Archive pour la catégorie 'Libres Propos'

Libres propos…………………..(13/10/2017)

Terra Nova

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Les résultats électoraux récents ont souvent été lus à la lumière d’une opposition entre centres et périphéries. Selon cette théorie, la distance des électeurs au cœur des métropoles serait une variable explicative de leur choix : les publics métropolitains seraient dans une dynamique d’adhésion au « système », à la mondialisation et au paradigme de la « société ouverte », et ceux des périphéries, au contraire, dans une dynamique de rejet se traduisant par une propension à voter pour le Front national.

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle de 2017 invitent à réviser ces représentations, ce qu’analyse Terra Nova dans cette note, qui vise, entre autres, à éviter les pièges du « cartographisme ». Il ne s’agit pas de congédier la géographie mais de lui rendre sa complexité et de la remettre à sa juste place : non seulement notre système spatial ne se résume pas à une opposition centre vs périphérie, mais les critères territoriaux du vote doivent être réintégrés dans un ensemble de causalités où les facteurs économiques et sociaux, ainsi que les héritages politiques, jouent un rôle souvent tout aussi puissant.

Une note de Frédéric Gilli, Bruno Jeanbart, Thierry Pech et Pierre Veltz

Lire la note « Elections 2017 : pourquoi l’opposition métropoles-périphéries n’est pas la clé »
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Publié dans:Libres Propos |on 13 octobre, 2017 |Pas de commentaires »

Tribune………………(19/09/2017)

Comment contester les ordonnances ?

Par Christophe Ramaux, économiste à Paris-I, membre des Economistes atterrés — 18 septembre 2017 à 17:06 (mis à jour à 18:34)
A Paris, lors de la manifestation du 12 septembre.Zoom
A Paris, lors de la manifestation du 12 septembre. Photo Albert Facelly

Ces réformes minent les fondements de notre société, à 90% salariale, et le salariat est synonyme de démocratie.

Ces ordonnances, destinées à réformer le droit du travail, supputent que la flexibilité favorisera l’emploi. C’est oublier que les entreprises disposent déjà de souplesses (emplois temporaires, etc.). Loin des milliers d’emplois promis, presqu’aucune n’a utilisé les accords Fillon de 2004 et ceux de maintien dans l’emploi, introduits en 2013. C’est oublier qu’une entreprise embauche pour produire, et ne produit davantage que si elle espère vendre plus. Or, c’est la politique économique qui détermine la demande globale. Le gouvernement se décharge de ses responsabilités sur les entreprises. Le plus grave est sans doute ici : par cet acte I – couplé à une nouvelle cure d’austérité budgétaire – il tourne le dos aux priorités pour relancer l’emploi : engager la reconstruction pour les besoins sociaux et écologiques, remettre en cause le pouvoir de la finance, le libre-échange, les politiques d’austérité, les inégalités qui – l’OCDE le reconnaît – étouffent l’activité.

Les ordonnances détruiront des emplois. En facilitant les licenciements d’abord. Grâce à son régime plus strict, l’Allemagne n’a pas réduit l’emploi en 2009. En favorisant un surcroît d’austérité salariale ensuite. Les seuls accords visés par les ordonnances sont ceux de moins-disant social, les entreprises ayant toujours eu la possibilité – c’est l’essence du principe de faveur – d’accorder plus à leurs salariés. Prime d’ancienneté ou 13e mois prévus par accord de branche pourront être supprimés. Au dumping social externe, par le libre-échange et les travailleurs détachés, s’ajoutera le dumping social interne. Avec ce souci : nous vivons dans des sociétés salariales. Près de 90 % des emplois sont salariés. Ce sont les salaires qui portent l’essentiel de la consommation (80 % des débouchés), l’investissement (20 %) en dépendant beaucoup.

Les PME pourront établir des accords en contournant les délégués syndicaux. Un cadeau empoisonné à y bien réfléchir. Elles sont souvent en situation de sous-traitance avec de grands groupes, lesquels exigeront qu’elles mobilisent ces «nouvelles souplesses» pour comprimer leur prix. Nouvel oubli : le droit du travail a été conçu pour protéger la partie faible, le salarié, et aussi comme «loi de la profession», pour empêcher le dumping social entre entreprises.

Le patronat le plus autocrate est encouragé. Nulle trace dans les ordonnances d’une plus grande place pour les salariés. La fusion des instances du personnel réduit leur capacité d’action. Le recours aux experts est raboté : l’instance unique devra financer certaines missions à hauteur de 20 % et sera d’autant plus découragée à le faire qu’est introduite la fongibilité des parts sociale et économique de son budget (il y aura à choisir entre arbre de Noël et expertise). En Allemagne, le conseil de surveillance (qui nomme le directoire de l’entreprise) est composé pour moitié de représentants des salariés dans les entreprises de plus de 2 000 salariés (un tiers dans les plus de 500) et les CE sont possibles dès 5 salariés. Cette codétermination, à l’instar de la cogestion suédoise, favorise la coopération, l’investissement dans la qualification et la productivité.

Le travail suppose un engagement de la personne, on travaille mieux quand on a le sentiment d’être bien traité et la coopération suppose de la sécurité. Ces leçons de bonne gestion sont balayées au profit de l’adaptation sans fin aux exigences de la finance. En symbiose avec elle, est promue l’«entreprise liquide» avec des salariés jetables. Est niée l’entreprise pour ce qu’elle doit être : une institution collective, sociale, dont la vocation pour produire est de mobiliser un collectif de travail. Un financier achète et revend des titres le jour même, mais on n’achète pas des machines, on n’embauche pas des salariés, pour s’en débarrasser ainsi. Logiques financière et d’entreprise sont antithétiques comme le soulignait Keynes.

Contester au fond les ordonnances suppose d’articuler deux registres. Celui traditionnel de la lutte des classes (il y a bien régression pour les salariés), mais aussi celui de la démocratie. Celle-ci a un volet libéral (liberté de penser, de s’associer, de contracter), et un qui ne l’est pas, le primat du suffrage universel, de la loi, de l’Etat, l’intérêt général, n’en déplaise aux libéraux, n’étant pas réductible au jeu des intérêts particuliers. Ce qui vaut pour un pays vaut pour l’entreprise. Celle-ci ne se réduit pas aux actionnaires qui souvent la connaissent peu (les grands fonds ont des participations très minoritaires dans des milliers d’entreprises). Il existe, par-delà les conflits qui la traversent, un intérêt général de l’entreprise, qu’il importe de porter contre la vision libérale.

