Archive pour la catégorie 'Non classé'

La lettre de Laurent Joffrin……………..(19/11/2019)

Libération 19 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettrepolitique
de Laurent Joffrin

Macron cherchelesalut à Amiens

Qu’on se le dise : Emmanuel Macron est un président en-ra-ci-né. La preuve : il va consacrer deux jours pleins, dans un agenda par nature surchargé, aux problèmes de la Somme, son département d’origine, où il va multiplier les rencontres avec les acteurs locaux de toutes sortes. Qui peut s’en plaindre ? Il est bon que les dirigeants suprêmes, de temps à autre, se replongent dans le quotidien des citoyens qu’ils sont censés représenter et gouverner. Mais le geste – soigneusement médiatisé – traduit aussi la difficulté politique dans laquelle se trouve le Président.

Il vient après beaucoup d’autres – le «grand débat», les concessions consenties aux gilets jaunes, les interminables palabres qui préludent à la réforme des retraites, les déambulations régulières du Président lors de ses visites sur le terrain, la volonté appuyée de caresser les maires dans le sens du poil démocratique, etc. Ces efforts à la fois méritoires et herculéens ont pour but, on l’aura compris, d’effacer la désastreuse image laissée par la première année du quinquennat, celle des réformes à la hussarde, des provocations verbales plus ou moins contrôlées, du «président des riches» et de l’image technocratique imprimée par un pouvoir pressé de libéraliser l’économie sans s’embarrasser des «corps intermédiaires» qui sont la trame de la société française. Jupiter, en l’espèce, a endossé la tunique de Nessus.

Emmanuel Macron avait fustigé «les fainéants» qui l’ont précédé à l’Elysée, ces réformateurs en peau de lapin qui s’engluaient régulièrement, selon lui, dans la concertation stérile et l’hésitation permanente. Or ces «fainéants» – Chirac, Sarkozy, Hollande, pas forcément nuls en politique – savaient aussi qu’à brusquer outre mesure l’opinion, on risque de l’ameuter contre soi et de bloquer ainsi la mise en œuvre des changements nécessaires. On croit gagner du temps, on en perd encore plus. Ce qui risque d’advenirdansle délicat dossier des retraites. On voulait une refonte ambitieuse du système, on risque de repousser l’échéance de trente ou quarante ans pour apaiser l’inquiétude qu’on a soi-même suscitée. Le lièvre a buté surl’obstacle : on enfourche la tortue.

Du coup les commentateurs libéraux, ainsi que la droite LR, trouvent matière à réquisitoire. Voir l’implacable papier pondu dans le Figaro par un chroniqueur emblématique de ce courant, Nicolas Baverez. Constatant que les réformes (qui sont en fait des sacrifices) s’enlisent dans le marécage des consultations, que les finances publiques qu’on voulait redresser s’enfoncent dans le rouge, que cette impuissance réelle est seulement camouflée sous un discours volontariste et un activisme de politique étrangère qu’il estime brouillon et contre-productif, il prononce une condamnation sans appel, comparant le Président à un cannelé bordelais, dur à l’extérieur, mou à l’intérieur.

Il ne s’agit pas de suivre Baverez, auteur libéral coupant qui déplore qu’on n’en fasse pas assez dans un sens contestable. Mais de relever une contradiction difficile à surmonter. Emmanuel Macron veut un bilan de réformes nombreuses et audacieuses. Il s’y est pris de telle manière que son vaste plan a déclenché révoltes, colères et oppositions irréductibles, au risque de disloquer son action en le contraignant à une défensive anxieuse. On passe del’audace à l’angoisse. On veut dépasser les clivages traditionnels, on les exacerbe en prenant le rôle du représentant de l’élite coupé des vraies souffrances de la population. Une fois n’est pas coutume, on laissera la conclusion à Baverez, auteur d’une chute d’article gaullienne : «Dans une formule ironique du Fil de l’épée, De Gaulle rappelait que « parfois les militaires, s’exagérant l’impuissance relative de l’intelligence, négligent de s’en servir ».» Emmanuel Macron nous montre comment les technocrates, s’exagérant l’impuissance relative de la politique, négligent de s’en servir.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 19 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

La pêche aux voix…………..(18/11/2019)

A quatre mois des municipales, le Président s’efforcera mardi de renouer les liens avec les élus locaux à l’occasion du congrès des maires de France. Autre enjeu : aider LREM à mieux s’ancrer en France lors du scrutin de mars.

