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La lettre de Laurent Joffrin…………………(24/04/2018)

Libération 24 avril 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

L’effet pervers d’un appel

L’intention est bonne, mais les effets le sont beaucoup moins. Voilà un texte qui appelle au rassemblement contre le «nouvel antisémitisme» et qui a pour premier effet… de diviser. Il faut tout de même être d’une singulière maladresse pour s’attirer, aussitôt la publication, une protestation de Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, sans doute un des responsables musulmans les plus pacifiques, les plus ouverts et les plus tolérants, qui a marqué maintes fois sa solidarité avec les Français juifs victimes de crimes ou d’agressions. On cherche une alliance la plus large possible et on commence par froisser un allié naturel. Bien joué…

Non que le sens général de l’appel publié dans le Parisien soit erroné. Il existe bel et bien un antisémitisme nouveau, alimenté par les fanatiques de l’islamisme violent, ou encore appuyé sur certains préjugés anciens et hostiles aux juifs qu’on trouve chez une – bien trop grande – minorité de musulmans. Tragiquement, cet antisémitisme n’est pas seulement verbal : 11 Français juifs ont trouvé la mort dans les dix dernières années sous les attaques jihadistes, ou bien à l’occasion de crimes crapuleux à forte connotation antisémite. Souvent les Français juifs sont en butte à un harcèlement honteux qui est une tache sur la République et ses valeurs élémentaires. Les journaux – Libération notamment – n’ont pas attendu l’appel de dimanche pour dénoncer ces faits établis. Même s’il n’est pas coutume de se citer soi-même, on renverra le lecteur à une lettre politique récente intitulée justement «Pour les Juifs».

Injonction

Encore faut-il maîtriser son expression dans un domaine ultrasensible. Les agressions recensées sont suffisamment graves pour ne pas en rajouter, en parlant par exemple «d’épuration ethnique», formule appliquée en son temps à la guerre dans l’ex-Yougoslavie qui a fait des dizaines de milliers de morts. La mise en cause de l’extrême gauche est sommaire et indistincte, comme si tous les responsables et tous les militants de la gauche radicale étaient des antisémites plus ou moins camouflés. Tout comme l’imputation insultante adressée à la classe politique sans distinction, à qui il est reproché de faire volontairement silence sur les agressions antijuives pour ne pas heurter les musulmans qui forment un électorat nettement plus nombreux que les juifs. Alors que nombre de responsables politiques expriment hautement leur indignation à chaque attaque dont sont victimes les Français juifs. Ces outrances, dira-t-on, permettent d’alerter les consciences et de faire réagir. S’agit-il alors de déclencher une polémique âpre, amère, et bientôt contre-productive, ou de chercher des remèdes efficaces à cet état de choses angoissant ? On hésite…

Plus contestable encore est encore l’injonction faites aux autorités religieuses musulmanes de réinterpréter le texte du Coran pour en désactiver les passages violents ou intolérants, à l’égard des juifs notamment. Elle a pour elle l’apparence de la logique. Les autorités catholiques, en leur temps, ont désavoué les phrases hostiles aux juifs contenues dans les textes sacrés de l’Eglise et prêché sans relâche le dialogue interreligieux et la tolérance entre les cultes. Mais prendre à partie l’ensemble des théologiens musulmans ou presque, c’est oublier volontairement le travail qu’ils effectuent très souvent auprès de leurs fidèles.

Exégèse

Un autre texte, publié mardi dans le Monde par 30 imams français en apporte l’illustration solennelle par sa dénonciation virulente de l’islamisme et sa référence à l’interprétation dominante du Coran par les docteurs de l’islam. En négligeant cette patiente pédagogie, on suggère l’idée que l’antisémitisme est pour ainsi consubstantiel à la religion musulmane et que la violence fait partie des principes élémentaires de l’enseignement islamique. Alors que les références à la violence émaillent l’Ancien Testament tout autant sinon plus que les pages du Coran. Faut-il se lancer dans une exégèse purificatrice du corpus commun aux trois religions du Livre ? Bonne chance… En un mot, il faut craindre que ce genre de brûlot attise l’incendie qu’il prétend éteindre.

A lire aussi«Pour les juifs», la lettre politique du 28 mars

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 24 avril, 2018 |Pas de commentaires »

Entre guerriers……………………(24/04/2018)

Récit

Entre symboles historiques et réalité diplomatique, Macron entame sa visite au pays de Trump

Par Alain Auffray, envoyé spécial à Washington — 24 avril 2018 à 07:25
Donald Trump et Emmanuel Macron, accompagnés de leurs épouses Melania et Brigitte, ont planté un arbre issu du bois Belleau (Aisne), théâtre d'une bataille ou plusieurs milliers d'Américains moururent en 1918.Zoom
Donald Trump et Emmanuel Macron, accompagnés de leurs épouses Melania et Brigitte, ont planté un arbre issu du bois Belleau (Aisne), théâtre d’une bataille ou plusieurs milliers d’Américains moururent en 1918. Photo Jim Watson. AFP

Accueilli en grande pompe par son homologue américain, le Président a entamé lundi une visite d’Etat dominée par les interrogations sur le dossier iranien.

  • Entre symboles historiques et réalité diplomatique, Macron au pays de Trump

D’un côté la grandeur pompeuse des symboles, de l’autre les dures réalités de la géopolitique. Arrivé ce lundi à Washington, Emmanuel Macron va devoir naviguer, jusqu’à son départ mercredi soir, entre ces deux écueils. À l’Elysée, on formait le vœu, avant le départ, que l’envahissante question iranienne n’occulterait pas complètement les autres enjeux de la première visite d’Etat organisée par l’administration Trump. Le président Français aimerait que cela soit d’abord une célébration de l’indéfectible amitié de deux peuples qui ont selon lui en partage les mêmes «valeurs».

C’est loin d’être gagné. Car lundi, tandis que l’Airbus présidentiel en provenance de Paris volait en direction de la base militaire d’Andrew, l’avenir de l’accord nucléaire conclu en 2015 par les grandes puissances avec l’Iran était, plus que jamais, au cœur des préoccupations diplomatiques. Le matin même, la Chine et la Russie faisaient savoir qu’elles bloqueraient toute tentative de «saboter» cet accord. Donald Trump a en effet menacé de se retirer de cet accord si les «terribles lacunes» du texte ne sont pas corrigées avant le 12 mai.