Aller au fond, c’est admettre que le salariat est émancipation avant d’être exploitation. Le code du travail a institué le statut salarié contre celui de «louage d’ouvrage», par lequel les ouvriers s’auto-exploitaient (au XIXe siècle, les prud’hommes opposent souvent les ouvriers entre eux). Le salariat libère le travailleur du tâcheronnage, du marchandage, il l’inscrit dans un collectif de travail, l’entreprise. Il y a bien lieu de le défendre face à l’asservissement ubérisé. Aller au fond, c’est défendre l’Etat social, avec le droit du travail, et la protection sociale, les services publics. Puissions-nous donc éviter le tête-à-queue observé contre la loi El Khomri, où un mouvement de défense de la loi, contre le primat des accords d’entreprise, s’est parfois rapetissé en happening libertaire contre l’Etat.

Christophe Ramaux économiste à Paris-I, membre des Economistes atterrés

Liberation.fr
Publié dans:Libres Propos |on 19 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………………(15/09/2017)

La lettre de Laurent Joffrin.....................(15/09/2017) dans La vie en macronie cleardot
Libération 15 septembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Soumission

Dans La Vie de Brian, satire baroque de la vie du Christ, les Monty Python mettent en scène deux groupes de Judée en lutte contre l’occupation romaine, le Front du peuple judéen et le Front du peuple de Judée, qui se livrent une concurrence féroce alors qu’ils ont les mêmes buts et le même programme. Dans une scène hilarante, le leader du Front du peuple judéen termine sa harangue en jurant de lutter jusqu’à la mort contre l’ennemi détesté. Un militant candide répond : «oui, les oppresseurs romains !» Les autres se lèvent alors comme un seul homme en criant «Non ! Le Front du peuple de Judée !»

Ces rapports sont ceux qu’entretiennent aujourd’hui le PCF et la France insoumise. A peu de choses près, les deux organisations ont le même programme, le même but, la même positon sur l’échiquier politique. Elles ont toutes deux soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle. Mais elles sont lancées dans une guerre qui pourrait bien se terminer par la mort de l’une d’entre elles.

C’est bien sûr Jean-Luc Mélenchon, fort de ses succès à l’élection présidentielle, qui a pris largement le dessus. C’est désormais le compagnonnage du pot de fer insoumis et du pot de terre communiste. Mélenchon a refusé d’aller à la fête de l’Humanité et la France insoumise n’y aura pas de stand. Les deux formations proches en théorie ont constitué deux groupes distincts à l’Assemblée et la France insoumise refuse toute espèce d’alliance, à la base comme au sommet. En mai dernier, le Canard révélait cet aimable SMS de Mélenchon à Pierre Laurent, chef du PCF : «Vous êtes la mort et le néant.» Avec des alliés comme lui, on n’a pas besoin d’adversaire…

Il y a une forme de jouissance perverse dans ces rapports, qui confinent désormais au sado-masochisme. C’est une revanche qui vient de loin. Mélenchon a été formé au sein d’un groupuscule trotskiste animé par le défunt et regretté Pierre Lambert. A cette époque, les rapports de force étaient inverses : le PCF était un mastodonte et la secte lambertiste vivotait en faisant de l’entrisme au PS et à Force ouvrière. On devine la délectation du vieux trotskiste, si longtemps humilié et moqué, qui tient maintenant à sa botte les anciens staliniens sûrs d’eux et dominateurs. En position de grave faiblesse, le PCF ne peut guère répliquer, gardant pour lui une rancune d’autant plus douloureuse qu’elle est muette. Les insoumis exigent une soumission totale. Si bien que nous ne sommes pas loin d’une scène d’Histoire d’O ou de Cinquante Nuances de Grey : dans un salon tapissé de fourrures, muni d’un grand fouet, Jean-Luc Mélenchon fustige Pierre Laurent attaché à un anneau scellé dans le mur. Certes celui-ci ne crie pas «encore, encore !» à chaque coup de fouet, mais il doit accueillir les agressions mélenchoniennes avec un sourire figé et des gémissements contenus, espérant ainsi regagner l’indulgence du maître…

Dans cette bataille, les communistes sont la partie offensée. Ils ne cessent de prêcher l’unité et ne reçoivent en échange que sarcasmes et humiliations. A cela, on ajoutera que le PCF, qui a jeté sa gourme soviétique il y a bien longtemps, est désormais un parti de gauche tout à fait honorable qui ne mérite en rien le traitement qu’on lui fait subir. Il a surtout le grand avantage de n’avoir pas succombé, à la différence de Mélenchon, aux sirènes populistes. Il reste un parti de militants et de cadres formés, qui respecte le débat rationnel et l’intelligence collective, au lieu de remplacer les raisonnements par des invectives. C’est peut-être pour cela qu’il rencontre tant de difficultés…

Et aussi

• Philippe corrige-t-il Macron ? Il s’en démarque en tout cas. Il a déclaré en Allemagne qu’il ne dirait jamais que ses prédécesseurs «n’ont rien fait» ou qu’ils ont «mal fait». «Beaucoup ont pris des décisions intelligentes, courageuses.» Un langage radicalement différent de celui du président, pour qui la France a été gouvernée avant lui par une bande de «fainéants». Il n’y a pas deux lignes au sommet de l’Etat. Mais il y a deux styles.

• L’ancien directeur de cabinet de Patrick Balkany a été condamné pour avoir fourni un emploi fictif à l’un des animateurs du Cercle Wagram, lui-même impliqué dans une affaire de banditisme en liaison avec le milieu corse. Comme à la bataille navale, les tirs de la justice se rapprochent du couple Balkany. Touché, mais pas coulé…

• Les algorithmes manquent de jugeote historique. Dans les catégories publicitaires de Facebook, proposées aux annonceurs, on pouvait trouver les groupes suivant : «jew haters» («ceux qui haïssent les juifs») ou «comment les juifs ont ruiné le monde». Alertée, la direction de Facebook a promis de corriger. Tant qu’elle n’est pas remplacée elle-même par un algorithme…

Laurent Joffrin
Publié dans:La vie en macronie, Libres Propos, Politique |on 15 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

Libres propos………………………..(12/09/2017)

Tribune

L’entreprise, monarchie de droit social

Par Dominique Méda, directrice de l’Irisso, université Paris-Dauphine, auteure du Que sais-je ? «Le Travail», (PUF) — 11 septembre 2017 à 17:36 (mis à jour à 17:44)
En 2013, dans l'usine de jouets Meccano de Calais. Menacée de fermeture, elle a pu se maintenir grâce au lancement de nouveaux produits.Zoom
En 2013, dans l’usine de jouets Meccano de Calais. Menacée de fermeture, elle a pu se maintenir grâce au lancement de nouveaux produits. Photo Edouard Caupeil

La question du partage du pouvoir entre les actionnaires et les salariés ne semble pas d’actualité. La nouvelle loi travail conforte le PDG comme prince omnipotent face aux élus du personnel ou aux représentants des syndicats.

