Archive pour la catégorie 'Non classé'

La lettre de Laurent Joffrin…………………(20/07/2018)

Libération 20 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le mystère Benalla

La souris accouche d’une montagne. Ce qui paraissait au départ n’être qu’une affaire subalterne de brutalité individuelle commise par un sous-fifre se change en affaire d’Etat. Pourquoi ? A cause du mensonge.

Mensonge par omission d’abord : il n’y avait pas, place de la Contrescarpe, dérapage en cours de manif, incident mineur, mais usurpation de fonction, débordement inacceptable, extravagante sortie de route d’un chargé de mission à l’Elysée. La loi faisait obligation de dénoncer l’affaire à la justice. On a préféré la dissimulation. Celle de la présidence, qui s’est contentée d’une mise à pied très temporaire dans la discrétion. Mais aussi celle de la préfecture de police et du ministère de l’Intérieur, qui ne disent mot sur le moment, alors même qu’aujourd’hui, devant l’indignation policière, le pauvre Collomb doit déclencher à retardement les procédures qu’il aurait dû engager dès le 2 mai. Mensonge du porte-parole péremptoire de l’Elysée : il parle de «la sanction la plus grave jamais infligée à un chargé de mission». Le lendemain de cette mâle déclaration, c’est l’Elysée qui inflige une sanction supérieure, celle qui aurait dû survenir dès la faute débusquée : une procédure de licenciement. Le même affirme à coups de menton que le coupable a été mis sur la touche. Une myriade de vidéos montre aussitôt Benalla, bien après les faits incriminés, au premier rang de manifestations officielles, avec oreillette et talkie-walkie, ou bien dans le car transportant les joueurs de l’équipe de France. Drôle de mise au placard… On apprend ensuite que le même mouton noir supposé est un coq en pâte : il bénéficie d’un appartement de fonction quai Branly, dans une dépendance de l’Elysée, étrenné début juillet. La vérité apparaît : le gorille n’a pas été sanctionné, mais protégé. Sur ordre de qui, sinon du président lui-même ?

Et pourquoi cette mansuétude ? On craint de comprendre : diverses sources corroborées par d’autres vidéos montre qu’Alexandre Benalla vivait en fait dans l’intimité du couple présidentiel, qu’il accompagnait le chef de l’Etat dans ses visites officielles mais aussi dans ses activités privées, au tennis, au ski ou pendant ses vacances. Pourtant il existe un service spécialisé composé de policiers d’élite chargé de veiller jour et nuit sur le Président et sa famille, qui remplissent leur fonction avec abnégation et compétence. Pourquoi cette méfiance à leur égard, cette volonté, persistante malgré une faute cardinale, de s’en remettre à un affidé, alors même qu’il est sans réelle qualification et connu pour son impulsivité ? Parce que c’est un proche, qui a rendu tant de services, ou qui en sait trop ? Hypothèses redoutables…

L’affaire, en tout cas, pourrait bien marquer le quinquennat. Peut-être est-ce l’indice qui révèle la véritable origine de la défaveur du Président dans l’opinion. Peu à peu, les Français, séduits par un jeune homme audacieux, optimiste, cultivé, qui parle cash et incarne la fonction, se demandent qui ils ont vraiment élu. Un Eliacin qui rénovera la République ? Ou bien un homme d’ambition et d’opportunisme, qui mène sa barque en solitaire, entouré de sous-mousquetaires faits par lui, entre commando et start-up, manipulant en petit comité les leviers de l’Etat ? La question n’est pas tranchée. Mais elle se pose.

Publié dans:Politique |on 20 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

Et ce n’est pas fini………………..(20/07/2018)

Vincent Crase était-il armé illégalement le 1er Mai ?

C’est l’autre personnage de l’affaire qui secoue l’Elysée. Jusqu’ici moins exposé qu’Alexandre Benalla, il illustre pourtant lui aussi les folles dérives de la présidence de la République où il officiait également. Vendredi matin, Vincent Crase a été, lui aussi, placé en garde à vue des chefs de «violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public» et «usurpation de fonction». Le 1er Mai, lunettes de soleil et brassard orange «police» visible sur certaines images, c’est lui qui se charge d’évacuer le manifestant qui sera ensuite frappé par Alexandre Benalla. A la ceinture de Vincent Crase, on distingue clairement un holster d’arme à feu, équipé d’une dragonne de sécurité. Un peu plus haut, la forme d’une crosse d’arme de poing. Selon nos informations, confirmées par le ministère de l’Intérieur et la préfecture de police de Paris, il ne dispose pourtant d’aucun permis de port d’arme. Sollicité à de nombreuses reprises par Libération avant d’être placé en garde à vue, Vincent Crase n’a donné aucune réponse sur la raison et la nature de cet équipement.