Dans l’entretien qu’il a donné dimanche, en anglais, à la chaîne américaine Fox News, le président français a conjuré son hôte de ne pas mettre cette menace à exécution : «Je n’ai pas de plan B pour le nucléaire contre l’Iran – ne quittez pas l’accord tant que vous n’avez pas de meilleure option pour le nucléaire» a-t-il déclaré, suggérant qu’un autre accord pourrait «compléter» le précédent, notamment sur la question des missiles balistiques. De son côté, Téhéran menaçait samedi de reprendre «vigoureusement» l’enrichissement d’uranium en cas de rupture de l’accord et prendrait des «mesures drastiques», sans autre précision.

«Multilatéralisme»

Dans ces conditions, Emmanuel Macron pouvait difficilement faire l’impasse sur cette question dans sa brève prise de parole sur le tarmac de la base d’Andrews, aux côtés de son épouse Brigitte. Ses premiers mots sur le sol américain. «Très honoré» d’être reçu à Washington dans le cadre de la première visite d’Etat organisée par l’administration Trump, il a confirmé qu’il venait pour parler sécurité, commerce et environnement. «Nous sommes, les Etats-Unis et la France, les garants du multilatéralisme contemporain» a-t-il ajouté. L’affirmation est audacieuse. Limite provoquante. Car le multilatéralisme, c’est précisément ce dont Trump ne veut plus entendre parler. Son slogan «America first» s’accommode mal des traités internationaux, sur le climat comme sur le commerce international ou encore sur les capacités nucléaires de l’Iran.

Comme s’ils voulaient corriger cette entrée en matière un peu rugueuse, Macron et son épouse ont passé les premières heures de cette visite d’Etat à cultiver les symboles. Sans attendre sa réception officielle à la Maison Blanche, le couple présidentiel a improvisé une promenade sur le National Mall, vaste esplanade bordée par les musées la capitale fédérale. L’occasion de s’offrir, parmi les touristes, un des ces bains foules dont il ne se lasse pas. Si le protocole officiel n’en faisait pas mention, cette brève escapade s’inscrivait à l’évidence dans une stratégie de communication mûrement réfléchie : entouré de caméras, Macron a choisi de prendre la pose devant le mémorial d’Abraham Lincoln, le président abolitionniste particulièrement célébré par Barack Obama. Une belle image aussitôt postée sur Twitter (en français et en anglais), avec cette légende : «Les États-Unis et la France partagent une longue histoire et ont mené des révolutions en commun pour défendre la liberté et la démocratie. A nous d’être à la hauteur de notre histoire».

Dîner privé

Quelques instants plus tard, Emmanuel et Brigitte Macron étaient accueillis à la Maison Blanche par Donald et Melania Trump. Le Français n’était pas venu les mains vides : il a offert à son homologue une pousse de chêne issu du Bois Belleau dans l’Aisne, un champ de bataille qui fut, en juin 1918, l’un des plus meurtriers des engagements des soldats américains dans la Grande guerre. Pelles rutilantes en main, les deux présidents ont jeté un peu de terre sur le jeune arbre, planté dans le parc de la Maison Blanche. Après les frères d’armes de 1918, ils ont entrepris de célébrer ensuite, nouveau symbole, ceux des 1777-1781, quand le Marquis de Lafayette combattait pour l’indépendance des Etats Unis, sous l’autorité de Georges Washington.

C’est dans l’ancienne résidence de ce dernier, à Mount Vernon, vaste domaine qui domine le majestueux fleuve Potomac, que les deux couples présidentiels devaient partager un «dîner privé», privilège rare sur ce site visité chaque année par un million d’Américains. Trump entendait ainsi rendre la politesse à Macron après la «belle soirée» que ce dernier lui avait offert, le 13 juillet dernier à Paris, dans le restaurant de la tour Eiffel. A Mont Vernon, les images étaient belles et la mise en scène particulièrement soignée. Vêtue de rose à son arrivée à Washington, Brigitte Macron était passée au jaune canari.

Déposés sur la pelouse par l’hélicoptère Marine One, les chefs d’Etat, entourés de leurs épouses ont posé avec application, souriants et un peu raides, devant la maison où Washington recevait Lafayette. Dans ce cadre idyllique, bercé par les notes d’une harpiste installée sur la terrasse, la photo était censée illustrer l’amitié franco-américaine. Les quatre convives ont dîné à huis clos pendant plus d’une heure. Et si tous les détails du menu ont été généreusement diffusé aux médias, on ne sait pas si Emmanuel Macron a pu progresser dans la construction de ce qu’il appelle prudemment un «agenda commun».

Alain Auffray envoyé spécial à Washington

Liberation.fr
Publié dans:Politique |on 24 avril, 2018 |Pas de commentaires »

La culture en danger……………………..(21/04/2018)

Enquête

Une ministre de la Culture novice de forme

Par Dominique Albertini et Jérôme Lefilliâtre, (avec Dominique Albertini, Eve Beauvallet et Julien Gester) — 23 avril 2018 à 21:16
Françoise Nyssen, le 9 août à la sortie du Conseil des ministres. Zoom
Françoise Nyssen, le 9 août à la sortie du Conseil des ministres. Photo Denis Allard. Réa

Empathique et brillante pour les uns, trop tendre et manquant de leadership pour les autres. Françoise Nyssen, issue de la société civile, a cumulé les maladresses sur les dossiers dont elle a la charge. Au point de crisper nombre d’acteurs culturels qui s’interrogent sur sa crédibilité.

Un silence embarrassé de quelques secondes peut sembler parfois durer des heures. Celui de Françoise Nyssen et de la petite troupe de conseillers et de journalistes qui l’entourent ce 10 avril, dans un couloir du Grand Palais, est interminable. Dans l’auditorium du bâtiment parisien, la ministre de la Culture vient de prononcer un discours sur l’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques – l’une des grandes promesses culturelles d’Emmanuel Macron. Une fois de plus, l’ex-patronne d’Actes Sud n’a pas brillé par son souffle oratoire, mais s’en est sortie honorablement, malgré quelques balbutiements au moment d’aborder les détails techniques. A l’arrière de la tribune, une séance informelle de questions-réponses s’engage avec la poignée de journalistes présents (dont Libération). L’une s’approche avec une interrogation apparemment inoffensive : comment faire pour rendre l’accès aux bibliothèques gratuit dans le plus d’endroits possibles ? La réponse de Françoise Nyssen fuse : «Mais toutes les bibliothèques sont gratuites !» Mini-stupeur de l’assemblée. Un haut fonctionnaire du ministère, Noël Corbin, se penche vers sa boss et chuchote : «Non, ce sont les collectivités locales qui décident.» Malaise. Silence gêné. Regards dans le vide. Et dire qu’il s’agit, avec le Pass culture, d’un dossier prioritaire du gouvernement…

«Capital sympathie»