En 1910, au moment des débats entourant la naissance du premier code du travail, un professeur d’économie et de législation industrielle, Adéodat Boissard, écrivait : «L’évolution politique a devancé l’évolution économique dans nos sociétés modernes, en ce sens que le troisième système de répartition économique : le régime associationniste, n’a encore été pratiqué que sur une très petite échelle, à titre d’expériences très localisées, tandis que le principe démocratique paraît informer de plus en plus les constitutions politiques des Etats contemporains. Ce qui est certain, c’est que nous sommes, actuellement, du point de vue économique, en régime monarchique tendant vers le constitutionnalisme.» (1)

Notre auteur nommait également ce dernier «régime capitaliste» ou «régime de partage conventionnel inégal» pour souligner que, dans cette configuration, certains producteurs se réservaient la totalité des bénéfices de la production. Dans son esprit, le progrès consistait clairement à passer au régime de partage proportionnel ou associationniste, celui dans lequel est réalisé «le partage absolument complet et aussi proportionnel que possible à la part prise par chacun à la production de tous les résultats de cette production».

Plus d’un siècle plus tard, contrairement aux espoirs d’Adéodat Boissard, nous nous trouvons toujours, selon sa catégorisation, en régime monarchique. Mais le plus curieux est que cette situation ne fait plus débat et que depuis au moins une bonne trentaine d’années la question de la démocratie dans l’entreprise ne constitue plus un élément central ni du débat d’idées ni des revendications politiques ou syndicales.

Tout se passe comme si une période de glaciation s’était ouverte et qu’envisager une telle possibilité, des entreprises gérées démocratiquement, était devenu un véritable tabou, pire, un propos nécessairement tenu par des «irresponsables», des irréalistes. Lorsqu’on veut nous faire rêver, on nous parle entreprises libérées, organisations plates et en tout cas réinventées, disparition des hiérarchies, mais il n’est jamais question de partage du pouvoir ou de la propriété.

Les coopératives restent, comme à l’époque d’Adéodat Boissard, assez peu développées et ne constituent pas un rêve partagé, une utopie concrète. Nous nous trouvons donc dans une situation où non seulement une grande partie des travailleurs reste subordonnée au pouvoir de l’employeur (le pouvoir de mobiliser le travail d’autrui à son profit et plus précisément de donner des ordres, de contrôler leur exécution et de sanctionner les manquements) mais où les contre-pouvoirs nécessaires, qui prennent leur source dans le code du travail et s’incarnent dans les syndicats, se réduisent chaque jour un peu plus comme les récentes ordonnances en témoignent.

Et pourtant, malgré l’expansion quantitative et qualitative du salariat, malgré les échecs des tentatives autogestionnaires, les arguments philosophiques en faveur d’une démocratisation de l’entreprise ne manquent pas, que celle-ci passe par le renforcement du pouvoir des syndicats (monopole de négociation, présence dans les conseils d’administration) ou par la participation des salariés associés à la propriété comme dans le cas des coopératives.

En 1985, le professeur de sciences politiques Robert A. Dahl rappelait dans A Preface to Economic Democracy que les travailleurs ont un droit moral à participer à la gestion de l’entreprise, et que toute organisation doit être gouvernée par ceux qui sont concernés. On sait qu’il a souvent été répondu à cela que l’entreprise appartenait à ses actionnaires, et que le risque pris par ceux qui apportent le capital devait être récompensé.

Il me semble qu’au moment même où les nécessaires contre-pouvoirs dévolus aux salariés se réduisent dans notre pays, et qu’il apparaît clairement que le modèle qui nous est proposé ne ressemble en rien au «modèle» nordique ou allemand (les syndicats y ont en effet un monopole de négociation, sont présents dès le seuil de cinq salariés, et les représentants des salariés sont présents au conseil d’administration, occupant entre le tiers et la moitié des sièges selon les cas), un certain nombre de chercheurs renouent avec l’inspiration de Robert A. Dahl et amènent des ressources susceptibles de redonner à ce débat central son importance.

Non, les actionnaires ne sont pas les propriétaires de l’entreprise, explique Jean-Philippe Robé, non, la fonction de l’entreprise n’est pas exclusivement de faire du profit, continuent Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, oui, l’entreprise qui veut motiver ses salariés doit leur permettre de participer pleinement aux grandes décisions stratégiques soutiennent Jean-Louis Beffa ou Olivier Favereau. On peut aussi estimer que le risque de perdre son emploi encouru par certains salariés est plus grand que celui de perdre sa mise en capital pour l’actionnaire, qui peut se terminer par la liquidation judiciaire ou la fermeture d’une société à responsabilité limitée.

Récemment, la philosophe Isabelle Ferreras a proposé, en se fondant sur le désir de justice des salariés et sur leur aspiration à exercer un travail expressif, une véritable révolution : que les dirigeants de l’entreprise soient élus par la «chambre du travail» et la «chambre du capital». Cela fait bien sûr penser à la cogestion à l’allemande, une cogestion encore plus rigoureuse que celle qui existe et généralisée. A la lecture de ces auteurs, cette configuration, qui organise la coexistence des intérêts des deux parties paraît, à l’instar de la généralisation d’un modèle de producteurs associés, éminemment légitime.

Si comme le prévoyait Tocqueville, la revendication de démocratisation devait concerner finalement toutes les institutions, on ne voit pas pourquoi l’entreprise y échapperait. La question est sans doute de savoir aujourd’hui si les coups de boutoir donnés au salariat sont plutôt susceptibles d’alimenter ce type de revendication ou de lui porter un coup fatal en ouvrant les vannes d’un auto-entreprenariat pour l’instant radicalement individualisé.

(1) «Contrat de travail et salariat» : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56522768

Dominique Méda directrice de l’Irisso, université Paris-Dauphine, auteure du Que sais-je ? «Le Travail», (PUF)

Publié dans:Libres Propos |on 12 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

Libres propos………………………….(08/09/2017)

Tribune

Emmanuel Macron, un candidat néolibéral devenu président illibéral

Par Eric Fassin, Sociologue, universitaire à Paris-VIII — 7 septembre 2017 à 17:26
Emmanuel Macron au soir de son élection, le 7 mai sur l'esplanade du Louvre. Zoom
Emmanuel Macron au soir de son élection, le 7 mai sur l’esplanade du Louvre. Photo Denis Allard. Rea

Depuis la présidentielle, il n’est plus question de réduire le pouvoir souverain pour accroître les libertés. Un nouveau créneau pour la gauche ?

