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La lettre de Laurent Joffrin……………(23/02/2018)

Libération 23 février 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le plan de Maréchal-Le Pen

Marion Maréchal-Le Pen a-t-elle lu Gramsci ? On ne sait. Mais sa démarche politique en semble directement inspirée. Le théoricien marxiste emprisonné par Mussolini avait conceptualisé «l’hégémonie culturelle» comme la condition sine qua non d’une victoire ouvrière, à la différence de Lénine, qui confiait le rôle décisif à une avant-garde militarisée imposant ses vues à la société par la violence. Dans les années 70, Alain de Benoist avait mis cette stratégie au service du combat «identitaire». Très minoritaire au départ, cette méthode a été largement employée au fil des années 90 et 2000 par la droite extrême et par les conservateurs pour regagner le rayonnement intellectuel qui était le leur dans les années 30, avant leur disqualification pour cause de collaboration avec les nazis.

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Ecartant – pour l’instant – tout retour prochain à la vie politique active, la nièce de Marine Le Pen a repris le même bâton de pèlerin. Dans son discours devant les républicains américains, elle a livré le condensé des thèses identitaires qui essaiment aujourd’hui dans le monde entier, au terme d’un long combat idéologique mené par des intellectuels se présentant comme «les martyrs de la bien-pensance» (c’est-à-dire des victimes des progressistes) et des publicistes experts dans le maniement des médias et la bataille d’idées : retour en force du nationalisme, critique fondamentale du libéralisme qui «marchandise» les rapports humains, invocation des traditions religieuses et familiales pour fustiger l’individualisme et la liberté des mœurs, dénonciation du «socialisme» qui entrave la liberté d’entreprendre, désignation de l’islam comme ennemi principal grâce à la confusion des terroristes avec l’ensemble des musulmans («le terrorisme est la partie émergée de l’islam», a dit Marion Maréchal-Le Pen à Washington).

Logique avec elle-même, elle annonce, non la création d’un groupe politique, mais la fondation d’une école, destinée à donner aux futurs leaders néoconservateurs et xénophobes les armes idéologiques de leur combat. Aux Etats-Unis, pour prendre un seul exemple, la victoire des néoconservateurs sous George Bush, puis celle de Trump, avaient été préparées par un intense travail intellectuel et militant mené à la base, au sein de mouvements comme le Tea Party mais aussi dans des revues de haut vol, puis à travers des émissions de télévision agressives, le tout assaisonné d’un activisme débridé sur les réseaux sociaux.

C’est un projet politique de long terme. Il consiste à réunir l’extrême droite populaire, ou populiste, aux fractions les plus conservatrices de la droite, en alliant le discours sur «les valeurs morales», façon Sens commun, avec une conception à la fois entrepreneuriale et protectionniste de l’économie, genre Trump. Cette coalition a un versant social : réconcilier la vieille bourgeoisie avec la droite dure, le XVIe arrondissement avec Hénin-Beaumont ; et un volet électoral : lancer des ponts entre les électeurs droitisés de LR et ceux du Front national.

Elle se heurte à des obstacles importants. Pour l’instant, la bourgeoisie classique reste plutôt libérale et répugne à rompre avec l’Union européenne ; les dirigeants de LR, Wauquiez compris, veulent assécher le vote FN en reprenant une partie de ses thèmes et non se réunir avec les frontistes. Mais il arrive toujours un moment où les intérêts priment. La bourgeoisie la plus conservatrice, comme dans les années 30, peut trouver un intérêt à se concilier avec les populistes, si la libre entreprise est préservée et si ses préjugés culturels tradis sont pris en compte ; une partie de la droite classique peut se dire que l’addition des voix FN et LR fournira une base électorale solide pour offrir une alternative au macronisme, tout en écartant l’éventualité d’un retour électoral du progressisme. Le tout enrobé par la phobie de l’islam, comme jadis par l’antisémitisme. La menace est encore virtuelle ; elle n’en est pas moins dangereuse.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 23 février, 2018 |Pas de commentaires »

On n’osait pas le dire !!! (22/02/2018)

“Mais quel con” : Alain Juppé et les ténors de la droite furieux après les propos de Laurent Wauquiez

22/02/18 10h18
On n'osait pas le dire !!!                      (22/02/2018) dans Non classé auteurPar
Service Actu

- 22/02/18 10h18
En une semaine, Laurent Wauquiez est devenu le boulet de la droite. Et a réussi à s’aliéner l’ensemble de sa famille politique, de Nicolas Sarkozy à Alain Juppé.