Ce féru de sécurité privée est bien connu de LREM. Actuellement salarié du parti présidentiel, chargé de la sécurité du bâtiment, il avait déjà été employé comme prestataire pendant la campagne. Par ailleurs gendarme réserviste, Vincent Crase «était très ponctuellement mobilisé, comme d’autres réservistes, par le commandement militaire de la présidence de la République», a précisé Bruno Roger-Petit jeudi matin. Toujours selon l’Elysée, Vincent Crase était présent le 1er Mai «dans les mêmes conditions» qu’Alexandre Benalla. Pourtant, selon nos informations, sa présence n’avait pas été déclarée à la direction de la préfecture de police de Paris. Vincent Crase, n’était pas non plus associé au dispositif au titre de ses fonctions de gendarme réserviste, indique à Libération le ministère de l’Intérieur. Que faisait-il donc là ? Etait-il envoyé comme passager clandestin par l’Elysée ? Ou est-il venu à l’invitation d’Alexandre Benalla ? La présidence de la République n’a pas souhaité répondre à nos questions à ce propos.

A lire aussiManifestant frappé : l’Elysée dans les cordes

L’ancien chef de cabinet adjoint de Macron et Vincent Crase se connaissent en tout cas très bien. Selon des lettres confidentielles, ils ont monté une association professionnelle fantôme consacrée à la sécurité privée. Ils ont aussi travaillé ensemble pendant la campagne présidentielle au siège du parti. Plusieurs factures contenues dans la boîte mail du trésorier de la campagne et révélées par les MacronLeaks en mai 2017 permettent de documenter ses prestations sécurité. Via sa société dénommée Mars, Vincent Crase assure par exemple en janvier 2017 «un audit sécurité» et la «gestion du dispositif» pour des déplacements à Clermont-Ferrand, Nevers, Lille, Hénin-Beaumont, Quimper et Lorient. En mars 2017, il facture, plusieurs meetings, la sécurisation du QG ou de certains déplacements à Paris.

Un autre échange de mails permet de découvrir que Vincent Crase était en contact avec un armurier pour doter l’équipe de sécurité du candidat Macron de plusieurs armes. Un flash-ball, des pistolets lanceurs de petites balles en caoutchouc ou encore des boucliers de maintien de l’ordre. Un véritable attirail policier. Cette initiative sera finalement abandonnée par Jean-Marie Girier, à l’époque chef de cabinet d’Emmanuel Macron et aujourd’hui de celui de Gérard Collomb au ministère de l’Intérieur.

Emmanuel Fansten , Laure Bretton , Ismaël Halissat

Liberation.fr

Publié dans:Non classé |on 20 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

Harcèlement, un de plus………………..(20/07/2018)

Les prud’hommes examinaient, jeudi à Paris, le cas d’une jeune salariée de la banque victime d’agressions répétées. Son avocat dénonce la «stratégie d’étouffement» du groupe.

  • Harcèlement sexuel : «Il est impossible pour moi de retourner travailler chez BNP Paribas»

Des «trentenaires immatures et obsédés sexuels». Voilà comment l’avocat de BNP Paribas a qualifié les deux cadres de la banque accusés d’avoir harcelé Carole (1) sur son lieu de travail. Pendant cinq mois, entre 2011 et 2012, cette ancienne salariée, gestionnaire financière, a été victime de harcèlement et d’agressions sexuelles caractérisées de la part de deux de ses supérieurs à Hongkong. A plusieurs reprises, la femme, alors âgée de 24 ans, s’est vue réclamer ouvertement des fellations en échange de bonnes évaluations, ses deux agresseurs n’hésitant pas à poser leur main sur sa cuisse ou à lui tirer les cheveux en suggérant une position sexuelle. Des faits «établis» mais prescrits, selon la banque, qui rappelle que la requête de la jeune femme devant le conseil de prud’hommes a été déposée une semaine après la date limite des cinq ans marquant le délai de prescription. Dès lors, cette «situation difficile» ne saurait justifier la rupture du contrat de travail de Carole aux torts exclusifs de son employeur.

En arrêt maladie depuis mai 2017, Carol a traversé une profonde dépression et connaît toujours de fréquentes crises d’angoisse. «Je ne peux plus aller au bureau, a-t-elle expliqué à la barre, la voix tremblante d’émotion. Il est impossible pour moi de retourner travailler chez BNP Paribas.» A l’époque des faits, ce n’est pas elle mais un de ses collègues, choqué par les agissements des deux cadres, qui décide de faire un signalement au service «conformité» de la banque. Discrètement réglée en interne par la direction des ressources humaines, l’affaire est soldée par une simple amende à l’encontre du principal harceleur.