C’est notamment à cause de ce genre de boulettes et d’erreurs, et à force de bredouillages en public, que Françoise Nyssen, dont la nomination rue de Valois avait été très favorablement accueillie par le monde culturel, a aujourd’hui perdu quasiment tout crédit auprès de lui. Taper le nom de la ministre sur un moteur de recherches en ligne vous conduit vers une longue liste d’articles recensant ses gaffes, exécutant son maigre bilan et la faisant tourbillonner dans des polémiques. Le milieu français des arts et des médias s’interroge sur la cause de ses difficultés, qui ont éclaté au grand jour lors d’une interview catastrophique, tant sur la forme que sur le fond, dans la matinale de France Inter début mars : incompétence, manque de travail ou état de panique permanent ? Le petit jeu actuel consiste à parier sur le nombre de semaines qui vont s’écouler avant que l’Elysée décide de la remercier. En attendant, tout le monde ou presque dit sa déception, sa désillusion, son désenchantement. Il n’y a qu’à se pencher pour recueillir les confidences, la plupart faites sous couvert d’anonymat – nourris aux subventions publiques, les acteurs culturels ne se distinguent guère par leur courage. «C’est une erreur de casting», tranche le directeur d’une société de gestion de droits d’auteur. «On pensait qu’on allait en prendre plein les yeux avec Macron aux affaires mais on a eu Nyssen», se lamente un professionnel du cinéma à la tête d’un syndicat de producteurs. Ce qui n’empêche pas l’un et l’autre de saluer son empathie, son humanité et son goût des artistes – des qualités qui ne font pas débat.

«Au début, elle a bénéficié d’un énorme capital sympathie, avec ce côté presque naïf, cette façon d’aligner les déclarations de modestie et une volonté de bien faire, observe Marie-José Malis, présidente du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) et directrice du théâtre de la Commune, centre dramatique national d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Mais elle ne tient aucun combat musclé contre les arbitrages budgétaires. Elle est dans une bienveillance complètement idéaliste. La main sur le cœur, ça ne suffit pas.» Plus tempéré que d’autres, un administrateur d’un grand musée constate, près d’un an après l’arrivée de Françoise Nyssen à la Culture, qu’«il y a peu de réalisations concrètes. Elle a beaucoup de mal à rentrer dans l’action». Un instant de réflexion et une comparaison cruelle avec Stéphane Bern, animateur télé chargé par Macron d’une mission sur la sauvegarde du patrimoine : «On est d’accord avec lui ou pas, mais il se passe un truc, il fait avancer le dossier, présente des idées, suscite de l’intérêt médiatique. Tout le contraire de Nyssen…» Face à ce déluge de critiques, Laure Adler, productrice à France Culture et amie intime de la ministre, confie avoir «mal pour elle» : «Je trouve qu’elle ne se protège pas assez. Elle va au charbon partout et tout le temps.»

Périmètre vaste

Ses partisans réclament de l’indulgence pour une personne qui n’a pas les codes du monde politique, connaît mal la haute administration et n’a pas appris à maîtriser la communication qui va avec. A la grande différence d’autres ministres issus de la «société civile», tels Jean-Michel Blanquer (Education nationale) ou Muriel Pénicaud (Travail), déjà au fait de la machine étatique. Au sein même de son équipe, on reconnaît franchement une difficulté avec la forme, des «maladresses de communication» : «Elle ne sait pas faire avec les médias, elle ne maîtrise pas l’exercice. Elle a envie d’y arriver, elle y travaille, mais ce n’est pas gagné : on n’a pas quinze ans devant nous, et elle n’a pas la plasticité de quelqu’un de 30 ans.»

Cependant, toujours selon son entourage, on lui reprocherait d’abord de ne pas être issue du sérail : «Elle parle au secteur de manière décomplexée là où d’autres ministres préféraient aller dans le sens des acteurs, qui ont l’habitude d’avoir affaire à des purs politiques qui s’adressent à chacun d’entre eux plutôt que de mettre en place une politique culturelle. Elle est décalée, elle connaît le terrain, mais elle n’est pas dans le parisianisme et ça déstabilise.» La directrice du Conservatoire supérieure national d’art dramatique, Claire Lasne-Darcueil, plaide, elle, qu’«elle a les défauts de ses qualités. Mais elle a des qualités qui manquent à beaucoup de technocrates : le goût de la réflexion et la capacité d’empathie». Appui de Laure Adler : «Elle n’est pas là pour faire carrière. Ce n’est pas une femme politique et c’est pour cela que le Président l’a choisie.» Pascal Rogard, directeur de la SACD, puissante société de gestion des droits d’auteur, juge utile ce rappel : «D’autres, récemment, ont fait l’expérience que la Culture n’était pas un ministère facile, avec sept ou huit politiques culturelles à suivre.» La rue de Valois, en effet, couvre un périmètre très vaste, sur des secteurs aussi variés que l’audiovisuel, l’art vivant, la presse, les musées, la photographie, le cinéma… Dans chacun d’entre eux, il faut composer avec des lobbys très organisés, souvent corporatistes, prêts à batailler les uns contre les autres au moindre mouvement. Le job est complexe. Parlez-en à Fleur Pellerin, Frédéric Mitterrand ou Aurélie Filippetti.

Or, selon des avis très partagés, Françoise Nyssen a des lacunes dans beaucoup de domaines. La brillante éditrice connaît par cœur le monde du livre et ses goûts personnels lui ont donné une bonne appréhension du théâtre et des arts plastiques. Mais sur d’autres sujets, notamment les médias, elle rame, confirment toutes les sources interrogées. Une situation problématique alors que la grande réforme culturelle du quinquennat s’annonce être celle de l’audiovisuel public… Le choix d’Emmanuel Macron était-il judicieux ? «A l’automne, des rumeurs laissaient entendre qu’un secrétaire d’Etat à la Communication pourrait être nommé pour superviser cette réforme, raconte un ancien membre du cabinet de Françoise Nyssen. Ce ne serait pas absurde parce que c’est un boulot énorme, un plein temps. La ministre espérait que cela se ferait. Je la vois encore dire : « Ce serait génial. »» D’ordinaire, les membres du gouvernement n’aiment guère qu’on leur pique les gros dossiers…

Tressautements

Pour combler ses failles, elle ne peut pas se reposer indéfiniment sur son cabinet. En vertu des règles édictées par l’Elysée, il ne compte que dix membres. Lorsqu’on interroge des acteurs culturels, la même remarque revient à chaque fois : le petit cercle entourant Françoise Nyssen est noyé sous le boulot. «Piloter le ministère de la Culture à dix est techniquement impossible. Il y a trop de politiques à conduire», relève un cadre de l’audiovisuel public, qui connaît bien les cabinets ministériels. «Ce qu’on demande au cabinet est inhumain, s’affole Pascal Rogard. Cette décision de limiter le nombre de conseillers n’est pas bonne. Surtout pour une ministre issue de la société civile, qui a encore plus besoin d’être entourée, cocoonée.» Surchargé de travail, le cabinet connaît des tressautements et des tensions depuis un an. Six de ses membres originels sont déjà partis, dont le premier directeur. Le signe que quelque chose ne fonctionne pas. Au sein de son cabinet actuel, on veut croire que l’ex-éditrice paierait presque un excès de bienveillance : «Dans l’administration, pas sûr que 100 % de l’équipe ait joué le jeu», juge-t-on. Elle n’a pas eu ce réflexe politique de remplacer tout le monde à son arrivée.» Le grand chamboulement serait désormais sur les rails : un «renouvellement quasi complet» des hauts gradés devrait intervenir «avant l’été».