  • Emmanuel Macron, un candidat néolibéral devenu président illibéral

En 1989, la chute du Mur était censée marquer, sinon la fin de l’histoire, du moins le triomphe d’une société ouverte. Le marché libre n’était-il pas la garantie des libertés démocratiques ? Moins d’Etat, telle était la double leçon tirée de l’échec de ces régimes autoritaires, et le laisser-faire, et les droits humains. Après la guerre froide, le libéralisme se voulait donc à la fois économique et politique.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Loin de se retirer de la scène économique, l’Etat en est plus que jamais un acteur essentiel. Au lieu de laisser-faire, il intervient sans cesse – pour sauver les banques, aider les entreprises et redistribuer la richesse… au bénéfice des riches. Pour le distinguer du libéralisme économique, on qualifie cet avatar du capitalisme de néolibéral.

Le néolibéralisme est-il libéral politiquement, à défaut de l’être économiquement ? On a pu le croire quand les partis sociaux-démocrates s’y sont convertis dans les années 90. Les Premiers ministres anglais, Tony Blair, puis espagnol, José Luis Zapatero, ont d’abord revendiqué une forme de modernité, économique mais aussi politique. L’emblème en était leur ouverture proprement libérale en matière d’immigration et pour les droits sexuels.

Depuis, «l’Europe forteresse» est, certes, devenue l’autre face d’une union néolibérale. La chancelière allemande n’en a pas moins démontré en 2015 que l’intransigeance économique, dont la Grèce faisait les frais, ne condamnait pas nécessairement à l’abandon des droits humains. Surtout, sa politique d’accueil des réfugiés était menée non pas en dépit mais au nom de la rationalité économique, l’intérêt bien compris rendant la générosité possible en même temps que nécessaire.

En se démarquant d’un Manuel Valls pour célébrer le courage politique d’Angela Merkel, Emmanuel Macron avait inscrit sa campagne dans cette filiation d’un néolibéralisme libéral. Or, depuis son élection, c’en est fini du libéralisme politique. Il n’est pas question de réduire le pouvoir souverain pour accroître les libertés. Du Louvre à Versailles, le nouveau président endosse l’habit monarchique de la Ve République, et pare l’orléanisme bourgeois d’un Guizot des atours majestueux du Roi-Soleil. L’Etat, c’est lui.

Parvenu à la présidence sans jamais se lier à un parti, Macron revendique haut et fort un pouvoir personnel dont les parlementaires seraient les simples exécutants. Réformer le code du travail par ordonnances le signifie aujourd’hui sans ambiguïté. La séparation des pouvoirs, chère aux pères fondateurs de la pensée libérale, a fini de s’effacer au profit d’un présidentialisme absolu. Il n’est pas davantage question de négociation avec ce qu’on hésite à nommer encore des «partenaires sociaux». Le Premier ministre le déclare sans ambages : «Nous avons concerté. Concerter, ce n’est pas négocier.» La franchise d’Edouard Philippe est d’autant plus éloquente qu’il rompt avec l’usage pronominal du verbe par cet emploi… absolu. Il ne s’agit pas seulement de politique économique. La logique autoritaire déployée pour imposer les réformes est aussi au cœur de la politique d’immigration. Certes, le Président n’a pas renoncé à la rhétorique de l’accueil quand il prend la parole aux côtés de Merkel : «C’est notre tradition, et c’est notre honneur.» Cela ne l’empêche pas de proposer des «hot spots» pour trier les migrants en Libye, voire au-delà, à l’abri des regards humanitaires. Changement dans la continuité : au ministère de l’Intérieur, Gérard Collomb, succède à Brice Hortefeux et Claude Guéant, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve.

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a beau protester avec vigueur, à Vintimille et à Calais, ou Porte de la Chapelle, la chasse aux migrants, demandeurs d’asile ou pas, bat son plein. Elle se prolonge, plus encore que sous Nicolas Sarkozy, par la chasse aux militants. Dans la vallée de la Roya, Cédric Herrou paie ainsi au prix fort ce retour du «délit de solidarité». Fait remarquable, l’institution judiciaire se fait ici l’instrument docile de l’exécutif. La confusion des pouvoirs s’aggrave. En témoigne aussi la constance, de l’ex-président au nouveau, de la répression contre la famille d’Adama Traoré, mêlant pareillement forces de l’ordre, justice, élus locaux et membres du gouvernement.

Pourquoi le candidat libéral s’est-il métamorphosé, dès son élection, en un président illibéral ? Comme ses prédécesseurs, il a pour priorité de faire passer, coûte que coûte, des réformes néolibérales. D’un côté, la gestion répressive des banlieues, comme en écho à celle des migrants, vise à distraire les électeurs en leur jetant en pâture des victimes expiatoires, à défaut de pain, des «jeux». De l’autre, toute opposition extraparlementaire sera présentée comme une menace à l’ordre public. Gageons que si la contestation reprend demain dans la rue, elle sera qualifiée d’antidémocratique, le Président n’a-t-il pas été élu démocratiquement (et qu’importe la manière) ? Dès lors, le ton policé de Macron ne parviendra plus à masquer son fond policier, la matraque dira la vérité du régime.

Ce revirement illibéral est un choix stratégique. Le Président ne paraît plus voir de concurrence réelle qu’à droite ; il refuse donc de concéder ce terrain à Laurent Wauquiez et Marine Le Pen. Voilà justement pourquoi la gauche a tout intérêt à distinguer le néolibéralisme du libéralisme. Se dire «antilibérale», ce serait confondre la critique du capitalisme et la défiance à l’égard de la politique des droits, au risque d’accréditer l’idée que la seconde serait une affaire de «bobos», étrangère à un «peuple» uniquement intéressé par la première. Au contraire, face au néolibéralisme illibéral du Président et de la droite, mais aussi à l’antilibéralisme tant économique que politique professé par le FN, articuler la critique du néolibéralisme économique à la défense des droits et des libertés devrait être le créneau de la gauche et son programme.

Dernier ouvrage paru : Populisme : le grand ressentiment (Textuel, 2017).

Eric Fassin Sociologue, universitaire à Paris-VIII

Liberation.fr
Publié dans:Libres Propos |on 8 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

L’édito de Laurent Joffrin………………(25/08/2017)

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Mémoire

ÉditoCe fut un talentueux général américain qui défendait un gouvernement esclavagiste : on déboulonne les statues de Robert E. Lee un peu partout aux Etats-Unis. Ce fut un brillant général français dont le gouvernement rétablit l’esclavage en 1802 : personne ne songe à déboulonner les statues de Napoléon Bonaparte. Pourtant, le parallèle n’est pas artificiel : cédant au lobby colonial, le Premier Consul a bien restauré un système d’oppression qu’on définit aujourd’hui comme un crime contre l’humanité. Il a aussi envoyé aux Antilles un corps expéditionnaire chargé de mettre en œuvre sa décision et qui s’est distingué par sa férocité dans sa lutte contre les esclaves révoltés. La question se pose, donc.