Rumeurs

Rassurée par son interlocutrice des ressources humaines, Carole poursuit alors sa carrière au sein de la banque, d’abord à New York puis à Paris. Mais à partir de 2016, ses conditions de travail se dégradent à nouveau. «Le maintien de ses agresseurs au sein de la société a été le terreau d’une succession d’événements ultérieurs de plus en plus graves», insiste son avocat, Charles Morel. A Paris, Carole commence à faire l’objet de rumeurs malveillantes. On fait état de son caractère réputé difficile ou de son comportement instable. On évoque ses tenues vestimentaires et son côté aguicheur. «Attention à ne pas avoir de nouveaux problèmes de harcèlement sexuel, ça pourrait devenir suspect», l’avait prévenu sa responsable RH à Hongkong.

De plus en plus isolée, Carole se voit peu à peu retirer des responsabilités sur les plus gros dossiers. La collaboratrice prometteuse, fraîchement proposée au programme «Leader of Tomorrow», se retrouve à devoir lister les milliers de succursales de la banque, tâche généralement dévolue à des stagiaires du service comptabilité. Mais c’est le retour d’un de ses deux harceleurs à Paris, et l’absence évidente de sanctions à son encontre, qui va la pousser à saisir les prud’hommes. Pour l’avocat de BNP Paribas, les choses se seraient surtout dégradées car Carole aurait vu une promotion lui échapper. «Faux», s’étrangle la jeune femme, qui évoque une «mise au placard injustifiée» et l’impunité dont ont longtemps joui ses agresseurs.

Pendant des années, la banque a en effet estimé que la question avait été traitée de «manière appropriée». Mais après la révélation de l’affaire dans Libération, en octobre, un des responsables du groupe a fini par reconnaître que la sanction n’avait pas été «assez sévère». Depuis, les deux harceleurs ont été licenciés dans la plus grande discrétion. Mais l’avenir de Carole est toujours en sursis. Son avocat dénonce une «destruction psychologique» d’autant plus grave qu’elle s’est accompagnée d’une «stratégie d’étouffement» de la banque.

Preuve

Une attestation jointe à la procédure éclaire sous un autre jour l’histoire de Carole. Elle a été rédigée par Elisabeth Assogba, représentante du personnel (CFDT) chez BNP Paribas depuis plus de vingt ans. «Des victimes de harcèlement sont déplacées et tout est fait pour que des agissements déviants ne fassent pas de vagues», écrit cette ancienne salariée du service juridique. En dépit de l’accord national interprofessionnel sur le harcèlement et la violence au travail, en vigueur depuis 2011 au sein de l’entreprise, de nombreux freins empêcheraient les victimes de porter plainte. «Je me suis rendu compte, en suivant des dossiers sur plusieurs années, que des personnes ayant eu des comportements répréhensibles, punis par la loi, n’ont pas été sanctionnées par l’entreprise et ont obtenu des promotions», poursuit la représentante du personnel, qui cite un autre exemple récent.

En septembre 2016, la BNP a été condamnée à payer plus de 600 000 euros pour harcèlement homophobe à l’encontre d’un salarié. «Les responsables sont toujours en poste et leurs compétences ont été étendues», assure-t-elle. La preuve, pour l’avocat de Carole, que la «loi de l’omertà» continue de régner. La décision sera rendue le 19 octobre.

(1) Le prénom a été modifié.

Emmanuel Fansten

Liberation.fr
Publié dans:Non classé |on 20 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(18/07/2018)

Libération 18 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

L’avenir de Mélenchon

Samedi et dimanche, une troupe de bénévoles soutenus par La France insoumise projettent d’envahir une école de Marseille pour en repeindre les murs et effectuer quelques menus travaux. Début 2016, Libération avait mis en évidence (et en une) le délabrement extravagant du parc scolaire dans les quartiers nord de la ville. Les grands esprits se rencontrent. Cette action spontanée et mélenchonoïde à la fois – tout autant que positive – pourrait traduire une inflexion plus importante qu’il y paraît.

Ce genre d’action de terrain tranche avec les mots d’ordre tonitruants de La France insoumise, dont les derniers appels à la mobilisation nationale n’ont pas donné grand-chose. La «marée populaire» de juin n’était qu’une modeste vague et la «convergence des luttes» s’est achevée…dans la divergence des appareils.

