La lettre de Laurent Joffrin……………….(10/04/2018)

Par Carole Barjon
Publié le 07 décembre 2017 à 11h24
Les bras écartés, il dessine de ses mains un socle. Le socle de la laïcité. « Parce que la laïcité, c’est un socle, vous comprenez. » Dans la grande salle des fêtes de l’Elysée, où il vient d’improviser un joli discours à l’occasion du départ d’Evelyne Richard, figure du Palais depuis quarante-huit ans, Emmanuel Macron explique devant quelques journalistes pourquoi il ne parlera finalement pas de ce socle si important devant les Français, samedi prochain, lors de la Journée de la laïcité, contrairement à ce qu’il avait envisagé il y a quelques semaines.
Malgré l’insistance de Christophe Castaner, qui craignait que ce silence n’apparaisse comme une esquive, le président de la République a tranché. Pas de grand discours. L’agenda présidentiel indique simplement, vendredi 8 décembre, une « rencontre avec des représentants des cultes en présence de M. Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur », à 10 heures du matin. Le lendemain, jour anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, rien n’est prévu.
Embarras ? Volonté délibérée de ne pas intervenir dans un débat devenu houleux ? Un peu des deux, à en croire ses proches. Macron ne tient pas à descendre dans une arène à l’ambiance surchauffée depuis la polémique virulente survenue entre Manuel Valls et Edwy Plenel, patron de Mediapart, sur la place de l’islam et « l’islamo-gauchisme », notamment à propos de Tariq Ramadan.
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Ne pas laisser le calendrier dicter ses interventions. Autoproclamé « maître des horloges », Emmanuel Macron veut prendre son temps. À l’occasion de la journée de la laïcité qui se tiendra le 9 décembre, le chef de l’État devait prononcer un discours… finalement annulé et reporté à janvier prochain, selon L’Opinion.
Le sujet est sensible et souvent propice à l’émergence de polémiques. C’est pourquoi le locataire de l’Élysée -qui recevra tout de même les représentants des cultes à l’Élysée ce vendredi en présence du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb- assume de vouloir « faire le tour du sujet » avant toute prise de parole publique. Du côté de son entourage, on explique que le président de la République souhaite « prendre de la hauteur ». « Il faut que le Président s’exprime au bon moment. Pas dans un climat où tout le monde s’agite », juge un député LaREM.
Il faut dire que les questions liées à la laïcité ont été au centre de nombreuses polémiques ces derniers temps. Entre la passe d’armes opposant Manuel Valls à Médiapart, le débat sur les prières de rue et la décision récente du Conseil d’État de faire enlever la croix de la statue de Jean-Paul II à Ploërmel, en Bretagne, le sujet est devenu hautement inflammable.
Alors, celui qui a déjà affirmé qu’ »aucune religion n’est un problème » décide d’avancer prudemment. Le chef de l’État envoie ses ministres en première ligne. À commencer par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, qui présentera la « cellule laïcité » de son ministère ce samedi en région parisienne. La secrétaire d’État chargée de l’Égalité hommes-femmes participera quant à elle à une conférence-débat sur la laïcité comme « garantie des droits des femmes », note L’Opinion. Elle recevra par ailleurs le Prix national de la laïcité 2017 ce vendrdedi.
Le parti de la majorité lance également ses initiatives. Et pour cause, Christophe Castaner, délégué général de La République en marche, a créé un « groupe de travail laïcité » la semaine dernière.
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Surtout, ne pas prendre de risques. Emmanuel Macron s’est bien gardé de se mêler de la guerre entre Mediapart et Charlie Hebdo au sujet de Tariq Ramadan et, au-delà, du débat explosif sur le rapport à la laïcité. Si le Président entendait rester au-dessus de la mêlée, il n’excluait cependant pas de faire entendre sa voix sur la laïcité, de toute sa hauteur présidentielle, certains de ses proches faisant valoir que le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, était une belle fenêtre d’opportunité. Macron a finalement décidé de n’en rien faire.