  • Macron cherchel’idylleavecles édiles

A écouter l’Elysée, la brouille serait à ranger dans les archives de ce quinquennat. En un an, grâce au «grand débat national» et à de petits gestes en leur direction, Emmanuel Macron aurait réussi à changer son image auprès des maires. Pour preuve, insiste-t-on au gouvernement, le retour du chef de l’Etat, mardi, pour un discours en «séance solennelle d’ouverture» du 102e congrès de l’Association des maires de France (AMF), organisé Porte de Versailles à Paris. Le chef de l’Etat n’avait plus mis les pieds dans l’instance présidée par François Baroin, potentiel adversaire en 2022 (lire page 6), depuis 2017 : Macron y avait alors essuyé quelques huées après avoir évoqué son projet de suppression de la taxe d’habitation. «Les sifflets ne m’ont jamais beaucoup étourdi», avait-il répondu. L’an dernier, le chef de l’Etat avait donc boudé le congrès des maires… mais invité 2 000 d’entre eux à l’Elysée pour prouver, au début de la crise des gilets jaunes, qu’il n’était pas un président haut perché. «Comme vous, je ressens une volonté de faire, parfois beaucoup plus rapide et exigeante qu’on y arrive nous-mêmes, avait-il lancé. Il y a aussi parfois beaucoup d’incompréhensions, parce que les changements ou les réformes qu’on engage ne sont pas toujours compris.» Stabilité des dotations, compensation intégrale de la taxe d’habitation, gel de l’«intercommunalisation»… Macron avait des arguments à faire valoir pour prouver que sa politique n’était pas antilocale.

A LIRE AUSSIMunicipales 2020 : «Certains jours, j’ai eu envie de poser ma démission»

Vocations

Cette année, il a encore mieux : un projet de loi spécifiquement dédié aux maires et dont l’examen à l’Assemblée – magie du calendrier – débutera ce lundi. Ce texte, baptisé «engagement et proximité», déjà passé par la case Sénat et porté par Sébastien Lecornu (Collectivités territoriales), est censé répondre aux doléances des maires formulées lors des «96 heures de débat» mené par le Président, précise-t-on au gouvernement. «Plus de droits» pour «aider les élus à concilier vie de famille, vie professionnelle et mandat électoral», plus de formation, meilleures indemnités, renforcement des pouvoirs du maire dans les intercommunalités, «souplesse» dans la répartition des compétences… «Je fais tout pour bâtir ce texte de manière la plus consensuelle qui soit», insiste Lecornu, pour qui ce projet de loi est aussi destiné à enrayer la crise des vocations (lire ci-contre). Selon une enquête du Cevipof, moins de la moitié des maires actuels (48,7 %) souhaitent se représenter aux municipales de mars 2020, un bon quart (28,3 %) ne veulent pas rempiler et un petit quart (23 %) sont encore indécis. Des résultats similaires à ceux observés en 2014. «Chaque jour qui passe, le nombre de maires qui ne voulaient pas se représenter diminue, se félicite Lecornu. On aura plus de communes avec des maires qui auront du mal à compléter leur liste plutôt que des communes sans maire.» «Plus optimiste que l’année dernière», l’ex-président du conseil départemental de l’Eure, nommé à ce poste il y a un peu plus d’un an, estime que le grand débat et ce projet de loi ont permis de «complètement changer l’ambiance» avec les représentants de l’AMF. «Le Président a fait un travail de reconquête incroyable, vante-t-on à Matignon. Le temps passé avec eux a durablement apaisé les choses.» A voir : le numéro 2 de l’AMF, le socialiste André Laignel, reste très dur. «Ce qu’on attend pour l’avenir, c’est simple, c’est la liberté et les moyens de la liberté […] qu’ils ne semblent pas décidés à nous accorder, explique le maire d’Issoudun dans une interview à la République du Centre. Sur le fond, il n’y a aucune amélioration. […] On parle de dialogue mais il n’y en a pas sur les sujets essentiels. Parfois, on nous reçoit, on nous écoute, mais on ne nous entend pas.» «Attention à bien distinguer maires et associations d’élus plus politisés», souligne-t-on au sein de l’exécutif.