Retour à la base, donc. Si ces expériences se changent en stratégie, Mélenchon peut une nouvelle fois marquer des points. Outre les européennes l’année prochaine, l’échéance décisive de mi-mandat sera celle des municipales. Quoi de mieux que des gestes «de proximité» pour préparer le scrutin ? Caractéristiques des mouvements «alters» ou des luttes «citoyennes», ces actions de terrain ont permis à la gauche alternative de surpasser la gauche institutionnelle dans beaucoup de pays. Pendant ce temps, les écologistes «politiques» se sont perdus dans les querelles d’ambition, Hamon s’enferme dans des manœuvres groupusculaires, les trotskistes végètent, le PCF cherche un point moyen entre ses courants divergents, le PS déménage et s’occupe d’un inventaire du hollandisme qui le ramène en arrière au lieu de préparer l’avenir. Lequel hollandisme survit néanmoins grâce à un succès de librairie, plongeant les dirigeants socialistes dans la consternation…

Ce contraste entre une France insoumise en marche et des appareils englués dans leurs travers se traduit dans les sondages. Certes, les enquêtes sur les élections européennes, réalisées un an avant l’heure, peuvent encore changer dix fois. Mais tout de même, toutes rendent le même verdict : Mélenchon est à 12-13%, les écolos et le PS autour de 7%, Hamon, le PCF et les trostkistes entre 1% et 3%. C’est un mauvais conte de fées qui menace la gauche française : Rouge-Neige et les cinq nains.

Rien de glorieux au total : la gauche tout compris rallie moins d’un tiers des intentions de vote, alors que La République en marche vire en tête à 24% et que la droite dure, divisée, dépasse les 40% si on cumule ses suffrages – Le Pen plus Wauquiez plus Dupont-Aignan. En privé, Mélenchon confie son souci : voir la gauche française suivre la pente descendante de son homologue en Italie, où les formations progressistes ont été marginalisées, reléguées sur le balcon désuet de la nostalgie impuissante, au profit des populisto-nationalistes de Salvini, Berlusconi et Grillo.

Si les choses se cristallisent, Mélenchon s’installe dans le rôle du leader impérieux d’une gauche affaiblie. Nous nous retrouvons dans la configuration des années 60, quand un PCF hégémonique côtoyait une «gauche non-communiste» éparpillée, comme l’est aujourd’hui la gauche «non-mélenchoniste». Mutatis mutandis, un boulevard pour le gaullisme à l’époque, pour le macronisme aujourd’hui. Mélenchon peut aussi tendre la main aux anciens Verts et constituer un pôle radicalo-écologiste, une sorte de gauche pastèque, verte à l’extérieur, rouge à l’intérieur. Ou encore mettre de l’eau dans son vin à l’approche des échéances, montrer patte rose, en quelque sorte, pour rallier des électeurs jusqu’ici rebutés par sa radicalité tonnante. A moins que quelqu’un ou quelque chose ne se crée, ou ne ressuscite, entre lui et Macron, pour rééquilibrer la gauche et rendre une chance au camp progressiste. Nous en sommes loin.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 18 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………….(17/07/2018)

Libération 17 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le troll de la Maison-Blanche

Fort avec les faibles, faible avec les forts. Serait-ce l’aspect de la personnalité de Donald Trump qui avait jusque-là échappé aux observateurs ? Le bilan de la visite en Europe du troll de la Maison-Blanche peut en tout cas le laisser penser.

De plus en plus fantasque, Trump s’est ingénié au cours de ces quelques jours à embarrasser ses alliés les plus proches, quand il ne les insulte pas, puis à amadouer une Russie hostile à l’Occident et décidée à faire admettre les faits accomplis de sa politique étrangère en Crimée, en Ukraine ou en Syrie. La politique de compromis avec l’Union européenne de Theresa May est nulle, dit Trump, et aboutira à empêcher tout accord commercial avec les Etats-Unis.

Pour lui, les Européens devraient cesser de courir après la chimère d’une unité factice et, surtout, financer leur propre défense au lieu de compter sur la bienveillance américaine. Le tout couronné par la bénédiction publique donnée à Vladimir Poutine, blanchi par le président américain de toute accusation d’interférence dans la campagne présidentielle, au moment même où les indices s’accumulent. Sa conférence de presse de petit garçon a aussitôt suscité un déferlement de critiques aux Etats-Unis, chez les démocrates bien sûr, mais aussi au sein du Parti républicain, et même parmi les commentateurs ultra-trumpistes de Fox News. Il est vrai qu’on n’avait jamais vu un leader du monde libre jouer à ce point les carpettes devant un pouvoir russe que beaucoup tiennent pour tyrannique, allant jusqu’à désavouer, dans une envolée baroque, ses propres institutions judiciaires à l’étranger.