Comme une irrépressible lame de fond, les coups de sang des ténors de la droite contre Laurent Wauquiez s’enchaînent depuis la diffusion d’un enregistrement de sa conférence devant les élèves d’une école de commerce de Lyon, le week-end dernier. Alors qu’hier, Le Canard enchaîné rapportait les propos peu amènes de Nicolas Sarkozy à son égard (“Beaucoup de monde me disait que tu n’étais qu’une grosse merde. Aujourd’hui, je n’ai d’autre choix que de penser comme eux”), ce sont maintenant deux autres poids lourds de son parti qui sortent de leur réserve : Alain Juppé et Valérie Pécresse.

Pécresse : “J’ai bien cherché, je n’ai pas trouvé les réformes faites par Wauquiez”

 dans Non classé

A propos de cette-dernière, Laurent Wauquiez avait déclaré : “Ah le nombre de conneries qu’elle peut faire”. L’ancienne ministre de l’Enseignement supérieur de Nicolas Sarkozy a répliqué sur RTL avec une punchline dévastatrice : “J’aimerais bien moi aussi faire de l’humour sur les réformes faites par Laurent Wauquiez au gouvernement. Mais malheureusement, j’ai bien cherché, je n’en ai pas trouvé !” Elle s’est dite par ailleurs “consternée” par ces propos qui “divisent et affaiblissent la droite”. 

 

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Juppé : “Mais quel con!”

Autre figure de la droite, Alain Juppé, attaqué par Laurent Wauquiez sur sa gestion de la ville de Bordeaux : “A Bordeaux, il a fait des miracles (…) mais il a fait exploser les impôts et il a fait exploser la dépense publique, et il a fait exploser l’endettement”, avait taclé le patron des Républicains. S’il a pris du recul vis-à-vis du parti de droite, et s’il n’a pas encore réagi publiquement, Le Parisien rapporte qu’Alain Juppé est sorti de ses gonds en apprenant la nouvelle : “Mais quel con !”. 

La première adjointe au maire de Bordeaux Virginie Calmels, numéro 2 de Laurent Wauquiez au sein du parti, a quant à elle simplement tweeté cette maxime :

 

Darmanin : “Laurent Wauquiez est tombé du côté obscur de la Force”

Gérald Darmanin, étrillé par Laurent Wauquiez lors de sa conférence (“C’est du Cahuzac puissance 10”), est lui aussi sorti du silence. Au mirco de RMC-BFMTV, il déclare : “J’ai l’impression que Laurent Wauquiez est tombé du côté obscur de la Force”. Et de reprendre un bon mot de Nicolas Sarkozy sur l’indignité: “J’ai du mal à comprendre comment on peut être le chef de l’opposition avec une telle indignité”. 

 

De Rugy : “C’est insultant pour notre République”

Les ténors d’En marche ! ont eux aussi tancé le patron de LR, qui a traité les députés de la majorité de « guignols ». François de Rugy, président de l’Assemblée nationale, déclare ainsi : “C’est insultant pour les députés, bien sûr. Mais ce qui est plus grave, c’est que c’est insultant pour notre République. Je ne parle même pas des vraies victimes des vraies régimes totalitaires qui, eux, doivent frémir en entendant des propos aussi grossiers”. 

 

“Pas inspirant” pour Macron

Quand au président de la République, Emmanuel Macron, en marge d’un déplacement aux Mureaux (Yvelines), il a balayé cette affaire d’un revers de main : “Il n’est pas inspirant. Moi, je travaille. J’ai autre chose à faire”. Voilà donc Laurent Wauquiez lâché en rase campagne, sans doute plus seul que jamais.