« Il ne s’exprime pas, il laisse à sa majorité le champ libre sur le sujet », constate l’un des piliers de la Macronie. Le nouveau patron de La République en marche, Christophe Castaner, a ainsi demandé à la phalange de jeunes députés proches du Président, ceux qu’on appelle les « snipers », de « sortir » sur ce sujet pour occuper le terrain. « On a commencé à développer un discours sur la réconciliation, explique l’un de ces parlementaires. La position, c’est que l’Etat ne s’insère pas dans une pratique de culte et ne la régit que lorsqu’elle pose un problème d’ordre public. Ainsi pour la pratique vestimentaire, dès lors qu’on n’est pas dans une administration ou en présence de personnes en construction, comme des enfants. Nous devons avoir un message qui est celui de l’invisibilité de l’Etat. »
Voilà pour la théorie. En pratique, Emmanuel Macron n’a aucune envie de descendre en personne dans l’arène, donc. Pas question de remettre en selle Manuel Valls, adversaire résolu de Mediapart, qui ne manquerait pas de répliquer à une prise de parole présidentielle sur le sujet. Les deux hommes se sont déjà affrontés sur ce terrain, en 2015 : alors ministre de l’Economie, Macron avait estimé que la société française avait « une part de responsabilité » dans le « terreau » du djihadisme, s’attirant une sévère remontrance du chef du gouvernement de l’époque.
« Macron s’est construit sur l’opposition avec Valls. Quel est l’intérêt pour lui de s’exprimer aujourd’hui? Pour que Valls lui réponde? Il replacerait Valls en tant qu’interlocuteur du Président », résume un proche. Plus largement, Macron, pragmatique, sait pertinemment que, dans cette polémique, « il n’y a que des coups à prendre », poursuit ce proche. Le Président aura une « expression sur la nation le moment venu », promet-on à l’Elysée. Pour l’instant, il est urgent de ne rien dire.
Il y a trois ans, sous l’impulsion de la « Manif pour tous », on s’était mis à parler de « théorie du genre » pour dire tout et n’importe quoi. Obsession d’une partie de la droite, cette chose indéterminée permet de mélanger le sexe, la sexualité, l’orientation sexuelle et la fin du monde.
Ce dimanche 2 octobre, le pape François a accusé les manuels scolaires français de propager un « sournois endoctrinement de la théorie du genre ».
Il y a trois ans, sous l’impulsion de la « Manif pour tous », on s’était mis en France à parler de « théorie du genre » pour dire tout et n’importe quoi.Obsession d’une partie de la droite, cette chose indéterminée permet de mélanger le sexe, la sexualité, l’orientation sexuelle et la fin du monde
Elle était devenu hautement politique et suspecte, au point que Najat Vallaud-Belkacem, alors porte-parole du gouvernement, avait été obligée de nier l’existence d’une telle théorie. A juste titre, même si les explications étaient un peu courtes :
« La “théorie du genre”, ça n’existe pas, je ne l’ai jamais rencontrée. Ce qui existe en revanche ce sont les études du genre dans plein de champs disciplinaires.
Vous avez des chercheurs qui s’intéressent à la façon dont la société organise les inégalités entre hommes et femmes. »
Une bonne fois pour toutes : c’est quoi ce fameux « genre » qui suscite tant de passions ?
Loin d’être une théorie, le genre est un concept. Il s’agit d’un outil d’analyse, qui permet aux chercheurs d’étudier divers phénomènes sociaux, et à tout le monde de mieux comprendre comment s’articulent notamment les identités d’homme et de femme.
On pourrait argumenter qu’une théorie spécifique est fausse, en avançant des preuves à son encontre, on ne peut pas dire de même d’un outil analytique.