Ce Yalta bouffon entre un bloc de glace et un feu follet a évidemment une cible : l’Union européenne, constituée à l’origine avec la faveur américaine pour faire pièce aux ambitions russes et qui se retrouve maintenant prise entre deux feux, à l’est et à l’ouest. On dit souvent que seul un ennemi extérieur permet de coaliser des nations aux intérêts différents. L’Europe en a maintenant deux : à elle d’en tirer les leçons.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 17 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………..(16/07/2018)

Libération 13 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

L’équipe du 14 juillet

Se sont-ils donné le mot en cette veille de 14 juillet ? Griezmann : «Il faut être fier d’être français, c’est un beau pays.» Mbappé : «Je veux tout donner pour la France.» Pogba : «C’est ça la France, il y a beaucoup d’origines. C’est ça qui fait une belle France.»

Une équipe de bisounours ? Ou bien l’expression d’une conviction collective, encouragée par le coach ? Un geste politique, en tout cas, non pas idéologique ou partisan, mais placé sous le drapeau d’un patriotisme bon enfant, ouvert et pluraliste. Souvent ces joueurs viennent d’ailleurs (leurs parents, en tout cas) et jouent aussi ailleurs, dans les championnats européens en général. Français mélangés, donc, et européens. Comme quoi ces enfants des quartiers que l’extrême droite et la droite suspectent lourdement de «communautarisme», taxent implicitement de mauvais Français, ou qu’une certaine extrême gauche, universitaire avant tout, ne voit que comme des victimes, deviennent soudain des modèles d’intégration réussie. Comme ils sont milliardaires, on dira qu’ils sont des exceptions. Et pourtant le symbole demeure : différence culturelle, francité et Europe ne sont pas toujours contradictoires. Quant au 14 Juillet, rappelons qu’il ne fête pas la prise de la Bastille, événement fondateur mais violent. Il célèbre la fête de la Fédération du 14 juillet 1790, grand moment d’unité nationale.

Et la Croatie ? Une équipe beaucoup plus uniforme dans un pays au nationalisme sourcilleux, une équipe au blason terni par des vilaines histoires de corruption. La Croatie indépendante est née d’une guerre, celle des années 90, terrible et meurtrière. Elle a été gouvernée longtemps par Franjo Tudjman, leader identitaire s’il en fut. Son passé oustachi est de sinistre mémoire – une légion croate s’est distinguée par ses exactions aux côtés de l’armée allemande. Pourtant, cette ancienne province de l’empire austro-hongrois s’est aussi distinguée par son ouverture et sa résistance au nazisme : Tito était croate. Son nationalisme moderne est né, pour une bonne part, de la prétention serbe à dominer la fédération, alors même que c’est la Croatie, dans les années 30, qui avait pris l’initiative de réunir les «Slaves du Sud». Les temps changent et les dirigeants croates ont préservé la démocratie dans leur pays. Ils ont aussi refusé l’enfermement. Dès l’indépendance, ils ont demandé l’adhésion de leur pays à l’Union européenne, ce qui est chose faite. De quoi, là aussi, faire réfléchir les souverainistes…

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 16 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(13/07/2018)

Libération 13 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

L’équipe du 14 juillet

Se sont-ils donné le mot en cette veille de 14 juillet ? Griezmann : «Il faut être fier d’être français, c’est un beau pays.» Mbappé : «Je veux tout donner pour la France.» Pogba : «C’est ça la France, il y a beaucoup d’origines. C’est ça qui fait une belle France.»

Une équipe de bisounours ? Ou bien l’expression d’une conviction collective, encouragée par le coach ? Un geste politique, en tout cas, non pas idéologique ou partisan, mais placé sous le drapeau d’un patriotisme bon enfant, ouvert et pluraliste. Souvent ces joueurs viennent d’ailleurs (leurs parents, en tout cas) et jouent aussi ailleurs, dans les championnats européens en général. Français mélangés, donc, et européens. Comme quoi ces enfants des quartiers que l’extrême droite et la droite suspectent lourdement de «communautarisme», taxent implicitement de mauvais Français, ou qu’une certaine extrême gauche, universitaire avant tout, ne voit que comme des victimes, deviennent soudain des modèles d’intégration réussie. Comme ils sont milliardaires, on dira qu’ils sont des exceptions. Et pourtant le symbole demeure : différence culturelle, francité et Europe ne sont pas toujours contradictoires. Quant au 14 Juillet, rappelons qu’il ne fête pas la prise de la Bastille, événement fondateur mais violent. Il célèbre la fête de la Fédération du 14 juillet 1790, grand moment d’unité nationale.