Enracinement

Etre bien accueilli par les élus les plus appréciés de France est important pour le chef de l’Etat : le macronisme n’a aucun enracinement (à peine 2 000 élus municipaux) et ses dirigeants comptent bien, à quatre mois des municipales, convertir quelques édiles pour les compter dans le giron de LREM aux sénatoriales. «Depuis 2017, on nous fait un faux procès, celui d’être « éloignés des territoires », se désole une députée LREM haut placée. C’est injuste car beaucoup d’entre nous ont été maires ou élus locaux. Mais, c’est clair, on manque de relais de terrain pour faire passer nos messages.» D’où unbesoin d’alliés locaux. Surtout lorsque les fronts sociaux (hôpital, étudiants, agriculteurs, cheminots, gilets jaunes…) se multiplient à l’approche de l’hiver.

 

Lilian Alemagna

Liberation.fr
Publié dans:Politique |on 18 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………….(15/11/2019)

Libération 15 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettrepolitique
de Laurent Joffrin

Jupiter et Damoclès

Emmanuel Macron est un conducteur qui aime la vitesse. Il vient de le prouver une nouvelle fois : il est aussi rapide en marche arrière qu’en marche avant. Les manifestants du secteur hospitalier avaient à peine fini de défiler que le Président, tel un Speedy Gonzales de la reculade, annonçait que son gouvernement, tout bien réfléchi, était prêt à d’importantes concessions. Celles-ci seront détaillées la semaine prochaine. Symbole éclairant, qui jette une lumière crue sur la deuxième partie du quinquennat. L’acte I se voulait celui de l’audace. L’acte II est celui de l’angoisse.

La faute en revient au mouvement des gilets jaunes, dont on célèbre ces jours-ci le premier anniversaire. Cette révolte qui fut un coup de tonnerre dans un ciel serein, a fait tomber la foudre sur l’Elysée, cruel paradoxe pour celui qui pensait la tenir dans son poing énergique. Depuis, Jupiter s’est changé en Damoclès et se promène partout avec une épée jaune suspendue au-dessus du crâne. Situation très inconfortable quand on veut réformer le pays.

Cette épée porte un nom à la connotation très sociale : la «convergence des luttes», qui verrait les mouvements protestataires se coaliser pour lancer l’assaut le gouvernement. A vrai dire, la formule est en partieimpropre. Cette «convergence» rituellement invoquée par les militants les plus radicaux est un événement rarissime. Chaque lutte, la plupart du temps, est particulière. Les difficultés des «blouses blanches» ne sont pas celles des gilets jaunes, qui diffèrent de celles des cheminots, lesquelles n’ont pas grand-chose à voir avec celles des étudiants. Plus pernicieux : les leaders de ces mouvements savent, au fond d’eux-mêmes, que le budget de l’Etat n’est pas une corne d’abondance. Et donc, dans un contexte de pénurie financière, que les concessions gagnées par les uns risquent fort d’être perdues pour les autres. S’il cède aux médecins, le gouvernement pourra moins accorder d’avantages aux étudiants, et vice-versa. Chaque profession est tentée de négocier pour elle-même, laissant les autres s’occuper de leurs affaires.

La vraie convergence, en fait, est celle qui relie les protestataires à l’opinion. Les Français pratiquent volontiers la «grève par procuration». Ils évitent de faire la grève mais approuvent ceux qui la font. D’où l’empressement du Président envers les personnels de santé : le mouvement des «blouses blanches» est très populaire. Si d’aventure il se joint le 5 décembre aux salariés des transports publics, il renforcera leur légitimité. D’où l’idée de faire la part du feu en éteignant ce foyer de contestation sous un flot de concessions avant qu’il ne se propage ailleurs. Ce qui n’écarte pas tous les risques. La réforme des retraites touche tout demonde. L’exigence d’un retrait peut devenir le mot d’ordre commun qui manque à la «convergence» tant redoutée. Telle une brigade qui doit faire face à plusieurs départs de feu, le gouvernement court d’un foyer à l’autre. Il se voyait en hussard de la réforme. Il doit se changer en capitaine des pompiers.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 15 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin….(12/11/2019)

Libération 12 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Droite-gauche, c’est fini ?

Sondage Ifop pour le Figaro : 68% des Français ne croient plus au clivage droite-gauche, 27% seulement pensent que cet axe politique reste pertinent. Résultat : une large majorité anticipe un duel Macron-Le Pen au second tour de la prochaine présidentielle. Mais aussitôt, un correctif : une majorité encore plus large (72%) juge cette perspective déplorable. Comme si les Français prononçaient la mort de l’ancienne dichotomie, pour la regretter dans le même mouvement. Paradoxe ?