 

Publié dans:Non classé |on 22 février, 2018 |Pas de commentaires »

La débandade………………..(21/02/2018)

Agacés par Wauquiez, ils quittent Les Républicains

Plusieurs élus LR dénoncent la teneur des déclarations du président de leur parti et préfèrent le quitter.

Par L’Obs

Publié le 21 février 2018 à 10h15

Puisqu’il « assume » ses déclarations, ils préfèrent s’en aller. Plusieurs élus Les Républicains ont annoncé qu’ils prenaient leur distance avec le parti, après la diffusion par l’émission « Quotidien » d’extraits d’un cours donné par Laurent Wauquiez à l’EM Lyon.

Dans les documents audio, publiés vendredi et lundi, le patron LR et président d’Auvergne-Rhône-Alpes s’en prend notamment à Gérald Darmanin, Valérie Pécresse, Nicolas Sarkozy et aux députés de la majorité.

« Ce que j’ai dit devant les étudiants, je le redis de la même manière devant vous parce que j’assume », a affirmé Laurent Wauquiez sur BFMTV mardi soir. A un détail près : le passage concernant Nicolas Sarkozy, auquel il a « présenté [ses] excuses ».

Qu’à cela ne tienne. Le président du département de la Charente-Maritime et ex-ministre juppéiste Dominique Bussereau a fait savoir mardi soir sur Twitter qu’il quittait Les Républicains, dont il était déjà en congé. Il écrit :

« Puisque Laurent Wauquiez assume ses errements et sa violence verbale, j’en tire les conséquences : j’étais en congé des Républicains, ce soir j’en démissionne définitivement. »

Publié dans:Non classé |on 21 février, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……….(20/02/2018)

Libération 20 février 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Donald et Marion

Curieuse manière de ne pas faire de politique. Jeudi à Washington, Marion Maréchal-Le Pen prendra la parole devant un aréopage très conservateur, la Conservative political Action Conference. Elle succédera à la tribune à Mike Pence, vice-président américain, et précédera Donald Trump, qui parle vendredi. Aux mêmes festivités seront présents un certain nombre de vedettes ultra-réacs de la télévision américaine, et aussi Nigel Farage, le leader déchu de Ukip, le principal parti britannique pro-Brexit. Quelle bande !

Bien sûr, les mauvaises langues ne manqueront pas de remarquer que Marine Le Pen, pendant la campagne Trump, avait sollicité en vain une entrevue avec le candidat républicain et qu’elle avait dû patienter sans résultat au pied de la Trump Tower, éconduite comme une frenchie sans importance. Porte close pour la tante, tapis rouge pour la nièce. Officiellement, la juvénile Marion, qui fut plus jeune députée de France en 2012, est retirée des voitures. Pourtant ce pince-fesses washingtonien et trumpiste à la fois ressemble furieusement à une «carte postale», selon le jargon du commentaire politique, laquelle consiste à redescendre de temps en temps de l’Aventin pour ne pas se faire oublier. De là à imaginer qu’une stratégie discrète se profile derrière cette oblique apparition, il n’y a pas loin.

Le paysage la favorise : Marine le Pen est toujours en convalescence après le fiasco télévisuel de l’élection présidentielle et le score quelque peu décevant obtenu par son parti (en regard des espérances nourries au départ). Laurent Wauquiez, qui se trumpise lui aussi à grands pas, chasse sur ses terres souverainistes et populistes. Son discours «social», eurosceptique et limite xénophobe tend à voler la vedette du nationalisme à gros sabots à la cheffe du Front. Plus conservatrice, hostile au discours «ni droite ni gauche» tenu par le FN depuis des années, idole de la fraction la plus traditionnelle et droitière du FN mais néanmoins dotée d’une image de renouveau, ne serait-ce que par son âge, Marion Maréchal-Le Pen peut un jour offrir une carte de rechange à sa formation, face à sa tante à moitié carbonisée par sa mésaventure de l’année dernière, et dont l’incompétence financière et économique est apparue en pleine lumière. Tout cela est pour l’instant en pointillé et peut-être la jeune retraitée provisoire de l’extrême droite n’a-t-elle aucune intention de remonter sur scène. Mais le scénario est là. L’actrice principale est encore en coulisse. Les projecteurs l’attendent…