Et la Croatie ? Une équipe beaucoup plus uniforme dans un pays au nationalisme sourcilleux, une équipe au blason terni par des vilaines histoires de corruption. La Croatie indépendante est née d’une guerre, celle des années 90, terrible et meurtrière. Elle a été gouvernée longtemps par Franjo Tudjman, leader identitaire s’il en fut. Son passé oustachi est de sinistre mémoire – une légion croate s’est distinguée par ses exactions aux côtés de l’armée allemande. Pourtant, cette ancienne province de l’empire austro-hongrois s’est aussi distinguée par son ouverture et sa résistance au nazisme : Tito était croate. Son nationalisme moderne est né, pour une bonne part, de la prétention serbe à dominer la fédération, alors même que c’est la Croatie, dans les années 30, qui avait pris l’initiative de réunir les «Slaves du Sud». Les temps changent et les dirigeants croates ont préservé la démocratie dans leur pays. Ils ont aussi refusé l’enfermement. Dès l’indépendance, ils ont demandé l’adhésion de leur pays à l’Union européenne, ce qui est chose faite. De quoi, là aussi, faire réfléchir les souverainistes…

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 13 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……………(12/07/2018)

Libération 11 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Umtiti, un nom bien français

Un air de 1998 ? La comparaison vient naturellement sous la plume, qui renvoie à une autre finale, gagnée par un onze de France multicolore, une équipe «black-blanc-beur», censée incarner une nation métissée, multiculturelle, unie par ses valeurs de fraternité. Quelques années plus tard, Jean-Marie Le Pen se retrouvait au second tour de la présidentielle et, à peine plus tard, une émeute nationale ruinait les douces anticipations du «vivre ensemble» qui avait fait du football de Zizou l’annonce de la bonne entente nationale. Cette fois, on se méfie : surtout ne pas tirer de leçons hasardeuses des succès de l’équipe de France de Deschamps, tout aussi mélangée que celle de 1998, mais mauvaise augure politique. Dans le commentaire, «prudence petitpas»…

On a déduit des illusions de 1998 que le sport le plus populaire de France reflétait bien mal l’esprit du peuple, que le football était un monde à part, une bulle compétitive et friquée qui avait ses règles propres – une foot-bulle – bien loin des réalités sociales. Et d’ailleurs, la formule même de l’époque, diffusée par les médias – black-blanc-beur – portait en elle-même sa négation, puisqu’au lieu de fondre les différences, elle les juxtaposait, sur un mode communautaire, dans une fausse analogie, faisant du drapeau républicain le symbole d’un assemblage d’ethnies plus que l’emblème d’un creuset.

Et pourtant… Croit-on que le sport, finalement, ne signifie pas grand-chose, que cet événement national ne dit rien sur la nation ? Que ces joueurs d’exception sortent de nulle part, que la Coupe du monde n’est qu’un simple divertissement, au sens complet du terme, qu’il sert donc à divertir, autrement dit à détourner l’attention des réalités cruelles d’une société, fracturée, divisée, partagée entre groupes hostiles, bref un opium du peuple ou encore un haschich des bien-pensants, qui confondent dans un élan candide et trompeur onze joueurs et 67 millions d’habitants ? On se passionne pour Griezmann et Mbappé et on oublie le racisme et la discrimination (remarque de gauche) ou bien l’affrontement de cultures irréconciliables et le spectre du «grand remplacement» (remarque de droite ou d’extrême droite). A droite et à gauche, les obsédés de l’identité feront leur cette thèse, confortable dans son cynisme faussement réaliste.

La nouveauté, s’il y en a une, c’est que les millions de supporteurs qui ont envahi les rues et les places mardi soir se foutent comme de leurs premiers crampons de l’origine des joueurs de l’équipe de France. Pour une raison simple : vingt ans ont passé et, pour eux, la diversité est déjà une réalité admise, du haut en bas de la société. Ils agitent des drapeaux tricolores et chantent la Marseillaise, dans un patriotisme footballistique spontané et pacifique. Point de Blacks, de Blancs ou de Beurs : des attaquants, des défenseurs, des buteurs et des tacleurs. D’où qu’ils viennent, ceux-là sont les héros d’une saga inoffensive, qui réunit le pays. On pense à la chanson de Maurice Chevalier : «Et tout ça, ça fait d’excellents Français…», qui gagnent les matches et arrivent en finale.

