes de Clichy-sous-Bois et Montfermeil en Seine-Saint-Denis, épicentres des émeutes de 2005. Un travail qui a abouti à l’automne à la publication du rapport «Banlieue de la République». Dans Quatre-vingt-treize, essai inspiré de cette enquête qui paraît aujourd’hui même (2), Gilles Kepel revient sur l’évolution et le sens de cet islam de France dont la Seine-Saint-Denis constitue un des terreaux les plus fertiles. A la veille de la présidentielle, il alerte les candidats sur la nécessité de prendre en main les problèmes sociaux qui continuent de faire des banlieues des territoires d’exclusion de la société (3).

Vous dites que les banlieues ne se situent pas à la périphérie de la société française mais en son cœur. Le débat pour la présidentielle fait une quasi-abstraction de cette question, cela vous inquiète-il ?

Je crois même que ce sujet est délibérément occulté. On a d’un côté, à droite de l’échiquier politique, une tendance à l’hystérisation sur ces questions. Et de l’autre, à gauche, un silence autiste. Certains redoutent, dès que l’on parle des banlieues, que cela fasse le jeu de l’extrême droite. Cela ressemble à une tactique électorale à court terme. S’ils ne sont pas capables de s’emparer d’un débat comme celui-ci et d’y réfléchir, le débat s’emparera d’eux et les prendra au dépourvu. Il faut engager des mesures pour favoriser l’insertion sociale et l’accès au travail de ces populations, massivement jeunes. L’éducation est selon moi l’enjeu principal car il conditionne l’emploi, et l’emploi conditionne l’intégration sociale. Si les savoirs enseignés à l’école n’aboutissent pas à l’emploi, il va y avoir un découplage entre les savoirs et les valeurs. Et l’école verra ses valeurs rejetées. Dans notre enquête, nous avons vu que les plus virulents contre la société française, ce sont fréquemment ces diplômés confrontés à l’absence d’embauche. Pour eux, le discours de la République est un discours de mensonge ce qui les pousse à se réfugier dans un islamisme de substitution.

Il me paraît d’ailleurs important que les partis politiques fassent en sorte que les populations issues de l’immigration aient le sentiment, comme pour l’emploi, qu’à égalité de compétences, ils ont bien les mêmes opportunités. Que l’on puisse voter pour quelqu’un qui est originaire d’Afrique du Nord, comme on voterait pour un Corse, alors que l’on ne l’est pas soi-même. Je mets en garde nos responsables politiques : ne traitez pas cette question à la légère !

Dans Quatre-vingt-treize, vous racontez une histoire mal connue de l’islam en France : la récente expansion du halal. En quoi cela interroge-t-il l’évolution du rapport des musulmans à la société ?

C’est un enjeu très important. Il y a vingt-cinq ans, lors de ma première enquête, à la question «accepteriez-vous que vous ou vos enfants soient invités à manger chez des non-musulmans ?» la plupart répondaient «d’accord, mais on ne boit pas d’alcool et on ne mange pas de cochon» ou «oui, quelle question !». Aujourd’hui, la réponse est plutôt «oui, si c’est halal». Le halal, en principe c’est la consommation de viande égorgée selon les rites musulmans. La seule différence avec l’abattage tel qu’il est pratiqué en France, c’est le non-étourdissement préalable de la bête. En réalité, c’est un enjeu mineur mais qui a été monté en épingle par ceux qui voulaient contrôler ce marché prospère. Dans une agglomération enclavée comme Clichy-sous-Bois, c’est frappant, il est difficile de trouver un commerce ou un restaurant qui ne soit pas halal, en dehors du McDonald’s. «Faire le halal», ça signifie aussi en langage de banlieue, contracter le mariage religieux musulman, phénomène de plus en plus répandu, contrairement à ce que l’on entend souvent sur la progression des mariages mixtes. C’est donc une histoire de viande mais aussi une histoire de chair.

La généralisation du halal marque-t-elle un repli identitaire ?

Pas forcément. Il y a le halal sur le modèle bio, qui considère que c’est comme être végétarien ou manger bio. Cela fait partie d’un choix pluraliste qui n’est pas un élément de rupture. Et puis il y a le halal sur le modèle casher, qui est alors un modèle de clôture et de défense de la communauté face aux agressions extérieures, c’est un modèle plus clivant. Cela ne pose pas vraiment problème dans les relations interpersonnelles : les gens s’adaptent et la convivialité prime. En revanche, cela pose un vrai souci vis-à-vis de la cantine. La cantine, dans certains quartiers, est désertée par les jeunes de familles musulmanes. C’est une nouvelle mise à distance de l’école. Au lieu d’être encadré par la demi-pension, on va traîner, manger des sandwichs grecs infects mais halal. Il faut engager une réflexion politique sur cette question. On ne peut pas laisser la dégradation du rapport à l’école continuer.

Ce basculement vers le halal s’est fait sans grande polémique au regard du débat sur le voile. Comment l’expliquer ?

Au départ, le halal n’était pas perçu comme un enjeu par les mouvements islamiques français. Contrairement au voile, dont l’UOIF [Union des organisations islamiques de France, ndlr] a fait un facteur de clivage, destiné à accroître son emprise et sa popularité. Le voile a créé une sorte d’irritant majeur, jusqu’à ce que la commission Stasi, à laquelle j’ai participé, propose une solution : la loi interdit les signes religieux à l’école. Depuis, cette question s’est complètement dégonflée. A Clichy, les filles voilées enlèvent systématiquement leur voile à l’entrée et le remettent à la sortie. Tout cela a été routinisé, même si cela a été davantage obéi que compris. Le problème est que la laïcité y a acquis une image d’hostilité. Elle est en effet perçue dans les banlieues et parmi la communauté musulmane comme une logique anti-islamique. Il y a tout un travail à faire pour que la laïcité retrouve sa dimension de mécanisme d’intégration.