C’est un fait que, depuis au moins vingt ans, les Français, sur des points importants, sont divisés selon des lignes de fracture nouvelles qui ne recoupent pas la séparation droite-gauche. L’Europe divise les deux camps, comme on l’a vu lors du référendum de 2005, tout comme la contestation des élites, qu’on retrouve chez Mélenchon et chez Le Pen, ou encore l’âpre discussion sur la laïcité où s’affrontent dans chaque camp une droite Le Pen et une droite Juppé-Macron, une gauche républicaine raide sur la question et une gauche démocrate tentée par le multiculturalisme. Autrement dit, l’opposition ouverture-fermeture, identité-tolérance, peuple-élites, tend à organiser le débat public, autant que l’ancienne division entre libéraux conservateurs et progressistes socialisants.

Cette évolution ne remplace pas un axe par un autre : elle les cumule. Sur les autres sujets, en effet, l’opposition droite-gauche demeure : la droite classique continue de réclamer un recul de l’Etat et de la fiscalité quand la gauche y est rétive ; la droite se méfie des évolutions sociétales telles que le mariage pour tous ou la PMA, la gauche les réclame ; la droite est hostile à l’immigration, la gauche l’accepte plus volontiers ; la droite admet l’impératif écologique du bout des lèvres, la gauche l’a adopté ; la droite veut l’autorité, la gauche défend avant tout les libertés, etc. Au sein même de La République en marche, mouvement fondé sur le dépassement de l’ancienne opposition, on crée un courant «de gauche». Comme quoi…

La vie politique se retrouve ainsi répartie sur deux axes et non un seul : horizontal entre droite et gauche, vertical entre ouverture et fermeture (c’est-à-dire entre élites et peuple). Macron a choisi le second axe : il symbolise l’ouverture et combat Le Pen, apôtre de la fermeture, tandis que, dans ce scénario, droite et gauche traditionnelles sont éliminées au premier tour. Mais Macron incarne aussi l’élite, opposée au peuple. Or il se trouve que le peuple est majoritaire : la réélection du Président est tout sauf acquise. D’où l’angoisse des Français. Ils prévoient un duel entre deux protagonistes dont ils ne veulent pas, c’est-à-dire, pour la troisième fois, un choix négatif et contraint, avec cette fois le risque majeur de voir Le Pen l’emporter.

Pour surmonter cette aporie, il faudrait que la droite ou la gauche classiques redeviennent des concurrents crédibles. Nous en sommes loin. La gauche est émiettée et sans présidentiable, la droite est plus unie mais réduite à la portion congrue. Les deux années qui viennent auront ainsi des allures de course-poursuite ; droite et gauche vont essayer de se refaire la cerise, tandis que les deux champions de l’ouverture et de la fermeture, du libéralisme de centre droit et du nationalisme extrême, essaieront de rester en tête. Deux ans avant l’échéance, rien n’est joué en principe. Mais les poursuivants partent de loin.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 12 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

« J’écris ton nom LIBERTE »………..(08/11/2019)

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« On se dirige vers la porte de Brandebourg avec des marteaux » : la chute du mur de Berlin racontée par ceux qui l’ont vécue
Publié dans:Non classé |on 8 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……………(07/11/2019)

 

La lettre de Laurent Joffrin...............(07/11/2019) dans Politique profile_mask_2x

Laurent Joffrin – Libération <newsletter@liberation.cccampaigns.net>

17:46 (il y a 1 heure)

 
 
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Libération 07 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Macronisme et pauvreté

On entend souvent que les politiques ne servent à rien, que droite et gauche mènent des politiques identiques, que les gouvernements successifs finissent par se ressembler comme deux gouttes d’eau. Léger problème : les chiffres disent le contraire. Un chiffre, en tout cas, symbolique en ce jour dédié à la lutte mondiale contre la misère : le taux de pauvreté.

L’Insee vient de publier l’indicateur avancé qui mesure le nombre de Français, et souvent de Françaises, percevant moins de 1 050 euros par mois : il a augmenté en 2018 à 14,7%, pour un total de 9,3 millions de personnes, contre 14,3% en 2017.