Qui sont-ils ? Comme la majorité des footballeurs, des enfants des classes populaires, tout au plus des rejetons de la classe moyenne, depuis longtemps mélangés et donc «multiculturels» bien de chez nous. On glose sur les «territoires perdus de la République». Ils ne sont pas perdus pour l’équipe de France, qui recrute volontiers dans les cités et les quartiers difficiles, viviers du sport de masse. Du coup, la politique revient par la fenêtre. «Liberté, égalité, Mbappé», dit un supporter français nommé Moussa. Pour remplir en quelques minutes les Champs-Elysées, comme au soir du match contre la Belgique, il faut que la banlieue y soit aussi, pas seulement les habitants du VIIIe arrondissement. On vibre d’un élan unitaire dans les bistrots prolos comme dans les bars bobos.

Umtiti, né à Yaoundé, enfant de la banlieue lyonnaise, ou Mbappé, rejeton d’une famille camerounaise, né à Bondy, sont les héros du jour. Mais on n’y pense guère, comme dans un rêve. Délivrez-nous de l’obsession identitaire : c’est peut-être le message de cette Coupe du monde, comme on avait su gré à Macron pendant la campagne présidentielle – ou à Mélenchon – de nous épargner les jérémiades sur l’identité nationale. Comme si le sentiment qu’il existe encore, malgré les heurts, les fractures, les déchirements, un creuset français, républicain, égalitaire, restait vivant dans l’inconscient national. A choisir, c’est l’hypothèse qu’il faut retenir, avec les précautions d’usage. La sociologie, disent certains, est un sport de combat. Mais le sport, pied de nez utile, est une sociologie de la concorde.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 12 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………….(11/07/2018)

Libération 11 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Umtiti, un nom bien français

Un air de 1998 ? La comparaison vient naturellement sous la plume, qui renvoie à une autre finale, gagnée par un onze de France multicolore, une équipe «black-blanc-beur», censée incarner une nation métissée, multiculturelle, unie par ses valeurs de fraternité. Quelques années plus tard, Jean-Marie Le Pen se retrouvait au second tour de la présidentielle et, à peine plus tard, une émeute nationale ruinait les douces anticipations du «vivre ensemble» qui avait fait du football de Zizou l’annonce de la bonne entente nationale. Cette fois, on se méfie : surtout ne pas tirer de leçons hasardeuses des succès de l’équipe de France de Deschamps, tout aussi mélangée que celle de 1998, mais mauvaise augure politique. Dans le commentaire, «prudence petitpas»…

On a déduit des illusions de 1998 que le sport le plus populaire de France reflétait bien mal l’esprit du peuple, que le football était un monde à part, une bulle compétitive et friquée qui avait ses règles propres – une foot-bulle – bien loin des réalités sociales. Et d’ailleurs, la formule même de l’époque, diffusée par les médias – black-blanc-beur – portait en elle-même sa négation, puisqu’au lieu de fondre les différences, elle les juxtaposait, sur un mode communautaire, dans une fausse analogie, faisant du drapeau républicain le symbole d’un assemblage d’ethnies plus que l’emblème d’un creuset.

Et pourtant… Croit-on que le sport, finalement, ne signifie pas grand-chose, que cet événement national ne dit rien sur la nation ? Que ces joueurs d’exception sortent de nulle part, que la Coupe du monde n’est qu’un simple divertissement, au sens complet du terme, qu’il sert donc à divertir, autrement dit à détourner l’attention des réalités cruelles d’une société, fracturée, divisée, partagée entre groupes hostiles, bref un opium du peuple ou encore un haschich des bien-pensants, qui confondent dans un élan candide et trompeur onze joueurs et 67 millions d’habitants ? On se passionne pour Griezmann et Mbappé et on oublie le racisme et la discrimination (remarque de gauche) ou bien l’affrontement de cultures irréconciliables et le spectre du «grand remplacement» (remarque de droite ou d’extrême droite). A droite et à gauche, les obsédés de l’identité feront leur cette thèse, confortable dans son cynisme faussement réaliste.

La nouveauté, s’il y en a une, c’est que les millions de supporteurs qui ont envahi les rues et les places mardi soir se foutent comme de leurs premiers crampons de l’origine des joueurs de l’équipe de France. Pour une raison simple : vingt ans ont passé et, pour eux, la diversité est déjà une réalité admise, du haut en bas de la société. Ils agitent des drapeaux tricolores et chantent la Marseillaise, dans un patriotisme footballistique spontané et pacifique. Point de Blacks, de Blancs ou de Beurs : des attaquants, des défenseurs, des buteurs et des tacleurs. D’où qu’ils viennent, ceux-là sont les héros d’une saga inoffensive, qui réunit le pays. On pense à la chanson de Maurice Chevalier : «Et tout ça, ça fait d’excellents Français…», qui gagnent les matches et arrivent en finale.