Parler de « théorie du genre » permet de supposer que le genre n’est pas vrai. Or en tant que concept, le genre peut être plus ou moins pertinent ou utile, mais pas vrai ou faux.
Le concept de genre permet par exemple d’étudier les comportements individuels ou collectifs et des expressions culturelles qui ne sont pas imputables au sexe biologique.
Dans ce sens les adversaires de la « théorie du genre » ne se trompent pas ; au lieu d’accepter que tout ordre social qui traite les hommes et les femmes différemment soit immédiatement explicable par la biologie, les études du genre cherchent des explications sociales. Or, ce serait une erreur de maintenir, comme le font certains médias, que les études du genre nient « toute distinction » entre les sexes biologiques.
Au contraire, la majorité des chercheurs du genre acceptent ce fait. Or, ils l’interrogent pour porter un regard critique sur la manière routinière de vouloir tout expliquer, et justifier, par la biologie.
La biologie des êtres humains n’a pas changé depuis des milliers d’années, et pourtant on a pu assister à une évolution dans les comportements des femmes et des hommes comme groupe.
La biologie n’est donc pas en mesure d’expliquer ces changements, ni toutes les irrégularités, toute la diversité que l’on peut observer dans les comportements de personnes aux organes génitaux, hormones et chromosomes semblables. C’est ici que le genre peut jouer un rôle.
Dans une série d’articles qui visent la « théorie du genre » parusdernièrement dans le Figaro, les auteurs s’attardent surtout sur les questions d’homosexualité, d’homoparentalité et la sensibilisation à ces questions au sein de l’Education nationale.
Si la compréhension des questions touchant à la diversité des orientations sexuelles est facilitée par la pensée à travers le genre, c’est pourtant une erreur d’assimiler le genre à l’orientation sexuelle. Ces deux catégories n’ont pas nécessairement de lien l’une avec l’autre.
Afin de faciliter la compréhension de l’égalité des chances entre femmes et hommes, ou la discrimination fondée sur le sexe ou l’orientation sexuelle, on fait une distinction analytique entre :
L’orientation sexuelle touche à nos désirs sexuels. Sommes-nous excités par les femmes ou les hommes ? Ou parfois par les femmes et souvent par les hommes ? L’orientation sexuelle d’une personne peut parfaitement être indépendante du sexe biologique, de la catégorie sexuelle et du genre.
Le sexe biologique des êtres humains est déterminé par une multitude de facteurs anatomiques, physiologiques et génétiques. Il faudrait rappeler que cette détermination n’est pas toujours évidente et qu’il y a une certaine variation dans l’expression de ces divers facteurs biologiques.
La catégorie sexuelle correspond aux critères d’apparence associés à un sexe biologique donné. Lorsque nous regardons une personne dans la rue et que nous nous disons : « C’est un homme », nous lui attribuons une catégorie sexuelle, sans connaître sa composition chromosomique.
De même, (à de rares exceptions près) nous ne pouvons pas voir le sexe d’une personne habillée. Or, cette attribution n’est pas évidente et parfois, nous nous trompons sur le sexe biologique d’une personne. Cela peut être le cas pour les personnes transgenre et les travestis par exemple.
Le genre est l’ensemble des pratiques, comportements et attitudes que la société considère comme étant approprié à une certaine catégorie sexuelle. En d’autres termes, c’est la classification des comportements comme étant « masculins » ou « féminins ».
Le genre représente les critères de cette catégorisation binaire qui constituent des normes dans nos sociétés. Les filles sont sensibles et les garçons sont durs, dit-on. Mais un garçon qui exprime sa sensibilité en se mettant à pleurer risque de se faire réprimander avec un « Ne pleure pas comme une fille ! »
Le genre n’est donc pas seulement une réflexion de l’ordre majoritaire ; les normes de genre ont un pouvoir prescriptif : « Tu ne dois pas pleurer, puisque tu es un garçon. »
Les sociologues, historiens et anthropologues ont montré que les définitions du masculin et du féminin ont évolué au fil du temps, et qu’elles ne sont pas les mêmes d’une culture à l’autre. La mutabilité des genres à travers le temps et l’espace a fait l’objet d’innombrables ouvrages. Le concept de genre permet ainsi de remettre en question l’idée même qu’une catégorisation binaire (féminin/masculin) va de soi.