Et aussi

Le procureur a requis trois ans ferme contre Jérôme Cahuzac, soit la peine dont il avait écopé en première instance. A plus de deux ans de condamnation, l’ancien ministre du Budget ira en prison. A deux ans ou moins, il pourra demander l’aménagement de sa condamnation pour éviter la détention. Le juge avait tenu des propos très sévères contre le fraudeur ministre. La cour d’appel sera-t-elle dans les mêmes dispositions ? On sait que la justice n’aime guère se déjuger. La sanction se rapproche…

• La Grèce remonte la pente. Elle est revenue sur le marché des emprunts et peut lever de nouveau des fonds. Elle a fidèlement appliqué la médication amère exigée par l’Europe en échange de son aide massive. Le choix européen de Tsípras, qui l’a conduit à jeter par-dessus les moulins ses promesses de campagne, semble avoir payé. C’est un fait qu’une sortie de l’euro ne lui aurait pas épargné l’austérité. Il sollicite maintenant de ses créanciers de l’Union un allégement de sa dette, sous la forme d’un «allongement de sa maturité». Si les dirigeants de l’Union ont un tant soit peu de sens politique, ils doivent lui faire des concessions sur ce chapitre : qu’il soit dit que la décision de rester dans l’Europe est récompensée.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 20 février, 2018 |Pas de commentaires »

Droite contre droite !!!!! (20/02/2018)

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Laurent Wauquiez annonce qu’il va « porter plainte et saisir le CSA » après la diffusion de ses propos devant des étudiants
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Publié dans:Politique |on 20 février, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……………….(19/02/2018)

Libération 19 février 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Wauquiez, le prince du bullshit

C’est un petit événement lexical dont l’Académie française devrait se saisir rapidement. Un mot anglo-saxon, très prisé dans les séries américaines, vient d’entrer dans le vocabulaire politique français : «bullshit». Au sens propre (si l’on peut dire), il se traduit par «merde de taureau». Au sens figuré, il signifie «connerie», ou «foutaise». Une fois cette précision sémantique mise au jour, on peut décrypter plus facilement les mâles propos tenus par Laurent Wauquiez devant les étudiants d’une école de commerce, dont le florilège (le «best of» du «bullshit», donc) a été divulgué par l’émission de Yann Barthès, Quotidien.

Le président de LR prévient ses étudiants qu’il ne leur servira pas le «bullshit» qu’il peut sortir «sur un plateau médiatique». Utile avertissement : ainsi les dissertations de Wauquiez sur la droite décomplexée, l’identité française, la France populaire à ses yeux méprisée, la nécessité d’un programme de rupture, les errements du gouvernement Macron-Philippe, tout cela, donc, c’était du «bullshit». Autrement, dit, des foutaises, des conneries, des sornettes, des billevesées, des coquecigrues, des fariboles ou des balivernes, selon le niveau de langage auquel on veut se situer. Chacun en prendra bonne note…

L’intérêt redouble quand on examine les vérités que Wauquiez tait soigneusement quand il est en présence d’une caméra ou d’un micro et qu’il déverse sans filtre quand il s’extrait du «bullshit» habituel. Sarkozy aurait fait écouter ses ministres, Macron aurait monté une cellule secrète qui a réussi à faire tomber Fillon, Darmanin, qui vient de bénéficier du classement sans suites de la plainte qui l’accusait, serait noir comme du charbon, un «Cahuzac puissance dix»… La réaction des personnes mises en cause depuis la diffusion de ces propos peut se résumer en un mot : «bullshit». Et c’est un fait qu’il s’agit surtout d’une ribambelle d’accusations sans preuves, de propos de comptoir et de calomnies que rien ne vient étayer. Jusqu’à preuve du contraire, donc, des foutaises, des conneries, des coquecigrues, etc.

Ce qui nous fait progresser dans l’analyse de la pensée de ce normalien sachant parler, leader de la droite française et probable candidat à la présidence de la République. Il y a dans sa rhétorique deux sortes de «bullshit» : le «bullshit» officiel, délivré à la télé, et le «bullshit» officieux, dispensé dans les écoles. En bon français toujours, le «bullshit on» et le «bullshit off». Wauquiez se retrouve ainsi dans le «bullshit» jusqu’au cou. On reprend bonne note… Et on devine aussi ce que pourrait être la réaction des partisans de Wauquiez à la lecture de cette lettre politique : «bullshit».