François Hollande vient justement de proposer l’inscription de la laïcité dans la Constitution…

Je ne suis pas contre l’idée qu’on inscrive la laïcité dans la Constitution, mais il faudrait d’abord faire un profond travail de pédagogie. Car, au lieu d’apparaître comme facteur de rassemblement, elle est aujourd’hui perçue comme facteur de division. La différence entre 1905 et aujourd’hui, c’est que la laïcité, c’était la séparation. Séparation de l’Eglise, du Vatican qui passait son temps à s’ingérer dans les affaires de la République et de l’Etat. Il ne s’agit plus de séparation. C’est même le contraire, la laïcité est un enjeu d’intégration. Il serait par exemple aujourd’hui normal d’accommoder le pluralisme de la société. C’est dans ce cadre qu’il faudra réfléchir à la question du halal à la cantine. On ne mange pas tous de la même façon. Nous n’allons pas criminaliser les végétariens. Je pense qu’il faut que l’on trouve une manière de sortir de ce blocage.

(1) «Les Banlieues de l’islam», naissance d’une religion en France, le Seuil, 1987.

(2) «Quatre-vingt-treize», Gallimard, 2012.

(3) Une rencontre-débat a lieu ce soir à 19 h 15 avec l’auteur à la librairie Gallimard, 15, boulevard Raspail à Paris.

Publié dans:LAICITE, PRESIDENTIELLES 2012 |on 3 février, 2012 |Pas de commentaires »

Laïcité…….opération de com’ ?

L’Assemblée vote une résolution UMP sur la laïcité
Deux mois après la convention très controversée du parti présidentiel, les députés UMP devaient être seuls à adopter le texte présenté par Jean-François Copé.
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Par LIBÉRATION.FR

Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, et Christian Jacob, président du groupe UMP, le 29 mars à l’Assemblée (© AFP Jacques Demarthon)

Ce devait être l’un des éléments les plus consensuels – disons, les moins polémiques – du débat controversé de l’UMP sur la laïcité qui s’était tenu début avril: l’examen, à l’Assemblée, d’une proposition de résolution non contraignante pour réaffirmer «l’attachement aux principes républicains et à la laïcité». Loupé.

Contrairement à la résolution parlementaire contre le port du voile intégral, votée il y a tout juste un an à l’unanimité, le groupe UMP a voté seule le texte présenté par le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé. Les députés PS, PCF et Verts ont voté contre, ceux du Nouveau centre ne devaient pas prendre part au vote.

Les porte-parole des groupes GDR – qui regroupe les élus PCF, Verts et Parti de gauche – et PS, avaient, à l’unisson, pointé la mention «liberté religieuse» qui figure dans le texte et leur pose problème, représentant selon eux, un recul sur la laïcité. Pour la gauche, c’est la «liberté de conscience» qu’il faut défendre.

Outre cette référence, le groupe PS désapprouvait «la modification des aides des collectivités territoriales pour la construction d’édifices religieux» prônée par le texte, et «la proposition de codification de la loi de 1905». Le porte-parole des députés socialistes, Alain Vidalies, a assuré de leur bonne volonté pour «trouver les bases d’un texte commun» et «parvenir à un texte qui aurait pu être consensuel». Mais «cela n’a pas été possible» selon lui. Et pour une résolution, la demi-mesure n’est pas admise puisqu’«on ne peut pas l’amender».

«Tenue de camouflage»

Les députés GDR, par la voix du communiste Roland Muzeau, déploraient par ailleurs le contexte dans lequel cette proposition de résolution a été présentée: «Une suite assez infernale de débats sur l’identité nationale, la burqa et compagnie». «Le débat sur la laïcité sert en réalité au parti majoritaire de tenue de camouflage pour combattre la présence de l’islam en France», renchérit Alain Vidalies.

«Manœuvre», balaie Christian Jacob. «Si le PS se réveille aujourd’hui, s’ils ont attendu qu’elle soit déposée pour faire valoir qu’ils avaient des modifications à proposer, ce n’est pas tout à fait par hasard. Ils auraient pu le faire avant. C’est un prétexte pour ne pas la voter, clairement», accuse le chef de file des députés UMP.

Jean-François Copé, qui a pris soin de n’employer que les termes de «liberté de conscience», a estimé que cette résolution était «aussi une invitation à la gauche pour l’aider à sortir de l’ambiguïté» sur «un fondement de notre République» et à «prendre ses responsabilités».

Plus étonnante, la décision des députés du Nouveau centre de s’abstenir. «Assez réservé» sur le texte, leur président, François Sauvadet n’y voyait «aucun grand bouleversement» et plaidait pour que «sur ces grands sujets, chaque groupe politique [apporte] sa contribution».

L’absence de soutien du groupe centriste à la majorité a surpris Jacob lui-même, qui rapportait que Sauvadet lui avait auparavant assuré qu’il laisserait ses députés libres de leur vote.

Publié dans:LAICITE |on 2 juin, 2011 |Pas de commentaires »
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