Dès lors que l’on constate que le genre est changeant, il peut aussi être remis en cause comme ordre immuable. C’est là que se trouve le potentiel égalitaire de l’analyse du genre.
Le genre ne sert pas uniquement à identifier une catégorisation du féminin et du masculin, mais aussi à rendre compte des relations de pouvoir liées à ce type de distinction. Des comportements différents produisent des positions différentes dans la société, et celles-ci sont souvent hiérarchisées.
Longtemps, la place de la femme a été cantonnée à la sphère domestique, son rôle étant principalement d’élever des enfants. Mais cette position attribuée aux femmes n’était pas neutre, elle les a longtemps privées du pouvoir en les écartant de la sphère publique et de la politique.
L’analyse du genre est donc une analyse critique, susceptible de remettre en cause des relations de pouvoir entre les sexes. C’est pourquoi il n’est en rien antinomique à « l’égalité filles-garçons » réclamé par Vincent Peillon. Bien au contraire, les études du genre, qui doivent en partie leur existence aux mouvements féministes, sont susceptibles de proposer des moyens d’atteindre l’égalité entre les sexes.
Si les chercheurs sont d’accord pour utiliser le concept de genre pour étudier les définitions sociales du féminin et du masculin, la nature et l’origine de ces normes ne font pas l’unanimité. C’est la raison pour laquelle il existe non pas une mais des « théories du genre ».
Longtemps, une des théories dominantes a été celle de la socialisation du genre. L’idée était que l’on « apprend » son genre, donc le comportement approprié à son sexe biologique, jusqu’à l’âge d’environ cinq ans, à travers l’éducation de ses parents et par mimétisme de son entourage. On devient ainsi socialement fille ou garçon, et le genre ne change plus après cela.
A la fin des années 80, les sociologues américains Candace West et Don H. Zimmerman, ont avancé une théorie différente.
Selon eux, nous ne sommes pas notre genre, nous le « faisons » en permanence. Un système de sanctions et de récompenses sociales nous incite à agir en conformité avec les normes de genre, et en le faisant nous reproduisons ces mêmes normes. A son tour, cette théorie a été critiquée, et depuis, la discussion continue.
Initialement publié le 29 juin 2013.
Une femme voilée dans la rue à Thionville, le 8 juin 2010. (PELAEZ/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP)
La publication ce vendredi 13 décembre par « Le Figaro » du compte-rendu détaillé d’un rapport sur l’intégration, remis il y a un mois à Jean-Marc Ayrault, a provoqué une avalanche de critiques au sein de l’UMP. « Manipulation », répond, Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité et ancien député PS. Interview.
L’annonce par « Le Figaro » de l’existence d’un rapport remis au Premier ministre préconisant, entre autres mesures, le retour du voile à l’école, a créé l’émoi…
- C’est une manipulation ! La meilleure preuve, c’est que ces rapports – car il y en a cinq – datent de plus d’un mois et étaient déjà sur le site du Premier ministre depuis au moins une semaine. Et curieusement, cette sortie du « Figaro » intervient au moment même où Jean-François Copé présente ses propres propositions sur l’immigration…
Mais que dit ce rapport précisément ?
- Il s’agit d’une commande passée auprès de multiples experts par le Premier ministre et les ministres sur les différents aspects de l’intégration, dans le but de définir, dans un processus de réflexion qui va durer plusieurs mois, une nouvelle politique d’intégration. Or, dans l’un des rapports, il y a simplement deux personnes sur un grand groupe d’intervenants qui suggèrent qu’il faudrait revenir sur l’interdiction du foulard à l’école. Un autre de ces rapports pose la question des mères accompagnatrices d’enfants pour les sorties scolaires et de la circulaire Chatel [datée de 2012, NDLR].