Un ex du cabinet affirme à Libé que «Françoise Nyssen n’est pas bien entourée. Certains conseillers lui bourrent son agenda, la forcent à faire des coups. Ils n’ont aucun recul, ils cherchent la petite phrase, le buzz. Ils répètent qu’elle n’est « pas assez politique ». Et se répandent partout pour dire qu’elle est nulle, à côté de la plaque… Ils ne bossent pas pour elle, mais pour montrer à la macronie qu’ils sont là. Ils ne laissent pas la ministre être elle-même. Et comme elle est trop gentille, elle laisse faire.» Cette laborieuse tentative de métamorphose en animal politique n’a pas échappé à Laure Adler : «Quand je lis ses interviews, où elle emploie des mots que personne ne comprend sauf la caste technocratique, je me marre. On lui impose des éléments de langage.»

La désillusion tiendrait donc à ce que la vraie nature de la ministre est contrariée ? C’est un peu court. Beaucoup pointent l’absence de convictions fortes de Françoise Nyssen en matière de politique culturelle. Son seul discours porterait sur la volonté d’ouvrir les arts aux jeunes et aux exclus. Une généralité, une platitude, dont personne ne doute de la sincérité et de la pertinence, mais qui manque furieusement d’idées d’applications. «Dans les réunions, elle est très à l’écoute mais s’engage peu. Elle ne dit rien, elle ne réagit pas», s’étonne le directeur d’une société de gestion de droits d’auteur déjà cité. Un reproche qui n’inquiète pas Claire Lasne-Darcueil outre mesure : «Quand je m’occupe de faire de la place aux étrangers dans les écoles d’art, elle discute. Elle soulève le rapport à la jeunesse, aux réfugiés. C’est la seule au gouvernement à le faire de la sorte et c’est elle la plus critiquée ? Sur le plan pragmatique, je comprends certains reproches, mais sur le plan symbolique, accordons-lui d’avoir envoyé des signaux forts.» En défense de la ministre, encore, Pascal Rogard, le directeur de la SACD, estime que sa tâche n’est pas facilitée par la feuille de route culturelle du gouvernement : «C’est le brouillard, c’est cotonneux. Je ne sais pas ce qu’ils veulent faire sur l’audiovisuel public, sur la redevance, sur le spectacle vivant.»

Reste que c’est bien à un défaut de leadership que le monde des médias s’est retrouvé confronté, deux fois depuis le début de l’année. D’abord ménagé par la ministre après sa condamnation judiciaire, l’ex-patron de Radio France Mathieu Gallet a été lâché par l’Elysée, et Françoise Nyssen a été obligée de durcir le ton dans la foulée. Plus récemment, le PDG de l’AFP, Emmanuel Hoog, a eu la surprise de ne pas être reconduit dans ses fonctions alors que la rue de Valois l’avait conforté dans son envie. Seulement, la décision de le remplacer a été prise à l’étage supérieur, obligeant un conseiller du ministère à passer un coup de fil contrit à l’intéressé.

Quant à cette volonté de la ministre de conduire une politique culturelle de proximité, Marie-José Malis se morfond : la navigation à vue de Nyssen la conduirait à avaliser des décisions jugées inefficaces par le milieu si le but est d’aller chercher les exclus de la culture et de résoudre le problème des «déserts culturels» : «Son plan « Culture près de chez vous », c’est la IVe République, c’est tout ce contre quoi s’est bâtie la décentralisation depuis, s’exclame la directrice du Syndeac. Organiser, depuis Paris, la tournée en région de la Comédie-Française ? Ça a choqué l’ensemble du réseau. Parce qu’on est pile dans un moment où tout le monde, directeurs de lieu et artistes, les cherche, ces nouveaux usages des lieux de culture, de façon à les rendre plus vivants, plus conviviaux, plus ancrés dans les territoires.» Encore une fois, saille là rien moins qu’une mésintelligence profonde entre le secteur et la ministre, si l’on considère que son cabinet assure, lui, le service après-vente d’un acte d’«audace», une «vraie décision» en plein dans «la modernité», en travaillant le «hors les murs», en faisant circuler les «moyens concentrés à Paris et en Ile-de-France», quitte à «assumer d’enquiquiner les musées dans leurs usages» : «Il ne s’agit plus de créer du bâti et du maillage tous azimuts, mais de repenser l’acte de décentralisation.» Or, à l’évidence, soit la mesure peine à soutenir cette ambition, soit le message passe (très) mal.

Affirmation

Une autre péripétie a beaucoup joué dans la crise de confiance entre Françoise Nyssen et le monde de la culture. Elle est liée au grand programme de réduction des dépenses publiques lancé par le Premier ministre, «Action publique 2022» (ou «CAP 2022»). En novembre, un document de «contribution» rédigé par les services du ministère fuit dans la presse. Beaucoup de verbes comme «recentrer», «externaliser» et «rapprocher» pour détailler de multiples pistes d’économies possibles, dont un certain nombre sont de petites bombes prêtes à exploser et laissent penser que l’Etat est prêt à se désengager…

Sur l’audiovisuel public, entre autres, le document propose la suppression de la chaîne de l’outre-mer, France Ô, et le basculement en numérique de France 4, l’un des principaux financeurs de l’animation française. «Quand le document [a fuité], sans doute par quelqu’un de la direction de la création artistique au ministère, c’était la panique rue de Valois, se rappelle l’ex-conseiller déjà cité. Ils étaient furieux là-haut.» Là-haut, c’est-à-dire à l’Elysée. Ce document qui a mis le feu partout avait été commandé aux services par le dircab d’alors de Nyssen, Marc Schwartz, poussé dehors dans la foulée : «Sa stratégie était d’être au cœur de la réforme plutôt que de se la faire imposer», analyse un haut fonctionnaire de la rue de Valois. «C’était le bon élève du macronisme, avec une ligne très budgétaire, qui proposait des réformes tous les jours, dit un autre. Il n’a pas fait que du bien à la ministre.» En réaction à cette affaire, Nyssen a voulu porter plainte contre X pour retrouver l’auteur de la fuite. Ce qui n’était pas forcément la meilleure façon de se rabibocher avec le monde de la culture et des médias. La démarche a été perçue comme une tentative d’étouffer les sources des journalistes…