Excès de mémoire ? Repentance masochiste ? On nuancera le cas de Bonaparte : il fut aussi un général de la Révolution et, en 1815, il abolit – sur le tard – cet esclavage qu’il avait rétabli treize ans plus tôt. A la différence de Lee, son action, comme on sait, fut autrement plus large. Si l’on voulait se débarrasser de lui, il faudrait aussi débaptiser la rue de Rivoli, la gare d’Austerlitz ou la place de la Concorde, abattre la colonne Vendôme et supprimer la légion d’honneur. Le ridicule n’est pas loin. Et s’il fallait effacer de la mémoire nationale tous ceux qui ont favorisé l’entreprise esclavagiste, on devrait rayer des cadres Richelieu, Colbert, Louis XIV ou Surcouf. Difficile… En revanche, la persistance dans les villes de France de certaines plaques célébrant la mémoire d’armateurs enrichis dans la traite, ou encore la présence du nom de Richepanse dans certaines rues, alors que ce général a commis d’immondes massacres en Guadeloupe, choquent légitimement la mémoire républicaine, pas seulement dans les communautés antillaise ou africaine. Dans ces cas précis, le changement de nom s’impose, comme aux Etats-Unis, où les statues de Lee, la plupart du temps, célèbrent ouvertement l’esclavage et la ségrégation.

Pour le reste, il vaut mieux procéder par ajout que par retranchement. Plutôt que d’effacer certains personnages, comme dans l’URSS de Staline, il vaut bien mieux compléter avec précision et justesse leurs biographies. C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, les grandes villes portuaires comme Nantes ou Bordeaux ont entamé depuis une décennie au moins un travail de commémoration utile et lucide de la mémoire du «commerce triangulaire», qui fut une abomination dont les manuels scolaires ont longtemps tu la réalité. A condition d’être un récit et non un roman, l’histoire nationale est bénéfique. En rappelant les crimes du passé, elle sert aussi à lutter contre les discriminations du présent.

Laurent Joffrin

Liberation.fr
Publié dans:Libres Propos |on 25 août, 2017 |Pas de commentaires »

Analyse…………………………(25/08/2017)

Tribune

Parti socialiste : ne mettons plus la poussière sous le tapis

Par un collectif — 25 août 2017 à 07:10
 Zoom
Photo Albert Facelly

Plusieurs premiers secrétaires fédéraux appellent à la refondation du PS, qui doit passer par une clarification de la ligne politique : celle d’une gauche sociale-démocrate, européenne et écologiste.

Le Parti socialiste est coutumier des tribunes à la fin desquelles on ne lit que la liste des signataires et non pas le contenu des propos. Nous, premiers secrétaires fédéraux, souhaitons faire entendre la voix de nos territoires car des mesures doivent être prises urgemment afin de permettre la refondation de la gauche socialiste. L’objet de ce texte n’est pas de préparer un futur congrès mais bel et bien de poser les bases indispensables qui devront être au cœur de nos réflexions collectives en cette rentrée.

Le contexte politique que nous traversons est à bien des égards historique. Après les derniers échecs électoraux, la montée des populismes, l’émergence du parti présidentiel et l’élection de l’actuel président de la République, l’heure doit être à la refondation et à l’indispensable clarification tant sur le fond que sur la forme.

La période de mutation profonde qui est devant nous ne pourra réussir que si nous avons clairement répondu à la question de la ligne politique. En effet, nos divergences internes, affichées et médiatisées et par lesquelles nous sommes notre principal adversaire, rendent notre parti inaudible. Si elles ne sont pas clairement tranchées, elles le priveront durablement de toute crédibilité. Cette division, profonde, qui va bien au-delà des tendances habituelles qui ont toujours constitué la richesse du Parti socialiste, est à ce point manifeste qu’elle est connue de tous. Des militants bien sûr, mais également des sympathisants et des citoyens. Nous ne pouvons, dès lors, plus accepter la stratégie de certains de nos camarades qui entretiennent à l’intérieur les fractures qui leur permettent de prospérer à l’extérieur.

Nous l’affirmons sans détour, les militants souhaitent cette clarification. Ils sont la force vive de notre parti et le moyen de son rebond. Ils sont nombreux à l’exprimer très clairement : si le flou persiste, ils quitteront le Parti socialiste. C’est pourquoi il est urgent d’en clarifier la ligne, celle du rassemblement de la gauche responsable, de la gauche de gouvernement, de la gauche fière de ses valeurs : une gauche sociale-démocrate, européenne et écologiste.

Sur la forme, notre parti doit profondément se transformer. Promoteur historique de la décentralisation, il doit l’appliquer à son propre fonctionnement pour aller vers une organisation plus horizontale et réinventer son rapport aux militants comme aux sympathisants. Il s’agira donc d’ouvrir très rapidement un chantier interne d’évolution (pour ne pas dire révolution) de nos statuts qui ne répondent plus aux enjeux sociaux et sociétaux actuels.

Il est urgent et indispensable de repenser l’articulation entre les fédérations et le national, de redonner toute leur place aux militants, de laisser les territoires se structurer en fonction de leurs particularités locales, de penser une nouvelle organisation régionale autonome.

Enfin, et surtout, le Parti socialiste ne peut plus déléguer les questions politiques et la pensée socialiste à divers organismes et autres formations politiques. Il nous faut réinternaliser la pensée, le débat et les orientations politiques au sein de notre organisation et repenser nos liens avec les acteurs de terrain (associations, structures d’éducation populaires, acteurs économiques, etc.).

Ce qui fut débat puis division pour terminer en opposition n’est plus compatible au sein d’une même formation politique. Clarifions la ligne sociale-démocrate, européenne et écologiste et organisons la décentralisation au sein du Parti socialiste. Le processus doit être accéléré pour faire vivre la gauche en France. Il n’y a plus de temps à perdre.

Liberation.fr

Publié dans:Libres Propos |on 25 août, 2017 |Pas de commentaires »

Libres propos…………………………(22/08/2017)

Loi de moralisation : le suicide du Parlement ? 6/12

logo de Le Figaro Le Figaro

Roland HureauxIl y a 3 heures
FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Roland Hureaux, les discussions des parlementaires concernant le « rétablissement de la confiance dans la vie politique », loin de l’exorciser, confortent l’idée que la vie politique est un lieu d’abus.figarofr: La loi de moralisation de la vie politique pourrait, contre son objet, renforcer la méfiance à l'égard des parlementaires.© MARTIN BUREAU/AFP La loi de moralisation de la vie politique pourrait, contre son objet, renforcer la méfiance à l’égard des parlementaires.Agrégé d’histoire, normalien et énarque, Roland Hureaux est haut fonctionnaire et essayiste. Il a notamment publié La grande démolition, la France cassée par les réformes (éd. Buchet-Chastel, 2012).