Cela signifie-t-il que le gouvernement pourrait envisager de revenir sur le voile à l’école ?
- Bien sûr que non ! Jean-Marc Ayrault vient justement de déclarer à l’Assemblée qu’il ne reviendrait pas sur la loi de 2004 sur les signes religieux. En réalité, dès que quelqu’un dit quelque chose sur le voile cela devient un événement. Cela montre bien l’état d’inflammation permanente du système médiatique dès qu’on évoque le foulard.
Propos recueillis par Marie Lemonnier, vendredi 13 décembre – Le Nouvel Observateur
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Baby Loup : la cour d’appel confirme le licenciement pour « faute grave » de la salariée voilée
La cour d’appel de Paris a confirmé, mercredi 27 novembre, le licenciement pour « faute grave », annulé en cassation, d’une salariée voilée de la crèche privée Baby Loup, à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines. L’affaire était devenue emblématique du débat sur la laïcité. Le procureur général, François Falletti, avait préconisé la confirmation du licenciement, demandant aux juges de « résister » à la Cour de cassation. |
C’est son credo. Et Vincent Peillon le répète à l’envi : l’école ne sert pas qu’à instruire, mais aussi à éduquer et à transmettre les valeurs de la République. Une mission à laquelle elle a trop souvent renoncé et qu’il faut relancer face à la montée des extrémismes. Fort de cette croyance, le ministre de l’Education dévoilera lundi en grande pompe la Charte de la laïcité – dont le texte final est tenu secret jusqu’à la dernière minute – qui devra être affichée dans toutes les écoles publiques de France, de la maternelle au lycée. Grand connaisseur des penseurs de la laïcité, le ministre agrégé de philo veut donner un maximum de solennité à la cérémonie prévue dans un lycée de la Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne), en présence notamment de Robert Badinter et du président PS de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone.
Devise. Par cet acte symbolique, il s’agit aussi, de marquer la volonté de défendre haut et fort des valeurs de tolérance et du vivre-ensemble, et, dans l’esprit du ministre, de combler un vide où s’engouffrent les extrémistes de tous bords, à commencer par le FN de Marine Le Pen. On connaît toutefois les contours de cette charte qui comporte 15 articles rédigés simplement, indiquant ce que signifie et implique concrètement le principe de laïcité.
Si l’on se réfère au document de travail publié le 26 juin dans le rapport de l’Observatoire de la laïcité, il sera rappelé que chaque citoyen est libre de pratiquer sa foi dans le respect des convictions d’autrui et de l’ordre public. A l’école, la charte réaffirmera qu’un élève ne peut arguer de sa religion pour boycotter un cours, contester le droit d’un enseignant de traiter d’une question ou le contenu de son enseignement, et que la laïcité signifie aussi lutter contre les discriminations, notamment à l’encontre des filles. La neutralité de l’école et l’interdiction du port de signes religieux «ostentatoires», conformément à la loi de mai 2004, seront aussi rappelées.
«J’assume pleinement le fait que l’école doit transmettre les valeurs de la République, a martelé Vincent Peillon à la rentrée. L’article 1 de la Constitution stipule que la République est laïque. Il est important que les élèves comprennent ce que cela veut dire, et que ce n’est pas dirigé contre certains ni contre une religion en particulier.» Le ministre a aussi rappelé que conformément à la loi de refondation de l’école, la devise de la République, le drapeau tricolore et celui de l’Europe, ainsi que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen devraient figurer sur les façades (ou dans les locaux) de tous les établissements scolaires, publics et privés sous contrat. La Charte de la laïcité, qui n’enchante pas l’enseignement catholique (90% du privé est sous contrat) très attaché à son «caractère propre», sera réservée, elle, au public.