Dans sa quête d’affirmation de soi, Nyssen n’est pas aidée par le dispositif pléthorique de l’exécutif et se trouve court-circuitée par d’autres interlocuteurs puissants dans son champ de compétences. A l’Elysée, où le chef de l’Etat et son bras droit, Alexis Kohler, surveillent les questions de culture et de médias de près, on lui a collé des missions portées par des people attirant la lumière : Stéphane Bern pour le patrimoine, Erik Orsenna pour les bibliothèques, Leïla Slimani pour la francophonie…

Spectateur

A Matignon, le conseiller culture et communication, Olivier Courson, a pris la main sur la réforme de l’audiovisuel public. Ancien dirigeant de Canal +, il capitalise sur sa maîtrise technique du secteur. Sur ce dossier, il travaille en lien direct avec CAP 2022, dont les deux membres référents sur l’audiovisuel public sont Marc Tessier et Roch-Olivier Maistre. Ils tiennent des réunions hebdomadaires avec les directions de France Télévisions, Radio France et les autres, donnant l’impression que le ministère de la Culture reste spectateur. Le cabinet de Françoise Nyssen a lancé son propre processus de réflexion de son côté. «On ne comprend pas bien qui sera décisionnaire, s’interroge un cadre de l’audiovisuel public, déjà cité. Mais si l’on compare les deux, on se dit que les milieux culturels ne devraient pas trop hurler sur Nyssen. Avec elle, ils ont quelqu’un qui est dans une logique d’élargissement de l’offre plutôt que de réduction des moyens. Ce n’est pas la même chose avec CAP 22… Nyssen reste une militante de la culture. Si elle est remplacée, ils se retrouveront avec un « cost-killer » du macronisme et là, ils vont vraiment avoir mal…»

C’est précisément la crainte de Claire Lasne-Darcueil : «Je suis très étonnée par la violence des critiques. Je me demande pourquoi et à qui ça sert. Je préfère quelqu’un qui a du retard mais des convictions que l’inverse. Je sens que c’est fatal qu’elle parte, mais j’aurais aimé voir ce qu’elle aurait donné l’année prochaine, maintenant qu’elle a mieux saisi le jeu et qu’elle ne dégage plus la même impression de panique.» Laure Adler abonde : «Que veut le milieu culturel ? S’il veut un technocrate, qu’il prenne un technocrate ! Mais ce ne sera pas Françoise Nyssen. Elle joue au soldat, mais elle n’est pas elle-même. Les Français n’ont pas encore découvert Françoise Nyssen.» Aura-t-elle seulement le temps de se dévoiler ?

Dominique Albertini , Jérôme Lefilliâtre (avec Dominique Albertini, Eve Beauvallet et Julien Gester)

Liberation.fr
Publié dans:CULTURE, Politique |on 24 avril, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……………….(23/04/2018)

Libération 23 avril 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Mise en marche ou mise au pas ?

Sous Macron, ça ne traîne pas. Les zadistes veulent rester sur leur ZAD ? On dégage. Les migrants candidats à la traversée de la Manche convergent vers Calais ? On dégage. Les activistes étudiants s’incrustent dans les amphis ? On dégage. Les apprentis frondeurs de LREM contestent la loi sur l’asile ? On menace de dégager et ils rentrent dans le rang. Après le printemps arabe, on avait disserté sur le «dégagisme» d’en bas, qui chassait les tyrans de leur trône. Voici le dégagisme d’en haut, qui chasse les importuns de leur tabouret.

Le Président, bien avant son élection, avait théorisé la restauration d’un pouvoir impérieux, actif et vertical. On n’avait pas compris que cette verticalité décrivait aussi la trajectoire de la matraque qui s’abat sur les récalcitrants. S’il reste de l’horizontalité, c’est celle des grenades lacrymogènes expédiées à tir tendu sur les manifestants. Socialiste rallié au «nouveau monde», Gérard Collomb est le fidèle exécutant de cette gouvernance verticale, qui résout les problèmes en les faisant évacuer par la maréchaussée. Sauf dans un cas, toutefois, étrangement négligé par le papy-grenade de la Place Beauvau : celui de quelques fachos des alpages qui ont bloqué symboliquement, en lieu et place des douanes et de la police, le col de l’Echelle soi-disant infesté d’envahisseurs, telle le Limes romain pénétré par les barbares. Le ministre de l’Intérieur a promis l’envoi de renforts gendarmesques. Pour prévenir une autre opération de commando xénophobe ? Non : pour repousser avec des troupes républicaines l’afflux supposé des migrants. En même temps, les identitaires ont été prudemment morigénés : il ne faut pas pousser la répression trop loin… Bref, on est en marche, mais au pas de charge (policière). Hollande devrait en prendre de la graine. Au lieu de discuter, d’écouter, de négocier, de chercher le compromis, que n’a-t-il étouffé dans l’œuf les défilés de la Manif pour tous, noyé d’emblée sous les canons à eau les manifestants qui le contestaient, menacé les frondeurs d’exclusion ? Bah ! C’était la méthode du vieux monde. Désuète, ringarde, dépassée, digne d’un dernier de cordée…

Bien sûr, nous restons dans l’Etat de droit. Cette raide manière s’exerce au nom de la loi. Si bien qu’elle ne choque guère l’opinion, qui en tient pour la légalité républicaine. C’est un sujet de réflexion pour les activistes. A force de lancer des mouvements ultra-minoritaires, comme dans les facs ou sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, on s’expose à rester seul quand l’Etat réagit. «Nous sommes l’avant-garde de la contestation», disent les théoriciens de la désobéissance civile. Pourquoi pas ? Mais pour qu’il y ait une avant-garde, il faut qu’il faut qu’il y ait un gros de la troupe. S’il n’y a pas de troupe, règle élémentaire de la stratégie, il n’y a pas d’avant-garde, tout juste des troufions aventurés.