Les mesures votées par l‘Assemblée nationale (mais pas encore par le Sénat) au titre du «rétablissement de la confiance dans la vie politique» ne sont pas seulement pauvres de contenu, elles sont inquiétantes par la démarche qui les inspire: loin d’exorciser l’antiparlementarisme, elles confortent par leur esprit punitif l’idée que la vie parlementaire est un lieu d’abus.

La loi en cause fait suite à bien d’autres comme celle du 11 octobre 2013 créant la Haute autorité pour la transparence de la vie publique qui oblige les parlementaires à déclarer leur patrimoine (ce que le premier ministre Philippe avait refusé de faire!), cautionnant l’idée que les représentants du peuple sont tous des délinquants en puissance à qui il faut tenir la bride courte.

L’interdiction faite aux parlementaires, aux ministres et aux exécutifs locaux d’embaucher comme collaborateur un membre de leur famille est en revanche une mesure hypocrite: à moins d’instaurer une police des mœurs à l’Assemblée (au train où vont les choses, il n’est pas impossible qu’on y vienne!), les maîtresses, amantes et amants ou leurs enfants ne seront, eux, nullement inquiétés. Plus grave: cette interdiction ratifie l’analyse fausse qui a été faite au moment de l’affaire Fillon: on a confondu l’emploi familial, parfaitement justifié dans un cabinet où la confiance politique doit régner, avec le népotisme par lequel on nomme à un grand emploi un membre de sa famille sans qualification particulière: or attaché parlementaire n’est pas un grand emploi. Aucune autre profession n’est soumise à une telle contrainte.

Macron s’est par ailleurs engagé à réduire d’un tiers le nombre de députés et de sénateurs, ce qui là aussi conforte l’opinion dans l’idée qu’ils ne servent pas à grand-chose: à une époque où la France était moins peuplée, les assemblées de la IIIe et de la IVe Républiques étaient pourtant plus nombreuses qu’aujourd’hui. Si on dit que 577, c’est trop, on le dira, n’en doutons pas, de 350, et demain de 100 etc. Cette promesse est d’ailleurs fort peu en cohérence avec une autre affirmation du président: «En faisant progressivement du mandat électif un statut, nous avons effacé ce qui en est la nature profonde: le lien avec le citoyen.» Avec un député pour 200 000 habitants au lieu de 100 000, le rapprochera-t-on du citoyen?

Ainsi on demande aux parlementaires d’avaliser leur propre abaissement, de ratifier la méfiance, ou le mépris qu’une partie d’opinion leur voue. Il en va de même quand on les somme de voter des lois qui ne sont que la transposition de normes européennes ou internationales ou encore qui les dessaisissent au profit de proliférantes Autorités administratives indépendantes (AAI).

Qu’au lieu de mettre en débat les lois les plus importantes, comme la «loi Travail», il soit fait appel d’emblée à la procédure d’ordonnances, montre combien la nouvelle assemblée est prisonnière du pouvoir exécutif. Il y a dès lors le risque que ces nouveaux députés, issus de la «société civile», c’est-à-dire ne connaissant rien aux particularités de la machine de l’État, ne fassent, en pire, ce que , confusément, l’opinion reprochait à leurs prédécesseurs: avaliser passivement les projets de la technocratie, ce qui revient à poursuivre les politiques existantes, y compris les plus désastreuses.

La fin du cumul des mandats

Ce qui va toutefois condamner plus que tout le Parlement à l’inexistence, c’est la fin du cumul des mandats. Cumul voué aux gémonies par l’opinion à la suite d’un malentendu jamais dissipé: on lui a présenté ce cumul comme un cumul de rémunérations alors que celui-ci était strictement limité.

Le cumul de mandats permettait aux élus nationaux de garder le contact avec le terrain grâce à leurs responsabilités locales. Beaucoup bénéficiaient de la bonne image que, seuls parmi les élus, conservent les maires, ce qui montre, soit dit en passant, que les hommes politiques gagnent à être vus à l’œuvre de près.

Cette dégradation de la fonction parlementaire est la suite logique de la dernière élection présidentielle où ont été foulés au pied les principes les plus fondamentaux de la République: la non-interférence de la justice avec les processus électoraux et la non-ingérence de l’exécutif dans l’exercice du pouvoir judiciaire , fondements de la séparation des pouvoirs sans laquelle , «une société n’y a point de constitution» (article 16 de la Déclaration des droits de l’homme).

En votant cette loi, le Parlement cautionne au passage l’idée que les actions menées à l’encontre de François Fillon étaient légitimes, un peu comme en d’autres temps on amnistiait les auteurs d’un coup d’État réussi. Si au lieu de ce festival d’hypocrisie, on avait vraiment voulu moraliser la vie politique, ce sont ces dérives-là, sans lesquelles, il faut bien le dire, Macron n’aurait pas été élu, qu’il fallait prévenir .

Mais il faut voir plus loin. Les contraintes avilissantes, les contrôles inquisitoriaux qui vont désormais peser sur les élus, faisant d’eux des suspects a priori , éloigneront un peu plus de la carrière politique les hommes d’honneur, et donc les plus honnêtes, voire les plus capables.

Au projet sur le «rétablissement de la confiance dans la vie politique» va s’appliquer ce que Hayek appelle «la loi des effets contraires au but poursuivi». Pas plus de proximité mais moins, pas moins de soupçon mais plus, non pas une restauration du prestige des élus mais une nouvelle perte de crédit. Plus que jamais les citoyens auront le sentiment que le Parlement ne sert à rien.

Publié dans:Libres Propos, Politique |on 22 août, 2017 |Pas de commentaires »

D’odieux……………………..(21/07/2017)

Publié dans:Libres Propos |on 21 juillet, 2017 |Pas de commentaires »

Merci Nadine…………………………(27/06/2017)

Billet du jour :

Mardi 27 juin 2017

Histoire du parti Socialiste Français, suite :