À lire aussi «Les plus pauvres décrochent à toute vitesse»

Sur une plus longue période, le même indicateur a augmenté après la crise de 2008, pour décroître nettement de Sarkozy à Hollande et se stabiliser à ce niveau plus bas jusqu’en 2017 (malgré une croissance étique). Il remonte depuis l’élection d’Emmanuel Macron (alors que la croissance s’est améliorée). De la même manière, l’indice de Gini, qui exprime l’inégalité des revenus, s’est dégradé depuis 2017 (alors que la situation s’était améliorée de 2012 à 2017), principalement à cause des mesures fiscales prises en faveur des catégories les plus aisées. Comme on dit en anglais, et contrairement aux idées reçues, politics matter, la politique compte. Celle qui favorise les «premiers de cordée» pénalise les derniers : la corde est élastique et ils sont à la traîne.

Certes, ce gouvernement, qui n’est pas forcément dédié à l’écrasement des pauvres, a relevé certains minima sociaux. Mais il a raboté énergiquement d’autres prestations (en matière de logement notamment), ce qui débouche sur un solde négatif. Décidément le macronisme n’est pas un socialisme. Ce qui n’est pas étonnant : il a décrété que la distinction droite-gauche n’existait plus. Vieille idée qui émane en général de la droite.

Un coup d’œil sur l’évolution du taux de pauvreté à moyen terme permet de détecter au passage quelques vérités souvent oubliées. La France, qu’on décrit parfois comme une terre de misère, présente l’un des taux de pauvreté les plus bas d’Europe (et donc du monde), dans un groupe de pays égalitaires où l’on trouve le Danemark, la Norvège ou les Pays-Bas. L’alternance de gouvernements libéraux-colbertistes et sociaux-démocrates y est pour quelque chose. Politics matter.

On entend encore que le progrès n’existe plus, que le bien-être matériel stagne. Encore faux : le taux de pauvreté a été divisé par deux entre 1970 et 1990. Il évolue à un niveau bas depuis cette date, selon les politiques menées. C’est encore beaucoup trop, évidemment. Mais on a progressé…

Cette stagnation relative de l’indicateur depuis le début du siècle (avec les variations précitées, selon les politiques menées) s’explique pour l’essentiel par la faiblesse de la croissance. Les sympathiques partisans de la décroissance qu’on trouve dans les rangs des écologistes pourraient peut-être en tenir compte. Si, au lieu de croître lentement, le PIB commençait à diminuer rapidement, on ne voit pas très bien comment la pauvreté pourrait reculer. On peut consommer autrement, plus intelligemment, dans le respect de l’impératif écologique. Mais consommer moins quand on gagne 1 050 euros, est-ce une bonne idée ? Une aporie sur laquelle les avocats des «limites», également procureurs de la «croissance verte» gardent un silence pudique…

LAURENT JOFFRIN

 

 

Publié dans:Politique |on 7 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………(06/11/2019)

Libération 06 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

La gauche de la gauche est-elle laïque ?

De l’inconvénient de signer des textes sans vraiment les lire. Au milieu d’une pléiade de signataires, Philippe Martinez, Benoît Hamon, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, entre autres responsables ou militants, appellent à une manifestation le 10 novembre «contre l’islamophobie». Initiative louable, tant les musulmans français sont soumis depuis des semaines à un feu roulant de critiques et de mises en cause injustes, sur le fond de polémique sur le voile, de discours zemmouriens, de débats amers sur l’immigration, avec cette acmé de violence qui s’est traduite par des coups de feu tirés contre deux fidèles d’une mosquée par un ancien candidat du FN.

Les choses se compliquent toutefois quand on lit attentivement le texte publié par Libération sous forme de tribune (le journal publie régulièrement des tribunes de tous horizons, certaines reflètent les vues du journal, d’autres non). Outre l’usage du mot «islamophobie» qui reste problématique (s’agit-il de combattre le racisme anti-musulmans, tâche urgente et nécessaire, ou de proscrire les critiques adressées à une religion, qui sont parfaitement légales et légitimes ?), on lit au détour d’une phrase que les signataires se mobilisent aussi contre des «lois liberticides». Compte tenu du contexte, il s’agit de toute évidence des deux lois laïques de 2004 et de 2010, la première interdisant les signes religieux ostensibles dans les salles de classe, la seconde le fait de se couvrir entièrement le visage sur la voie publique (sauf exception, par exemple en période de carnaval). Chose à moitié étonnante, dans la mesure où, parmi les initiateurs de l’appel, figure le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui s’est précisément constitué en réaction à la loi de 2004. Les leaders précités sont-ils favorables à l’abrogation de ces textes ? On en doute. Ou alors ce serait une nouvelle intéressante.