Qui sont-ils ? Comme la majorité des footballeurs, des enfants des classes populaires, tout au plus des rejetons de la classe moyenne, depuis longtemps mélangés et donc «multiculturels» bien de chez nous. On glose sur les «territoires perdus de la République». Ils ne sont pas perdus pour l’équipe de France, qui recrute volontiers dans les cités et les quartiers difficiles, viviers du sport de masse. Du coup, la politique revient par la fenêtre. «Liberté, égalité, Mbappé», dit un supporter français nommé Moussa. Pour remplir en quelques minutes les Champs-Elysées, comme au soir du match contre la Belgique, il faut que la banlieue y soit aussi, pas seulement les habitants du VIIIe arrondissement. On vibre d’un élan unitaire dans les bistrots prolos comme dans les bars bobos.

Umtiti, né à Yaoundé, enfant de la banlieue lyonnaise, ou Mbappé, rejeton d’une famille camerounaise, né à Bondy, sont les héros du jour. Mais on n’y pense guère, comme dans un rêve. Délivrez-nous de l’obsession identitaire : c’est peut-être le message de cette Coupe du monde, comme on avait su gré à Macron pendant la campagne présidentielle – ou à Mélenchon – de nous épargner les jérémiades sur l’identité nationale. Comme si le sentiment qu’il existe encore, malgré les heurts, les fractures, les déchirements, un creuset français, républicain, égalitaire, restait vivant dans l’inconscient national. A choisir, c’est l’hypothèse qu’il faut retenir, avec les précautions d’usage. La sociologie, disent certains, est un sport de combat. Mais le sport, pied de nez utile, est une sociologie de la concorde.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 11 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(11/07/2018)

Libération 10 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Boris dur et Theresa molle

La démission de Boris Johnson, l’excentrique leader des «brexiters», aussi fantasque que sa blonde chevelure, n’est qu’une péripétie dans l’interminable et surréaliste vaudeville qui se déroule en Grande-Bretagne, depuis que les électeurs ont décidé par référendum de sortir de l’Union européenne. Depuis cette date (il y a deux ans…), la classe dirigeante britannique est comme une poule qui a trouvé un couteau. Elle secoue la tête en tous sens en émettant des sons inarticulés qui lui tiennent lieu de politique. Entre «Brexit dur», «Brexit mou», «Brexit doux», «Sous-Brexit» «Simili-Brexit», elle tangue et roule comme un vaisseau fantôme qui a rompu ses amarres, sans capitaine, sans cap, sans carte et sans boussole. Dernière idée, présentée en comité restreint par Theresa May : une union douanière avec le continent, ce qui reviendrait à sortir de l’Union tout en y restant, tout en faisant semblant d’en sortir. Un «remain» maquillé en «leave».

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C’est que le monde patronal, voyant l’économie flancher peu à peu, paniqué à l’idée de voir se fermer son principal marché – qui se trouve de l’autre côté de la Manche – est pendu à la sirène de détresse sans savoir comment contourner le vote populaire. «Le rêve du Brexit meurt», dit Boris Johnson. Certes. Mais le rêve alternatif d’une «Grande-Bretagne mondiale», par lui agité, débouche sur un paradoxe qui devrait faire réfléchir tous les eurosceptiques du continent. On se plaint du libéralisme de l’Union et des oukases de Bruxelles. Mais le «Hard Brexit» prôné par le courant le plus nationaliste du Parti conservateur déboucherait, selon ses promoteurs, sur une déréglementation radicale de l’économie, dans le domaine fiscal comme dans le domaine social. On voit que le libéralisme recule… Il suppose aussi des accords de libre-échange avec les grandes nations du monde, à commencer par les Etats-Unis. Mais Trump fait lanterner les Britanniques et tient un cap résolument protectionniste. On se libère de Bruxelles et on s’arrime à Washington. Drôle de souverainisme, qui accroît la dépendance britannique au nom de l’indépendance… Gribouille à Westminster : pour échapper à la pluie continentale, on se jette tout habillé dans la mare atlantique.

Dernier gag en date : le joug européen, dénoncé par les brexiters, impose aux importations des normes sanitaires jugées dictatoriales. Si elle choisissait le «Hard Brexit», la Grande-Bretagne serait enfin libre de faire venir chez elles des myriades de poulets américains traités à l’eau de Javel, prohibés par les tyrans bruxellois. En proposant une union douanière, Theresa May renonce à cette liberté essentielle. On mesure l’étendue de sa trahison…

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 11 juillet, 2018 |Pas de commentaires »
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