Kit. Qu’apporte cette charte par rapport aux textes déjà parus ? Rien. Et ce n’est pas le but. Vincent Peillon ne veut surtout pas rallumer de polémiques dont le Front National ferait son miel mais au contraire «pacifier» la situation. Il a ainsi écarté toute nouvelle loi, notamment sur les mères voilées accompagnant des sorties scolaires.
La communauté enseignante, plutôt favorable, est toutefois perplexe. «On constate aujourd’hui une volonté forte des religions d’avoir leur mot à dire, explique Christian Chevalier, le secrétaire général du syndicat SE-Unsa. Rappeler la neutralité de l’école est indispensable. De même, rétablir le sujet dans la formation des enseignants est une bonne chose, mais il ne faudrait pas que le texte finisse jauni au fond d’un tiroir.»
«Une charte, aussi bien faite soit-elle, ce n’est pas l’essentiel, expliquait à la veille de la rentrée Philippe Tournier, le patron du syndicat majoritaire des proviseurs (le SNPDEN). Les élèves font bien la distinction entre les mots et les faits. Pour une égalité et une fraternité, il reste encore de gros progrès à faire, avec des écoles de plus en plus ghettoïsées, voire communautarisées.»
Le ministère, qui se défend de tout affichage, promet un kit pédagogique à tous les enseignants, leur donnant des éléments pour parler de la laïcité en classe. Avant le retour de la morale laïque annoncé par Vincent Peillon pour la rentrée 2015.
La laïcité n’est pas sérieusement en danger, mais les voix qui se multiplient pour récuser certains de ses principes justifient un rappel des valeurs essentielles. Parce que la laïcité reste un fondement de notre République. Mais la charte qui va être affichée lundi dans toutes les écoles, les collèges et les lycées publics de France sera vaine si elle n’est pas suivie d’une volonté pédagogique et d’une détermination politique à repenser notre système d’intégration. Car la laïcité, facteur ancien de rassemblement, est vécue dans certains quartiers comme un moyen de division. Et le respect des religions, à la condition qu’elles ne s’immiscent pas dans les affaires de l’Etat, est trop souvent perçu comme une stigmatisation de l’islam. La laïcité doit être expliquée, justifiée sans doute aussi.
Cette pédagogie sera pourtant sans effet si le gouffre continue de se creuser entre les écoles des beaux quartiers et celles des cités de banlieue, et si – comme un rapport de la Cour des comptes l’affirmait l’année dernière – les inégalités scolaires amplifient les inégalités sociales.
La laïcité doit enfin vivre avec son temps, prendre en compte les diversités sans renier ses principes, apprendre à «accommoder le pluralisme», comme le dit le politologue Gilles Keppel.
Plus qu’une charte qui fait peser un poids bien lourd sur les épaules des seuls enseignants, c’est une volonté politique qui est aujourd’hui nécessaire. Pour que la laïcité n’entretienne plus les blocages de notre société mais redevienne un outil d’intégration.
Liberation.fr
C’est un mot, une expression, un concept, qui s’impose, au gré de l’actualité, dans nos conversations. Sans pour autant que l’on sache toujours exactement ce qu’il ou elle veut dire, ce qu’il ou elle recouvre. Sans que l’on sache toujours bien l’expliquer à un adolescent curieux. Cette semaine, le procès entre la crèche Baby Loup et une employée, renvoyée parce qu’elle était voilée, relance le débat sur la laïcité. Dis Uncle Obs, c’est quoi la laïcité ?
Uncle Obs vous explique…la laïcité par LeNouvelObservateur
L’arsenal juridique en faveur de la laïcité
« ARTICLE PREMIER : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.
La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. »
Elles rendent l’instruction primaire obligatoire pour les garçons et filles âgés de 6 à 13 ans. L’école publique est gratuite et laïque.
« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.