Au fil des événements, l’identité politique du macronisme se précise un peu plus. Quand il s’agit de faire des réformes (souvent des sacrifices demandés aux plus modestes), c’est le parti du mouvement. Mais s’il faut faire face aux dissidents, c’est le parti de l’ordre.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 23 avril, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(19/04/2018)

Libération 19 avril 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Ramadan : les malheurs de Tartuffe

Tariq Ramadan a chaud aux plumes. Jusqu’ici, lui et ses conseils criaient à la calomnie, à la cabale, au complot ou à la mythomanie. Il apparaît dans l’enquête de Libération et de quelques autres que les relations dont excipaient les plaignantes qui l’accusent de violences sexuelles avaient une réalité tangible, sous la forme d’une robe tachée, de SMS innombrables, d’enregistrements et de vidéos. Cela ne signifie pas que le prédicateur soit coupable de viol, mais que ses dénégations globales sont largement mises à mal. Il va lui falloir trouver un autre système de défense. Ramadan n’est pas un violeur aux yeux de la justice (elle n’en a pas encore décidé), mais il est clair aux yeux de tous que c’est un tartuffe. Rappelons que le prédicateur a prononcé d’innombrables discours rigoristes sur la prohibition nécessaire des relations hors mariage et sur la pudeur des jeunes filles. Drôle de pudeur, quand on lit les SMS révélés hier.

Panique dans les comités de soutien et chez les pétitionnaires. L’idole des prudes était un dragueur, peut-être plus. L’islamo-gauchisme est en deuil. On fera un sort particulier à une pétition publiée par Mediapart signée par une pléiade d’intellectuels. Dans ce texte d’apparence prudente, les auteurs suggéraient avec insistance que Ramadan était la victime d’une «instrumentalisation» de la lutte des femmes et que la justice dans cette affaire était partiale, dans la mesure où elle traitait plus durement un musulman qu’un autre justiciable. Prolongement pratique des thèses en vogue dans l’extrême gauche selon lesquelles nous serions confrontés à un «racisme systémique» ou, encore pire, à un «racisme d’Etat».

Or il apparaît que si la justice met en cause Ramadan, c’est sur la base d’éléments sérieux et que s’il est maintenu en détention, c’est notamment pour éviter qu’il puisse faire pression sur les plaignantes, comme le laissent à penser certains de ses SMS. Ramadan est présumé innocent. Mais il y a contre lui des indices concordants qui demandent éclaircissement. Nul racisme dans ce cas, mais une procédure classique. Suggérer le contraire, comme l’ont fait ces militants et ces universitaires, c’est remplacer les jugements rationnels par un communautarisme pavlovien. C’est-à-dire tout le contraire des valeurs élémentaires de la gauche.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 19 avril, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……………..(18/04/2018)

Libération 18 avril 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Extension du domaine de la lutte

Le mouvement social s’essouffle moins qu’on ne dit. On peut même se demander si la fameuse «convergence des luttes» appelée de ses vœux par la gauche radicale ne reçoit pas un petit commencement d’exécution. Certes, les pourcentages de grévistes se tassent un peu à la SNCF. Mais ils restent hauts. Et surtout, l’annonce de la fin du statut de cheminot pour les nouveaux entrants au 1er janvier a de nouveau braqué la CFDT, qui parle de «provocation». L’espoir de voir le mouvement se diviser entre réformistes et radicaux s’éloigne pour l’instant.

La CGT a réussi à relancer des arrêts de travail à EDF et à la RATP. Ces mots d’ordre sont modérément suivis et les usagers ne sont guère affectés, mais désormais, nous avons trois conflits sociaux en cours dans les grands réseaux publics. Trois foyers, un gros et deux petits, auxquels s’ajoutent progressivement de nouvelles universités bloquées par les étudiants qui contestent le projet de réforme «Parcousup». Là aussi, le mouvement est manifestement minoritaire. Un vote en ligne a eu lieu à Strasbourg. Il montre que plus de 70% des étudiants souhaitent l’arrêt des blocages. Mais les assemblées générales se remplissent et la contestation s’étend. Nulle coordination à ce jour, sinon par le truchement de la CGT. Mais en géométrie sociale, les parallèles peuvent se rejoindre un jour…

Nicolas Hulot a été dépêché à Notre-Dame-des-Landes où la négociation achoppe sur une obscure question de déclaration. De toute évidence, le gouvernement aimerait bien éteindre au moins un de ces départs de feu. Il le peut encore à la SNCF : des concessions nettes sur la reprise de la dette et sur le sort des cheminots appelés à travailler pour les entreprises qui gagneront les appels d’offres ferroviaires peuvent apaiser quelque peu l’UNSA et la CFDT. On n’en est pas là : le gouvernement suit sa voie sans dévier et les syndicats plus modérés sont toujours mobilisés.

Si la grève tient, il sera trop tard. Face à un mouvement qui hésite, le compromis est possible et peut mettre fin à l’affaire. Mais si la contagion commence, les concessions encourageront les syndicats, qui pourront envisager une victoire ; elles serviront de précédent aux autres conflits, où les contestataires peuvent à leur tour espérer voir leurs revendications entendues. En principe, le gouvernement a le soutien majoritaire de l’opinion, ce qui l’encourage à la fermeté. Mais l’opinion est une alliée versatile…

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 18 avril, 2018 |Pas de commentaires »

NDDL : Zone de non-droit………………..(18/04/2018)

Notre-Dame-des-Landes : zadistes et autorités reprennent le dialogue

Notre-Dame-des-Landes : zadistes et autorités reprennent le dialogue
Zad NDDL (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

L’Etat a donné aux zadistes jusqu’au 23 avril pour se régulariser.

Par L’Obs

Publié le 18 avril 2018 à 06h58

La préfète des Pays de la Loire Nicole Klein rencontrera mercredi une délégation d’occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et les représentants d’associations anti-aéroport dans l’espoir de trouver une « porte de sortie » au conflit, après plus d’une semaine d’opérations de gendarmerie sur le site.

Cette reprise du dialogue, sur proposition de la préfète elle-même, a été confirmée quelques heures après la décision des occupants de l’accepter en souhaitant qu’elle intervienne « au plus vite ».

La rencontre se tiendra à 14h30 en préfecture, à Nantes, a annoncé mardi Mme Klein à l’AFP.

Il s’agira pour la représentante de l’Etat de « rappeler les conditions de projets agricoles sur la zone », où l’agriculture doit répondre « aux mêmes règles » qu’ailleurs: adhérer à la mutualité sociale agricole, « payer son eau et son électricité, laisser les chemins accessibles à tous ». « Il n’y a pas de zone de non-droit », a répété la préfète.

L’Etat, qui a donné aux zadistes jusqu’au 23 avril pour se régulariser, à travers un formulaire simplifié n’ayant « pas de valeur juridique » mais permettant de « savoir le nom de la personne, où elle veut s’installer, ce qu’elle veut faire », restera intangible sur ce nouveau délai, a fait savoir la préfète de région.