Laurent Joffrin
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La lettre de Laurent Joffrin...................(19/02/2018) dans Politique eZOqCtLFr18eAODaNjHxyA

Publié dans:Politique |on 19 février, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(16/02/2018)

Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Trump sociologue

Le «sociologisme», voilà l’ennemi. Un certain nombre de beaux esprits se sont récemment insurgés contre ce penchant, courant à gauche, qui tend à expliquer la délinquance ou le terrorisme par des causes sociales, ou sociologiques. C’est la culture de l’excuse, disent-ils, qui nie la responsabilité individuelle et rend la société coupable des méfaits commis par certains de ses membres.

Ces «antisociologues» viennent de recevoir un renfort de poids en la personne de Donald Trump. Réagissant au nouveau massacre à l’arme à feu perpétré dans une école de Floride, le président américain a invoqué, comme il l’avait déjà fait lors de la fusillade meurtrière de Las Vegas, la santé mentale du tueur. Ce qui lui permet de passer sous silence la question de la vente libre des armes à feu, une des plaies de la société américaine. Point de «sociologisme», donc, dans le diagnostic de Trump. La prolifération des armes et la culture de la violence qui sévissent aux Etats-Unis n’ont rien à voir avec ces massacres. Ces folles tueries sont seulement imputables à la folie des tueurs.

Pourtant, le «sociologisme» chassé de la parole trumpienne revient par la fenêtre : il y a donc, selon Trump, beaucoup plus de dingues aux Etats-Unis qu’ailleurs, puisque les Etats-Unis sont, parmi les pays développés le pays où ces faits sinistres se reproduisent le plus souvent, et de loin. Les mauvais esprits, il y en a, prolongeront le verdict présidentiel en remarquant que tout cela n’a rien d’étonnant, puisque c’est le même pays qui a porté un dingue à la Maison-Blanche. Sociologisme de la dinguerie…

Pour redevenir sérieux, on confond dans ce débat récurrent deux niveaux, celui de l’individu et celui de la société. A part quelques militants exaltés, personne ne nie la responsabilité personnelle des auteurs de crimes ou de délits. Leurs antécédents sociaux ou familiaux peuvent, tout au plus, jouer le rôle de circonstance atténuante, laissée à l’appréciation des juges. La pauvreté favorise les comportements illégaux, disent les sociologues, mais la majorité des pauvres ne sont pas délinquants : le choix individuel reste déterminant et met en jeu la responsabilité des criminels, qui en répondent devant la justice.

Il faut en revanche être aveugle pour ne pas voir que les facteurs sociaux ou culturels jouent leur rôle à l’échelle de la collectivité. Un Etat digne de ce nom doit en tenir compte. Selon qu’on mène une politique ou une autre, selon que l’on accepte ou non la misère et l’inégalité sociale, on favorise ou non la délinquance. Aux Etats-Unis, comme l’a rappelé Barack Obama réagissant aux propos de Trump, selon que l’on approuve ou non la vente libre des armes et la culture de la violence qui l’accompagne, on porte une responsabilité dans la multiplication des tueries de masse. Le «sociologisme» est parfois caricatural. Mais l’antisociologisme est absurde.

Et aussi

Un sondage BVA montre que la popularité d’Emmanuel Macron est tombée, neuf mois après son élection, plus bas que celle de Hollande au même moment de son mandat. Cela ne préjuge pas forcément de la suite. Mais cela met un bémol à la rhétorique du «nouveau monde» qu’on entend un peu partout. Le nouveau monde, à ce jour, n’est guère plus populaire que l’ancien.

Une centaine de députés d’En marche s’insurgent contre certaines dispositions contenues dans le projet de Collomb sur l’immigration et l’asile. Ils les trouvent trop répressives, contraires à une certaine tradition d’accueil propre aux progressistes. Le clivage droite-gauche a disparu, dit-on. Sauf au sein de La République en marche ?