Depuis la publication de l’appel, les intéressés tiennent un discours plutôt chewing-gommeux, expliquant qu’il fallait distinguer le texte et la manif, qu’ils n’avaient pas bien lu, ou bien qu’ils croyaient l’appel lancé par la Ligue des droits de l’homme, etc. Adrien Quatennens, élu LFI interrogé ce matin par BFM TV, a pris ses distances avec le texte et expliqué qu’il ne pourrait pas se rendre à la manif, tout en l’approuvant. Même abstention pour François Ruffin, qui préfère aller jouer au football et déclare que ce défilé n’est «pas [s]on truc». Le PS a franchement dit qu’il ne souhaitait pas défiler avec un certain nombre de signataires et appelle à une mobilisation plus générale. Division, confusion, évitement, prise de tangente, gloubi-boulga…

La gauche de la gauche a décidément du mal à préciser les contours de son indiscutable antiracisme. Au cœur du problème : la définition de la laïcité, qui est pourtant très claire, mais qu’un certain nombre d’associations contestent ouvertement ou par la bande, au motif qu’il faut défendre les «dominés», même ceux qui sont hostiles à ladite laïcité. Ce qui revient à larguer l’un des principes fondateurs de la République… et de la gauche. Et quand on sait que les principaux propagateurs d’un islam politique antilaïque sont deux Etats, l’Iran chiite et l’Arabie Saoudite wahhabite, puissants et pour le second richissime de surcroît, on voit que le concept de «dominés» ratisse décidément très large.

LAURENT JOFFRIN
 
Publié dans:Politique |on 6 novembre, 2019 |1 Commentaire »

La Marine prend l’eau……………….(06/11/2019)

Par L’Obs avec AFP

Publié le 06 novembre 2019 à 07h26Du matériel de campagne surfacturé aux dépens de l’Etat et des intermédiaires soupçonnés de s’enrichir au passage : le Front national est jugé à partir de mercredi 6 novembre à Paris pour complicité des escroqueries attribuées à des proches de Marine Le Pen, dans les coulisses des législatives de 2012.

Six ans après les premiers soupçons, le FN, devenu Rassemblement national l’an dernier, comparaît devant le tribunal de Paris tandis que se poursuit une autre enquête sur le financement de la formation d’extrême droite, l’affaire des soupçons d’emplois fictifs chez les assistants de ses eurodéputés.

Au total, sept protagonistes – dont le trésorier du parti Wallerand de Saint-Just et l’eurodéputé Jean-François Jalkh – ainsi que trois personnes morales – le FN, la société de communication Riwal et le micro-parti Jeanne – seront jugés en correctionnelle du 6 au 29 novembre.

Ils sont impliqués à divers niveaux dans des accusations d’escroqueries, abus de biens sociaux, recels ou blanchiments, autour des législatives et de la présidentielle de 2012.

Unprochede Marine Le Pen au coeur du dossier

Un proche conseiller de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon, 51 ans, se trouve au coeur du dossier. Cet ancien chef du Gud, syndicat étudiant d’extrême droite, est accusé d’avoir mis en place un système frauduleux pour aider le FN, en proie à des difficultés récurrentes de financement, et d’en avoir profité pour s’enrichir, lui et ses proches.

Ni prévenue, ni convoquée comme témoin, la grande absente du procès sera la présidente du parti : Marine Le Pen, mise en examen dans l’affaire des eurodéputés, a en effet échappé aux poursuites dans ce dossier.

Pour les juges d’instructions Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi, c’est bien elle, à sa prise de pouvoir en 2011, qui a imposé au FN de travailler avec Frédéric Chatillon et sa société Riwal, devenue quasiment l’unique prestataire de communication du parti.

Mais les magistrats n’ont pas démontré qu’elle avait joué un rôle ou eu connaissance des montages financiers reprochés, selon leur ordonnance du 5 octobre 2016 sur le volet principal de l’affaire, celui des législatives de 2012.

Des kits decampagne surfacturés ?

Dans ce volet, Frédéric Chatillon, son associé Axel Loustau – autre ancien du Gud – et Jean-François Jalkh seront jugés pour « escroqueries » au préjudice de l’Etat. A l’époque, ils avaient obtenu que le FN oblige 525 candidats à souscrire des « kits » de campagne – tracts, affiches, site internet – fournis par Riwal au prix de 16 650 euros.