« Je ne préjuge rien de la réunion de demain. S’ils viennent pour me dire ‘on ne donnera pas nos noms’, s’ils ne répondent pas a minima à cette demande, le président de la République a été très clair, il y aura de nouveau des expulsions », a-t-elle assuré.

S’ils ont répondu favorablement à l’invitation de la préfète, les occupants estiment que « cet ultimatum du 23, qui est un temps très très court (…) ressemble plus à un couperet » qu’à « des conditions pour un véritable dialogue ».

 

 

« Chantage à la terreur »

« C’est une sorte de chantage à la terreur. Il faut qu’on se donne plus de temps dans les négociations », a souligné un occupant.

« L’Etat a tenu ses engagements. Pour l’instant, c’est de l’autre côté où ça ne bouge pas, puisque aucun projet n’a été déposé avec un nom, il n’y a eu aucune adhésion à la mutualité sociale agricole. Je comprends bien qu’il faut du temps, mais il y a déjà du temps qui est passé », a rétorqué Nicole Klein.

A l’heure actuelle, « les seuls qui sont en situation régulière sont les quatre agriculteurs historiques qui ont demandé la rétrocession de leurs terres et ceux qui ont une convention d’occupation temporaire qui souvent exploitent les terres sans habiter là », a-t-elle rappelé.

Le chef de l’État Emmanuel Macron avait affirmé dimanche soir qu’ »à l’issue » du délai du 23 avril, si les zadistes n’avaient pas déclaré leurs projets agricoles, « tout ce qui doit être évacué sera évacué ».

 

 

Aucun occupant de la ZAD n’avait « pour l’instant » rempli le formulaire de la préfecture, « de la même manière que personne n’avait souhaité signer des conventions individuelles » pour des baux agricoles temporaires avant l’opération d’expulsions sur la ZAD, a souligné un des « porte-parole » des zadistes.

« Ce qu’on nous propose, c’est un format qu’on juge trop individuel. Il faut de la part de l’État une ouverture à des projets qui ne soient pas purement agricoles et qu’il y ait une possibilité, dans la manière dont seront passées les conventions, qu’il n’y ait pas de morcellement du territoire », a-t-il explicité.

« Le problème n’est pas de donner ou pas des noms mais de savoir quel cadre on trouve pour avoir une convention d’occupation précaire globale et collective », soutient un autre zadiste.

« Ce ne sera pas le Larzac »

L’Etat ne fermera pas la porte à des coopératives ou à des GAEC (groupements agricoles d’exploitation en commun, ndlr) sur la zone de Notre-Dame-des-Landes comme ailleurs, mais « ce ne sera pas le Larzac, ça a été dit et redit », a réitéré la préfète.

 

 

Après plus d’une semaine d’opérations de gendarmerie et de heurts entre opposants et forces de l’ordre, la situation semblait plus apaisée mardi sur le site de 1.650 hectares, à la veille de cette rencontre cruciale.

A la mi-journée, les gendarmes poursuivaient leurs opérations de déblaiement sur les deux axes routiers traversant la ZAD, sur la D281 où des squats ont été démantelés au début des opérations d’expulsions, et sur la D81 où chaque nuit des barricades sont érigées.

Plusieurs personnes interpellées dimanche dans la zone de Notre-Dame des Landes et lors de la manifestation samedi à Nantes en soutien aux zadistes, ont été condamnées mardi en comparution immédiate à des peines de prison par les tribunaux correctionnels de Nantes et Saint-Nazaire pour notamment « violences volontaires sur personnes dépositaires de l’autorité publique. »

(Avec AFP)

L'Obs

L’Obs

Publié dans:Politique |on 18 avril, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………………..(17/04/2018)

Libération 17 avril 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique

Bové avait raison

La protestation de Notre-Dame-des-Landes ne s’essouffle pas. Au contraire, de nombreux manifestants rejoignent le mouvement, qui dépasse maintenant le cercle mélangé des zadistes – une minorité musclée et une majorité de paysans et d’utopistes pacifiques à la recherche d’une agriculture alternative. Le gouvernement bombe le torse en répétant que «force doit rester à la loi». Certes. Mais il a eu dans cette affaire un grand tort : ne pas écouter les propositions formulées par ce sage du militantisme vert aux moustaches gauloises et apaisantes qu’est José Bové, l’Abraracourcix du Larzac. L’argument de Bové est simple : pour que force reste à la loi, il suffit de choisir la bonne loi. Pourquoi ne pas créer, comme naguère au Larzac, une société foncière collective qui prendrait en charge la responsabilité des terres contestées et les répartirait selon un principe de délibération démocratique ? La puissance publique est propriétaire des zones jusque-là destinées à la construction de l’aéroport. Rien ne l’empêche de concéder un bail de longue durée à ceux qui veulent les mettre en valeur, réunis dans une société commune. Ce fut le cas au Larzac, qui vit depuis quarante dans une paix bucolique et laborieuse à la satisfaction de tous, sur les pacages promis à l’origine à l’armée.

C’est récompenser l’action illégale, diront les sourcilleux défenseurs de l’ordre républicain. L’argument n’est pas indigne. A trop violer les lois, serait-ce pour la bonne cause, on les affaiblit au profit de ceux qui préfèrent les solutions de force. Imaginons qu’un groupe d’intégristes agrémenté de quelques crânes rasés occupent un terrain destiné à construire une clinique IVG, ou bien une mosquée, et se mettent en tête d’y édifier illégalement un centre d’études dédié à Saint-Pie-X. Les mêmes qui défendent les zadistes aujourd’hui exigeraient à coup sûr l’évacuation rapide des contrevenants, à grand renfort d’arguments juridiques imparables. Vérité en deçà des frontières politiques, erreur au-delà…

Mais la question de la légalité n’épuise pas le sujet. Bové rappelle qu’une ferme bâtie pendant le conflit en dehors de la loi, fut ensuite inaugurée avec champagne et flonflons… par un ministre de la République. Il arrive, dans des cas précis et délimités, qu’une action menée en dehors de la loi soit ensuite ratifiée par l’évolution générale de la société. Ce fut le cas des avortements illégaux pratiqués par certains médecins avant la loi qui autorisa l’IVG. On peut trouver d’autres exemples. Dans dix ans, il est tout à fait possible que les expériences alternatives conduites par les zadistes apparaissent comme un modèle d’avenir ratifié par les autorités. Après tout, il s’agit de cultiver quelques centaines d’hectares, non de bouleverser les bases de la société. La République en a vu d’autres, et elle est toujours debout. Elle s’honorerait donc en donnant sa chance à une utopie concrète et ino

Publié dans:Politique |on 17 avril, 2018 |Pas de commentaires »

PS………………………………………(17/04/2018)

Si vous ne voyez pas le contenu de cet e-mail, cliquez-ici.
PS.............................................(17/04/2018) dans Politique upload-file-947102962017

Une direction resserrée, rajeunie, paritaire

Bonjour à toutes et tous,

Ce dimanche s’est tenu le premier Conseil national depuis l’élection d’Olivier Faure en tant que Premier secrétaire du Parti socialiste.
Il a été l’occasion d’installer la co-présidence du Conseil national, le Bureau national ainsi que le Secrétariat national.
Une nouvelle direction est à présent en place pour mener à bien les futurs chantiers de la renaissance du parti.
Le Conseil national a par ailleurs adopté un texte fort en faveur des différents mouvements sociaux en cours dans le pays.