Reconstruire – 2002 – 2008
L’enjeu du congrès de Dijon ? Pour les socialistes, il s’agit d’essayer de tourner la page du 21 avril, où Lionel Jospin s’est retiré de la vie politique. Cinq motions présentent aux militants leurs diagnostics sur la période passées, et leurs propositions pour le futur.
Celle de François Hollande l’emporte avec 61,37 % des voix. En l’absence de synthèse, le Nouveau Parti socialiste d’Arnaud Montebourg et de Vincent Peillon (16,88%), Forces militantes de Marc Dolez (4,38%), Nouveau monde de Henri Emmanuelli (16,33%) et Utopia de Frank Pupunat (1,05%) ne participent pas à la nouvelle direction, dont François Hollande reste le Premier secrétaire.
Dans une période difficile pour la gauche, le PS s’efforce de jouer pleinement son rôle de première force d’opposition à la politique du gouvernement Chirac-Raffarin et du MEDEF. Reparti à la conquête de l’électorat populaire, qui lui a fait défaut en 2002, il soutient les luttes des salariés : enseignants, fonctionnaires, chercheurs, salariés du privé victimes de licenciements collectifs, intermittents du spectacle, étudiants. Les socialistes défendent la laïcité, en exigeant l’interdiction des signes religieux ostentatoires à l’école.
Au Parlement et dans la rue, il a opposé ses propres propositions de réformes aux mesures de régression sociale voulue par la droite. Cette opposition frontale porte ses fruits. Les élections de l’année 2004 sont historiques pour le parti :
• Aux régionales, le PS emporte 24 régions sur 26.�- Aux cantonales, il conquiert, pour la première fois, la majorité des présidences de Conseils généraux (52 contre 49 à la droite).
• Aux européennes, les socialistes recueillent 28,89 % des voix et 31 sièges au Parlement Européen. Mais le taux d’abstention est de 57, 21 %.
• Aux sénatoriales, 7 sénateurs/trices socialistes supplémentaires sont élus.
Du 29 mai 2005 au congrès du Mans
À l’automne 2004 et tout au long de l’année 2005, la question de la ratification du Traité Constitutionnel européen divise profondément les socialistes entre partisans du « oui » et partisans du « non » au référendum annoncé par Jacques Chirac. Fin 2005, les militants socialistes se prononcent pour le «oui» par 58,62 % contre 41,38%. Au terme d’une campagne électorale que les socialistes ont affrontée dans la division, le résultat du référendum du 29 mai 2005 donne une nette victoire au «non» : 54,67 % contre 45,33 %.
Le congrès se tient en novembre 2005 au Mans, dans un contexte politique fort : des émeutes ont embrasé de nombreuses cités déshéritées de France. Cinq motions se sont présentées aux militants. La motion conduite par François Hollande l’emporte avec 53,5% des voix.
Après de longs débats, qui se prolongent tard dans la nuit de la commission des résolutions, le congrès s’achève sur une synthèse quasi générale, que refuse toutefois Arnaud Montebourg. Presque tous les courants du PS se retrouvent dans la direction pour préparer la présidentielle de 2007. François Hollande est réélu Premier secrétaire avec 77,13 % des suffrages exprimés.
À l’occasion du centenaire du PS en 2005, un film a retracé les grandes étapes de notre combat et les valeurs que nous portons. En voici une version courte, réalisée par un socialiste de la section de Berlin (Allemagne) :

2006 – 2008 : Campagnes électorales
Après une primaire rude et très médiatisée, Ségolène Royal obtient l’investiture présidentielle face à Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius dès le premier tour de scrutin militant.
Elle entame sa campagne par une phase d’écoute et de débats participatifs. En février 2007, elle en fait la synthèse : le «Pacte présidentiel» sera le socle politique de la campagne. Qualifiée pour le second tour avec 25% des voix, elle organise un débat télévisé avec François Bayrou pour discuter des points d’accord avec le leader centriste. Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy remporte l’élection par 53,06% contre 46,94% à Ségolène Royal.
Après cet échec, les électeurs de gauche se remobilisent toutefois au second tour des législatives le 17 juin 2007. Le PS obtient 186 députés sur 577, soit 46 de plus qu’en 2002. Des personnalités de la droite essuient des échecs : Alain Juppé est battu à Bordeaux par Michèle Delaunay.
Sur cette lancée, le Parti socialiste sort largement vainqueur des élections municipales de mars 2008. D’une part, les Français renouvellent leur confiance aux élus socialistes déjà en responsabilités dans les mairies. Plus encore, le PS conquiert de grandes villes : Toulouse, Amiens, Caen, Reims, Argenteuil, Reims, St Étienne, Saint Denis de la Réunion, Rouen basculent à gauche. Aux cantonales, la gauche gagne près d’une dizaine de départements. Elle dirige désormais 60% des villes de plus de 100.000 habitants près de 60 départements et 24 régions.
C’est tout le paradoxe de cette période : les socialistes ont perdu la présidentielle et le référendum européen il est vrai impulsé par Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing, mais ont remporté des victoires éclatantes lors des scrutins locaux.
Préparer le changement : 2008 – 2012
Après un congrès de Reims difficile (14 au 16 novembre 2008), que les socialistes ont abordé dans la division, Martine Aubry est élue Première secrétaire du PS. Aux élections européennes, elle met en oeuvre une limitation du cumul des mandats dans la désignation des candidats socialistes.
Mais à ces élections, le PS paie dans l’opinion la mauvaise image donnée aux Français pendant le congrès de Reims : les socialistes recueillent 16,6%, loin derrière l’UMP (27,8%) et sont talonnés par les Verts (EELV).
A l’Université d’été de La Rochelle, Martine Aubry engage résolument le parti sur la voie de la rénovation : elle annonce une consultation des militants sur le cumul des mandats et les primaires :

Le 1er octobre 2009, les militants approuvent à une très large majorité les propositions qui leur sont soumises. Le non-cumul des mandats sera la règle aux législatives de 2012 et le PS organisera des « primaires » ouvertes à tous, pour choisir son candidat en 2012.
Pour préparer ses propositions en vue de 2012, le PS organise le Tour de France du projet : des débats avec les Français sont organisés au cours des huit étapes. Le but : recueillir le diagnostic du plus grand nombre pour nourrir la réflexion des socialistes, et valoriser la France « qu’on aime ».
Fort de leur bilan dans les régions, les socialistes abordent les régionales de 2009 rassemblés. Engagés pour faire des régions des modèles de social écologie, le PS décline ses propositions dans son contrat socialiste pour nos régions et en 2010, la gauche remporte 24 régions sur 26, manquant le grand chelem métropolitain d’une région, l’Alsace.
Suite à cette victoire et pour préparer l’avenir, le PS mettra en place la même année quatre grandes conventions (Nouveau modèle économique, Rénovation, International et Europe, Égalité réelle), et de nombreux forums thématiques (sécurité, agriculture, ville du XXIe siècle, etc.). Le projet du PS sera finalisé dans une grande Convention en mai 2011.
2011 sera aussi l’année d’un nouveau succès électoral pour le PS et pour la gauche, à l’occasion des élections cantonales en mars, où la gauche progressera de quatre départements en en perdant qu’un seul.
Après ces victoires locales, majoritaire dans les régions, les départements et les villes de France, le Parti socialiste s’allie avec Europe Écologie Les Verts pour conquérir le Sénat. Pour la première fois, le Sénat aura une majorité de gauche et son président sera Jean-Pierre Bel jusqu’alors président du groupe socialiste au Palais du Luxembourg.
C’est également en 2011 que se tiendront les premières « primaires ouvertes » du Parti socialiste, qui verront 2,8 millions de Français se déplacer aux urnes. Le suffrage est remporté par François Hollande le 16 octobre, qui sera officiellement investi comme candidat des socialistes et des radicaux de gauche à l’occasion d’une Convention nationale d’investiture, le 22 octobre.
Le 6 mai 2012, François Hollande remporte l’élection présidentielle et le 17 juin, les Français lui donnent une majorité parlementaire en élisant 295 députés socialistes, républicains et citoyens.