La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. »
La loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 « encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics » a été votée par le parlement en mars 2004. Elle interdit le port de tout signe religieux « ostensible », ce qui inclut le voile islamique mais aussi la kippa, et le port de grandes croix. La loi permet le port de symboles discrets de sa foi, tels que petites croix, médailles religieuses, étoiles de David, ou mains de Fatma – bien que cette main puisse être portée indépendamment de la religion, n’étant pas de source musulmane.
La loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public est entrée en vigueur six mois après sa promulgation, à compter du 11 avril 2011. Selon cette loi, « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage ». Par espace public, on entend les voies publiques, les transports en commun, les commerces et centres commerciaux, les établissements scolaires, bureaux de poste, hôpitaux, tribunaux, administration…
Toute personne obligeant une femme à se voiler est passible d’un an de prison et de 30.000 euros d’amende. La peine est doublée (deux ans de prison, 60.000 euros d’amende), si la personne contrainte est mineure.
Sont notamment interdits le port de cagoules, de voiles intégraux (burqa, niqab…), de masques ou de tout autre accessoire ou vêtement rendant impossible l’identification de la personne.
La laïcité vu par :
- Jacques Chirac, le 17 décembre 2003
« La laïcité est inscrite dans nos traditions. Elle est au coeur de notre identité républicaine. Il ne s’agit aujourd’hui ni de la refonder, ni d’en modifier les frontières », a solennellement affirmé le président de la République. « La laïcité est l’une des grandes conquêtes de la République. Elle est un élément crucial de la paix sociale et de la cohésion nationale. Nous ne pouvons la laisser s’affaiblir. Nous devons travailler à la consolider. » Le président annonce la création d’un Observatoire de la laïcité qui ne verra jamais le jour.
- Nicolas Sarkozy, Discours à l’occasion de la visite de Benoit XVI à l’Elysée le 12 septembre 2008
« Aussi est-il légitime pour la démocratie et respectueux de la laïcité de dialoguer avec les religions. Celles-ci, et notamment la religion chrétienne avec laquelle nous partageons une longue histoire, sont des patrimoines vivants de réflexion et de pensée, pas seulement sur Dieu, mais aussi sur l’homme, sur la société, et même sur cette préoccupation aujourd’hui centrale qu’est la nature et la défense de l’environnement. Ce serait une folie de nous en priver, tout simplement une faute contre la culture et contre la pensée. C’est pourquoi j’en appelle une nouvelle fois à une laïcité positive : une laïcité qui rassemble, qui dialogue, et pas une laïcité qui exclut ou qui dénonce. En cette époque où le doute, le repli sur soi mettent nos démocraties au défi de répondre aux problèmes de notre temps, la laïcité positive offre à nos consciences la possibilité d’échanger, par-delà les croyances et les rites, sur le sens que nous voulons donner à nos existences. »
En 2010, Le Conseil à l’Intégration (HCI) présidé par Patrick Gaubert a institué une « mission laïcité ».
- François Hollande, le 22 janvier 2012 au Bourget
« Présider la République, c’est préserver l’Etat, sa neutralité, son intégrité, face aux puissances d’argent, face aux clientèles, face au communautarisme. Présider la République, c’est être viscéralement attaché à la laïcité, car c’est une valeur qui libère et qui protège. Et c’est pourquoi j’inscrirai la loi de 1905, celle qui sépare les Eglises de l’Etat, dans la Constitution. »
En décembre 2012, François Hollande annonce à son tour la création d’un Observatoire national de la laïcité en 2013 chargé de « formuler des propositions sur la transmission de la morale publique pour lui donner une place digne d’elle au sein de l’école. » Cela rejoint l’annonce faite par le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, en septembre de la mise en place d’une mission sur la transmission de la « morale laïque » à l’école, qui deviendrait une discipline à part entière.
Nebia Bendjebbour – Le Nouvel Observateur