Les juges du pôle financier ont estimé que ce montage cachait des prestations « très largement surévaluées », indépendamment des réels besoins des candidats. Ils en ont conclu que le coût des kits était fixé pour obtenir le maximum du remboursement des frais de campagne, assuré par l’Etat pour les candidats dépassant 5 % des voix.

Pour acheter ce « kits », les candidats devaient contracter un prêt à intérêts auprès de Jeanne, une opération qualifiée par les magistrats de simple « aller-retour comptable ». La Commission des comptes de campagne (CNCCFP), qui avait validé le remboursement des « kits », avait en revanche refusé de compenser ces intérêts.

« Nous allons contester avec virulence ces accusations infâmantes », a déclaré à l’AFP l’avocat du FN, Me David Dassa-Le Deist. « Il est sidérant qu’après cinq ans d’instruction, l’accusation ne soit pas en mesure de chiffrer cette allégation de surfacturation », a-t-il expliqué, soulignant qu’« aucun texte ne fixe de tarif ».

Pour les magistrats instructeurs, Jeanne n’était qu’un faux-nez de Riwal, destiné à masquer le financement du FN par une personne morale : le FN se voit ainsi reprocher d’avoir obtenu de Riwal un crédit-fournisseur illégal de quelque 950 000 euros et de lui avoir facturé frauduleusement 412 000 euros d’impressions « largement surévaluées » liées à la présidentielle de 2012.

Pour l’avocat de Frédéric Chatillon et de Riwal, Me Alexandre Varaut, « il s’agit de relations commerciales ordinaires dans le monde extraordinaire de la politique ». Il entend démontrer que les tarifs de Riwal ne s’éloignent pas de ceux pratiqués par d’autres partis.

Dans un second volet ouvert en 2016, Jean-François Jalkh, le mouvement Jeanne et Frédéric Chatillon, un proche de Marine Le Pen au centre du dossier, seront également jugés lors de ce procès pour des montages financiers semblables, cette fois à l’époque des municipales et des européennes de 2014 ainsi que des départementales de 2015.

L'Obs

L’Obs avec AFP

Publié dans:Politique |on 6 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………(04/11/2019)

Libération 04 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Les calendesmacroniennes

Réforme de la retraite, ou retraite de la réforme ? Manifestement, le gouvernement se trouve pris entre ces deux écueils, tel Ulysse entre Charybde et Scylla. Sur le papier, dans le principe (et en pratique pour les cadres aujourd’hui ou dans certains pays scandinaves), le système par points est rationnel et équitable. Tous les salariés sont alignés sur un régime unique qui fait correspondre à chaque point de retraite accumulé au fil de la vie un même montant de pension. Fini les «régimes spéciaux», sources de comparaisons frustrantes entre catégories de salariés, notamment entre public et privé.

Deux bémols viennent troubler cette harmonieuse perspective. Les «régimes spéciaux» ne sont pas tombés du ciel. Ils découlent souvent des conditions «spéciales» dans lesquelles travaillent les salariés concernés. On conçoit que les militaires, par exemple, dont le métier consiste, entre autres, à risquer leur vie au service de leur pays, partent plus tôt. Et si les militaires sont admis à cette exception, pourquoi pas les policiers ? De même, certains métiers sont plus pénibles que d’autres. Comment en tenir compte ? Et qui en décidera ? On peut trouver d’autres exemples…

La réforme poursuit un deuxième but, implicite mais clair : faire des économies pour équilibrer le système à terme. Si bien que l’harmonisation des régimes se fait par le bas. Au lieu d’étendre des avantages à tout le monde, on les supprime pour certains. Entre harmonisation et vaste coup de rabot, la différence est mince. Dans quelque sens qu’on tourne la chose, on aboutit à une régression pour les assurés concernés, qui sont loin de gagner des mille et des cents. A un moment où l’ambiance sociale est inflammable, où plusieurs secteurs touchés par la réforme sont au bord de l’incendie – SNCF, RATP, hôpitaux, etc. – le gouvernement hésite à craquer l’allumette.

D’où les promesses répétées de concertation, de négociation, d’aménagements, formulées par les ministres et le Président. Mais si on aménage pour les uns, que diront les autres ? On en vient à envisager «la clause du grand-père», autrement dit l’application de la réforme aux seuls nouveaux embauchés. Ce qui rassure les travailleurs en place, mais crée, dans l’immédiat, un nouveau régime à côté des autres. On vise la simplification ; on commence par la complication.