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 16 février, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………..(14/02/2018)

Libération 14 février 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Rougeole et populisme

Le 18 juin 1774, Louis XVI, accompagné de sa famille, se fait inoculer un vaccin contre la variole qui vient d’emporter son grand-père, Louis XV. Le geste du roi, replié à Marly par crainte de l’épidémie, va au-delà de la simple protection contre les miasmes qui empestent Versailles. Elle a valeur de symbole. Au moment où la controverse fait rage entre partisans et adversaires de la vaccination, le jeune roi Louis XVI, amateur de science, influencé peu ou prou par l’esprit des Lumières, apporte un soutien public et éclatant à la nouvelle méthode. Faudra-t-il qu’Emmanuel Macron, sa femme Brigitte, Edouard Philippe ou Agnès Buzyn, se fassent vacciner publiquement pour faire pièce à l’offensive complotiste de l’obscurantisme anti-vaccins ?

Au CHU de Poitiers, une femme de 32 ans vient de succomber à la rougeole, contaminée par le début d’épidémie qui sévit dans la région (plus de 100 cas détectés depuis le début de l’année). Pour l’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine, la cause de cette résurgence réside dans l’insuffisance de la couverture vaccinale, qui varie de 70,8% à 81% selon les départements, quand l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une couverture de 95%. Ainsi la campagne menée, sur le Net principalement, par une théorie composite de farceurs avérés, de manipulateurs aux arrière-pensées extrémistes et de candides angoissés, pourrait bien porter ses fruits. Dans une proportion inhabituelle en Europe et effrayante aux yeux des autorités de santé, les Français expriment une défiance irrationnelle à l’égard des vaccins obligatoires. Ainsi pourrait revenir le bon temps des épidémies de variole, de polio ou de grippe espagnole…

Un certain Pr Henri Joyeux, triste sire récemment radié de l’ordre des médecins, mène cette croisade moyenâgeuse depuis des lustres, vendant force livres et attirant des foules nombreuses dans ses conférences. Ces marchands de cauchemars arguent des risques de la vaccination : ils existent, mais en proportion très inférieure aux dangers de la non-vaccination. Ils fustigent les pratiques des labos pharmaceutiques : ceux-ci sont certes très soucieux de leurs bénéfices, mais en l’occurrence peu suspects, dans la mesure où les vaccins ne leur rapportent pas tant que cela. Ils s’appuient sur les scandales passés, sang contaminé ou Mediator, pour mettre en doute les décisions des autorités sanitaires : la dénonciation légitime de ces affaires ne peut pas conduire, par métonymie, à discréditer l’ensemble du corps médical et des institutions de santé. Si l’OMS et les responsables de tous les systèmes de santé dans tous les pays de la planète prônent la vaccination, ce n’est pas à la suite d’un complot mondial…

Cette consternante histoire a une origine, la progression de l’irrationnel dans le débat public, à la faveur d’une délégitimation systématique de tout ce qui ressemble à une élite, serait-elle l’élite du savoir et de la médecine, au profit des éructations populistes. A méditer…

Laurent Jo
Publié dans:Politique |on 14 février, 2018 |Pas de commentaires »

Le Bac………………………….(14/02/2018)

Réforme du bac : Blanquer dévoile une réforme d’une ampleur inédite

Réforme du bac : Blanquer dévoile une réforme d'une ampleur inédite
Epreuve du bac au lycée Fusel-de-Coulanges, à Strasbourg, en 2016. ((FREDERICK FLORIN / AFP))

« L’Obs » vous présente les trois points saillants d’une réforme qui va changer en profondeur les pratiques de l’école française.

Blanquer saison II. Après neuf mois d’activisme tous azimuts entre détricotage de la réforme du collège (au nom de la lutte contre « l’égalitarisme »), et volonté de revenir aux fondamentaux de l’enseignement primaire (au nom de la lutte contre le « pédagogisme ») voilà Jean-Michel Blanquer qui, comme il l’avait promis, entame une nouvelle séquence de son mandat ministériel.