Une équipe renouvelée

upload-file-2956141742018 dans Politique
Avec ce nouveau Secrétariat, le PS fait le choix d’une direction resserrée, rajeunie, paritaire ; et d’un parti au travail, proche des préoccupations quotidiennes des Français.e.s, tourné vers les enjeux de demain.
Retrouvez la liste des Secrétaires nationaux

Un parti mobilisé

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Dans un contexte de forte mobilisation dans le pays, le Parti socialiste a par ailleurs fait le choix, d’adopter une résolution de soutien au mouvement social et d’appeler l’ensemble des militant.e.s du parti à se mobiliser les 1er et 22 mai prochain.
Lire la résolution
Parti Socialiste
10, rue de Solférino
75007 PARIS
courriel@parti-socialiste.fr
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Publié dans:Politique |on 17 avril, 2018 |Pas de commentaires »

En vrac…………………………..(17/04/2018)

Macron veut faire rêver l’Europe, Marion Le Pen déguste Buisson, Fillon se paie l’affiche

Macron veut faire rêver l'Europe, Marion Le Pen déguste Buisson, Fillon se paie l'affiche
Emmanuel Macron lors de son discours à la Sorbonne sur l’Europe le 26 septembre 2017. ((ludovic MARIN / POOL / AFP))

Au menu du Réveil politique : le grand oral européen de Macron, le déj’ secret entre Marion Maréchal-Le Pen et Patrick Buisson, l’affiche de Fillon (et du « Figaro »)…

Le grand oral du jour : Macron à Strasbourg

Emmanuel Macron va s’adresser mardi 17 avril pour la première fois aux députés européens réunis à Strasbourg. Le but de l’opération est clair : tenter de les mobiliser autour de son ambition de « refonder l’Europe », une initiative qui est loin de susciter l’enthousiasme de Berlin à Budapest, en passant par Varsovie.

Emmanuel Macron est donc attendu à 10 heures dans l’Hémicycle du Parlement européen, où les députés sont rassemblés pour leur session mensuelle. Devant eux, « il exprimera l’urgence qu’il y a à agir dans un contexte difficile au sein de l’Union européenne mais aussi à l’extérieur », explique l’Elysée. Comprendre : les victoires en Italie et en Hongrie des partis eurosceptiques et, à l’extérieur, la guerre en Syrie, des Etats-Unis imprévisibles depuis l’arrivée de Donald Trump et à un président russe, Vladimir Poutine, peu accommodant avec l’UE.

Lors de son interview dimanche, Emmanuel Macron a affirmé que le continent européen assistait à « une montée de l’illibéralisme, c’est-à-dire des extrêmes, des populismes, de gens qui remettent en cause l’Etat de droit ».

Face à cela, il serait nécessaire de promouvoir une « Europe souveraine » qui protège « des grands risques, des grandes transformations, du risque numérique comme fiscal », selon lui. Et d’avertir :

« Nous avancerons avec les pays qui voudront bien avancer » et il faudra que « ceux qui ne suivront pas [...] acceptent d’être aux marges de cette Europe. »Emmanuel Macron devrait ainsi rappeler les grandes lignes de son discours pour « refonder l’Europe » qu’il avait prononcé en septembre à l’université de la Sorbonne. Ses 80 initiatives portaient sur tous les sujets, d’un renforcement de la zone euro à la généralisation du programme Erasmus, en passant par l’Europe de la défense et la taxation des géants du numérique.

 

 

Le président se rendra en fin d’après-midi à Epinal pour lancer les « consultations citoyennes européennes » avec un premier débat qui devrait rassembler 200 à 300 personnes. Une journée 100% européenne pour Macron.

Le chiffre du jour : 20.400 euros

Le 19 mars 2017 dans l’après-midi, le « Figaro » sort un scoop sur son site internet : François Fillon change de slogan de campagne présidentielle. Empêtrée dans le PenelopeGate, la nouvelle équipe du candidat de la droite a décidé de jeter à la corbeille son précédent mantra, « Le courage de la vérité », trop moqué depuis les révélations du « Canard enchaîné ». A la place, ce sera « Une volonté pour la France ».

« La photo qui avait été choisie pour les affiches de campagne pendant la primaire va, elle aussi, être changée », annonce « le Figaro », qui ajoute que « le choix du nouveau visuel a été déjà choisi au QG ». Et le quotidien en sait quelque chose : François Fillon vient d’opter pour une image réalisée par… un photographe du « Figaro », révèlent nos journalistes Lucas Burel et Timothée Vilars.

 

 

Coût de l’opération ? 20.400 euros (toutes taxes comprises) et… beaucoup de détournements.

Le déjeuner du jour : Marion Maréchal-Le Pen et Patrick Buisson

Ont-ils tous deux opté pour le plat du jour ? La bouchée à la reine de chez Drouant est pourtant réputée. Comme le révèle « l’Express », Marion Maréchal-Le Pen, la nièce prodige à la retraite, et Patrick Buisson, l’âme damnée du sarkozysme, ont déjeuné ensemble mercredi 21 mars dernier dans le célèbre restaurant où l’on débat des futurs prix Goncourt et Renaudot.

« Elle est en train de revisiter le mythe du sauveur cher à la droite », explique Patrick Buisson à « l’Express » :

« Air du temps oblige, la femme providentielle a supplanté l’homme dans cet emploi. Même les plus conservateurs sont prêts à faire cette concession à la modernité. Ça leur rappelle Domrémy et Vaucouleurs [les terres natales de Jeanne d'Arc, NDLR ]. »Qu’est-ce que cela veut dire ? Pas grand-chose, sauf si on imagine les yeux pétillant de Patrick Buisson, patron de la chaîne Histoire et ancien directeur du journal d’extrême droite « Minute », suçant sa sauce poulette et dévorant les champignons de sa bouchée à la reine comme il se régalait des sondages à l’Elysée. L’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy rêve toujours d’une union des droites, cette alliance entre la bourgeoisie et les classes populaires.

Publié dans:Politique |on 17 avril, 2018 |Pas de commentaires »
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