Depuis 2012, redresser le pays, rassembler la gauche
Le 6 mai 2012, François Hollande est élu Président de la République avec 51,64% des voix. Il nomme Jean-Marc Ayrault Premier ministre d’un gouvernement où siègent socialistes, écologistes et radicaux de gauche.
Le gouvernement se met immédiatement au travail pour redresser la France, handicapée par une dette publique cumulée de plus de 1800 milliards laissée par la droite. Il faut passer la serpillère après le quinquennat Sarkozy, c’est la première étape du changement, une étape à l’époque sous-estimée et peu expliquée qui freinera considérablement le redressement du pays.
Lors du Congrès de Toulouse qui se tient les 26, 27 et 28 octobre de la même année, Martine Aubry quitte le poste Premier secrétaire du Parti socialiste après avoir réformé le parti en introduisant notamment le non-cumul des mandats et le principe des primaires citoyennes. Harlem Désir, premier signataire de la motion arrivée en tête avec 67%, est désigné pour lui succéder.
La gauche au pouvoir est sur tous les fronts : redressement productif et compétitivité de nos entreprises, soutien à l’emploi et au pouvoir d’achat, mariage pour tous, investissement éducatif, transition écologique et numérique, nouvelle organisation territoriale, droits nouveaux pour les salariés, relance européenne, diplomatie active. Mais, la crise est profonde, les contraintes fortes, les efforts demandés aux Français tardent aussi à porter leurs fruits.
Les élections municipales des 23 et 30 mars 2014 sont plus qu’amères pour les équipes municipales qui luttent au quotidien, sur le terrain pour plus d’égalité et de solidarité. La gauche perd 155 municipalités de plus de 9 000 habitants, dont 60 de plus de 30 000 habitants. Le Front national remporte une dizaine de municipalités pour y mener son méticuleux saccage social et culturel.
Suite à cette lourde défaite, le Président de la République décide de remanier profondément le gouvernement. Le 9 avril 2014, il nomme Manuel Valls à sa tête. Dans la foulée, Harlem Désir est nommé secrétaire d’État chargé des affaires européennes. Jean-Christophe Cambadélis le remplace à la tête des socialistes, élu lors du Conseil national du 15 avril. Il s’agit de « prendre la mesure du choc du 30 mars et d’y remédier ».
Les élections européennes des 22 et 25 mai 2014, mettent à nouveau en lumière la progression continue du Front national qui atteint le score inquiétant de 24,86 %. Le Parti socialiste n’obtient pour sa part que 13,98 %. Décidément, l’Europe est trop marquée par l’austérité pour se réconcilier avec les européens qui se réfugient de plus en plus dans le vote protestataire, ce qui profite avant tout au bloc réactionnaire, sur tout le continent, et dans une abstention massive.
Face à la situation, Jean-Christophe Cambadélis et le secrétariat national décident d’engager un profond travail de restructuration et de réorganisation de notre formation, en commençant par la refondation de notre identité. Le 6 décembre 2014, la nouvelle Charte de l’identité est adoptée au cours des États Généraux des socialistes. Nous sommes désormais les partisans de la social-écologie, nouvelle étape de la régulation indispensable des forces du marché.
L’année 2015 débute dans le drame. Les 7, 8 et 9 janvier le terrorisme djihadiste frappe notre pays et sa liberté chérie. Liberté de créer et de caricaturer, liberté de croire et de penser différemment. Les Françaises et les Ffrançais y répondront par la marche du 11 janvier, contre le terrorisme et pour la République, avec près de 4 millions de personnes dans les rues de Paris et de nombreuses villes de province.

Les élections départementales qui se tiennent les 22 et 29 mars 2015 marquent encore une progression du parti d’extrême droite, même si le second tour indique clairement que nos concitoyens hésitent toujours à confier des vraies responsabilités exécutives aux membres du Front national : alors que celui ci remporte 25,24 % des voix au premier tour, il ne gagnera aucun département à l’issue du second. Le Parti socialiste reste pour sa part à la tête de 33 conseils départementaux.
Le congrès de Poitiers organisé du 5 au 7 juin 2015 sera marqué du sceau de la volonté d’unité et de rassemblement. 60 % des militants se retrouveront dans la motion majoritaire « le renouveau socialiste » qui défend l’idée d’un soutien exigeant vis-à-vis du gouvernement et veut faire de la seconde phase du quinquennat celle de la redistribution. Le 28 mai, Jean-Christophe Cambadélis sera largement investi par 70% des militants. Ouverture avec un mode d’adhésion facilitée, modernisation et digitalisation de l’organisation du parti : le renouvellement des têtes et dans les têtes est en marche.
A l’approche des élections régionales des 6 et 13 décembre 2015, et tenant compte de la menace du Front national et du risque de fragmentation de la gauche, le Parti socialiste lance un référendum pour l’unité des forces de gauche et des écologistes, si possible dès le premier tour, les 16, 17 et 18 octobre. Le succès du réferendum est au rendez-vous et les principaux leaders des partis de gauche annoncent leur volonté de répondre à l’appel pour l’unité lancé par Jean-Christophe Cambadélis et donc au moins de fusionner les listes de gauche au second tour sans condition.

La campagne des régionales débute à peine que l’horreur s’empare à nouveau de notre pays. Le 13 novembre, un commando armé de Daech sème la mort et frappe la France et Paris en plein cœur. Le choc est immense, le bilan est terrible : 130 personnes sont assassinées et plus de 350 blessées. L’état d’urgence est décrété. La France est en guerre.
Dans un climat tendu et en plein état d’urgence, la gauche rassemblée autour du Parti socialiste parvient à conserver 5 grandes régions sur 13, et surtout à empêcher l’extrême droite d’accèder à la moindre responsabilité exécutive territoriale. Le rassemblement est bien la seule stratégie qui permette à la gauche de gagner.

Merci Nadine..............................(27/06/2017) dans Libres Propos
Publié dans:Libres Propos |on 27 juin, 2017 |Pas de commentaires »
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