La réforme du baccalauréat, qu’il présente ce mercredi 14 février au conseil de ministre, ne s’attaque pas seulement à un monument républicain, elle vise également à modifier en profondeur les pratiques pédagogiques et managériales de l’école publique. Face à l’ankylose du système scolaire français, jugé par beaucoup impossible à réformer, de nombreux observateurs comme le sociologue François Dubet militaient de longue date pour une stratégie du ruissellement, consistant à réformer le bac en profondeur pour obliger le lycée – par effets d’entraînement – à se mettre en mouvement.

 

 

Dans son rapport rendu fin janvier, l’universitaire Pierre Mathiot, un proche du ministre, ancien patron de Sciences Po Lille reprenait cette stratégie de manière explicite. D’aucuns prédisaient que Blanquer n’oserait pas lui emboîter le pas. Ils se sont trompés.

« L’Obs » vous présente les trois points saillants d’une réforme qui à long terme pourrait bien changer le visage de l’enseignement secondaire français.

1. 4 épreuves terminales et un contrôle continu

Emmanuel Macron avait promis un baccalauréat « resserré » lors de sa campagne. Jean-Michel Blanquer a respecté l’engagement présidentiel avec d’autant plus de facilité qu’il en partageait tous les présupposés : le baccalauréat coûte trop cher, il fait perdre près de deux mois de cours aux lycéens – qui seraient bien mieux utilisés à les préparer au supérieur – et enfin il n’a plus grande valeur « certificative », puisque les filières sélectives du supérieur, pour faire le tri entre les lycéens, ne s’intéressent qu’à leur bulletin scolaire.

Partant de ce constat, le gouvernement a décidé que le bac nouvelle version ne proposerait que quatre épreuves terminales (au lieu d’une dizaine actuellement), soit :

  • deux épreuves de spécialité – des disciplines « majeures » choisies dès la 1ère
  • une épreuve universelle de philosophie
  • et un Grand oral rebaptisé « oral de maturité ».

Les autres matières « mineures » ou optionnelles seront elles évaluées au contrôle continu, essentiellement sous forme de partiels, organisés tout au long de la scolarité, ce qui devrait obliger les lycéens à étaler leur effort dans la durée.

2. Fin des filières

Depuis la présentation du rapport Mathiot le 24 janvier, le ministre a pu laisser penser, même parmi ses plus proches, qu’il n’oserait pas s’en prendre aux grandes filières du bac général, de peur de heurter les lobbies enseignants. En imposant un programme de cours fixe – indépendamment de la demande des lycéens, les bacs ES, S et L garantissaient en effet aux profs de chaque discipline une sanctuarisation de leurs heures de cours (donc de leurs postes, donc de leurs perspectives de carrière…).

Philosophes, économistes, biologistes, physiciens, latinistes… Presque toutes les associations disciplinaires sont donc montées au créneau depuis trois semaines pour se plaindre du traitement qui leur était réservé, soit qu’elles n’étaient pas suffisamment proposées en majeures, soit qu’elles n’étaient pas présentes parmi les disciplines du tronc commun, obligatoires pour tous (histoire-géo, culture scientifique, EPS, langues vivantes 1 et 2).

Le ministre, pourtant, est resté sur une ligne proche de celle défendue par Pierre Mathiot. En 1ère et terminale, les lycéens ne seront pas complètement libres de se concocter un programme de cours – il ne fallait pas créer la zizanie au lycée – mais ils pourront bien faire leur choix dans un menu composé de sept à neuf couples de disciplines (maths-économie, lettres-langues…). Pour que ce choix soit le plus éclairé possible, ils bénéficieront par ailleurs d’un accompagnement à l’orientation tout au long de la classe de 2nde.

3. Oral de maturité

Le Grand oral proposé par Pierre Mathiot dans son rapport avait déjà fait couler beaucoup d’encre, alors qu’il s’agissait d’une épreuve plutôt anodine, soit la présentation d’une recherche préparée tout au long de l’année scolaire, à l’instar de l’oral de TPE (travaux pratiques encadrés) présent au programme du baccalauréat depuis 2002. Comparé à cette épreuve très cadrée, l’oral de maturité » proposé par le ministre a un potentiel bien plus disruptif.