Et comment se targuer d’une réforme dont les effets se feront sentir… dans quarante ans ? Il y avait les calendes grecques. Voici les calendes macroniennes. Jusqu’à maintenant, les gouvernements ont modifié les retraites par touches successives, ce qui a permis de limiter les déficits et d’assurer la pérennité de la répartition. Etait-ce une mauvaise méthode ? Bricolage, dit le macronisme rationalisateur. Certes. Mais il agite un projet cartésien et complet, au risque de le mettre en œuvre, si tout va bien… après 2050. Et entre-temps, il devra, lui aussi, bricoler.

LAURENT JOFFRIN
 
Publié dans:Politique |on 4 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

La l:ettre de Laurent Joffrin…………(31/10/2019)

Libération 31 octobre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

«Valeurs» du président actuel

Emmanuel Macron s’exprime sur l’immigration, le voile, l’islam… dans Valeurs actuelles, organe central de la droite silex. Il défend ses positions chez l’adversaire, dit-il. Comme s’il allait, exemples imaginaires, faire l’éloge de la chasse à courre dans Végan magazine ou parler du grand âge dans Fripounet et Marisette. C’est un genre.

«Il faut parler à tous les Français», dit-on à l’Elysée. Certes, mais le Président était resté plutôt discret sur ces sujets face à «tous les Français», justement. Il s’épanche soudain dans un hebdo d’extrême droite. Serait-ce à ses yeux le journal de «tous les Français» ? Ou bien devrait-il le devenir, obligeant «tous les Français» à acheter ce numéro de Valeurs actuelles, remarquable coup de pouce commercial ?

Apparemment, le Président entretient avec cette rédaction des rapports plus cordiaux qu’avec bien d’autres. Certes, il défend sur l’immigration des positions différentes, qu’on connaissait pour l’essentiel – «humanité mais fermeté». Mais il lâche au passage deux concessions un peu gênantes. Les associations de défense des migrants sont qualifiées de «droit-de-l’hommistes», terme péjoratif inventé naguère par Jean-Marie Le Pen. Faudrait-il se méfier des droits de l’homme ? La mère voilée du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, humiliée en public, serait, selon Macron, proche de l’islam politique et l’élu frontiste se serait fait «coincer». Drôle de réflexion : la mère en question, quelles que soient ses opinions, était dans son bon droit. Rien ne justifiait l’agression verbale de l’élu RN (que Marine Le Pen a d’ailleurs désapprouvée). Contamination inconsciente ?

Il faut craindre qu’il y ait là, non pas un paradoxe, mais une convergence d’intérêts. On en trouve la clé dans le sondage réalisé par Elabe pour BFM, publié mercredi. Sondage un peu théorique, puisqu’il mesure des intentions de vote à la présidentielle deux ans et demi avant le scrutin, ce qui transforme la marge d’erreur en gouffre abyssal. Mais cette photographie prématurée dessine tout de même un paysage, serait-il éphémère. Deux forces politiques émergent de l’enquête, toutes deux proches de 30% dans les intentions de vote : le RN et LREM. Les autres, LR, LFI, les Verts ou le PS étant ramenés à des dimensions lilliputiennes. Ce n’est plus Jupiter, c’est Gulliver…

Angoissantsondage quand on y pense : il programme un deuxième tour Macron-Le Pen en 2022. Bis repetita. Avec cette différence : privé de la séduction de la nouveauté, Macron arriverait très impopulaire dans le sprint final, à gauche notamment, et tout autant dans les classes populaires. Il serait donc sauvé par défaut : encore une fois, l’électeur non-macroniste voterait Macron, non pour approuver le sortant, mais pour barrer la route à son adversaire. Carte forcée qui risque d’indisposer fortement les antilepénistes non-macroniens. Le danger se voit comme le nez au milieu de la figure : une abstention massive, qui accroîtrait d’autant les chances de la candidate RN, surtout si elle a l’intelligence, tel Raminagrobis, de rentrer ses griffes le temps d’un vote. Le tête-à-tête Macron-Valeurs actuelles annonce, favorise, banalise le tête-à-tête centre droit-extrême droite qui élimine droite et gauche d’un seul mouvement. Le calcul a marché deux fois, pour Chirac en 2002, pour Macron en 2017. Tenter le diable une troisième fois, ce n’est plus de la stratégie. C’est de la roulette russe.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 31 octobre, 2019 |Pas de commentaires »
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