Les élèves seront bien amenés à présenter un projet d’étude (ou un « chef d’œuvre » à la manière des compagnons du Tour de France pour certaines filières technologiques) – de préférence bidisciplinaire – mais les jurys devront également tester leur sens critique et leur capacité à mobiliser les connaissances scientifiques et historiques acquises durant leur scolarité. Pour Jean-Michel Blanquer, cette épreuve s’inscrit à la fois dans une « stratégie de désinhibation » des élèves français visant à mieux les préparer aux exigences de la vie universitaire et/ou professionnelle. Et, de manière connexe, dans une volonté de modifier en douceur les pratiques enseignantes, le ministre considérant que l’oral est l’un des parents pauvres de l’enseignement français.

Si les syndicats réformistes sont prêts à soutenir cet aspect de la réforme – « peut-on laisser la maîtrise du français oral au hasard de la naissance ? », dit Claire Krepper du SE-UNSA – le SNES-FSU, syndicat majoritaire des enseignants du second degré, est lui en désaccord complet avec le ministre.

« Il faut en finir avec ces discours culpabilisateurs laissant accroire que l’oral serait massivement ignorée par le corps enseignant », s’insurge sa responsable « lycée » Claire Guéville. Cette dernière, à l’instar de nombreux sociologues, souligne par ailleurs que les épreuves orales privilégient fortement les enfants de milieu favorisé.

Qu’en pense Jean-Michel Blanquer ? Que les biais sociaux existent, mais qu’ils relèvent de manquement pédagogiques et nullement de la fatalité. « Les lycéens ne seront pas envoyés au casse-pipe, ils seront préparés à cet exercice lors des heures d’accompagnement », insiste-t-on au ministère. Pour y arriver, un plan de formation des enseignants sera mis en place, « mobilisant tout le monde du théâtre et de l’art oratoire ». Reste à voir si ce projet appétissant sera réellement suivi d’effets. Quel sera notamment son budget ?

Publié dans:Non classé |on 14 février, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(13/02/2018)

Libération 13 février 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Nouveau monde et vieilles pratiques

Mésaventures du «dégagisme». Les anciennes élites politiques étant décidément louches, inefficaces, désinvoltes et coupées des réalités, on veut les remplacer par de vrais représentants du peuple, aux pratiques assainies, au comportement démocratique irréprochable, aux liens quasi symbiotiques avec le peuple. Sur ce discours simple – même si c’est pour défendre des projets radicalement différents – le FN, LREM et La France insoumise ont fait leur pelote électorale. L’ennui, c’est qu’un retour un tant soit peu minutieux sur leur fonctionnement au jour le jour montre que cette rupture n’en est pas une, qu’au-delà des philippiques furibardes, les pratiques ne changent point, que la démocratie n’est guère servie par ceux qui en déplorent la dégradation, et que si l’on «dégage», on n’améliore pas forcément.

Ainsi la Commission nationale des comptes de campagne a détecté quelque 430 000 euros de dépenses litigieuses dans le fonctionnement du parti de Jean-Luc Mélenchon, avec des soupçons prononcés de surfacturation. La somme, quoique coquette, reste limitée, surtout en comparaison des montants naguère contestés dans la campagne Sarkozy. Cela n’est pas Bygmalion. Mais peut-être «Small-malion»… Lui aussi épinglé pour ses comptes de campagne, le FN est en outre en butte à plusieurs enquêtes judiciaires qui tendent à montrer un usage très contestable des indemnités parlementaires de certains frontistes.

Trois ministres de la nouvelle majorité, membres du Modem, ont dû démissionner pour cause d’investigations similaires. Tout change mais rien ne se modifie vraiment. Quant à la démocratie, les trois formations «dégagistes» du paysage français en ont une conception toute particulière : à chaque fois, un chef charismatique tient le manche et ne laisse à personne le soin d’infléchir la ligne. Seuls LR et le PS, ces momies du vieux monde, continuent à respecter des règles de démocratie interne, élisant leurs chefs de file, débattant de textes contradictoires ou de projets concurrents. Ainsi va le progrès politique mis en œuvre par le «dégagisme». A reculons.

Laurent Joffrin
Publié dans:"AFFAIRES", Politique |on 13 février, 2018 |Pas de commentaires »
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