Archive pour la catégorie 'Politique'

Les ordonnances du bon docteur Jonas……………(23/09/2017)

Publié dans:Politique |on 23 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………………..(22/09/2017)

Libération 22 septembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le vilain petit Philippot

C’est le nouveau Calimero, le poussin noir maltraité, le vilain petit canard mis à l’écart par le reste de la portée, que sa mère ne protège pas… Florian Philippot, contraint au départ par la direction du Front national, a gagné son statut de victime de la discrimination frontiste. Pour un peu, il demanderait l’asile à la République, tel un réfugié afghan chassé par la guerre civile. Il y a un fond de vérité dans cette qualité que ne sont pas loin de lui attribuer une partie des commentateurs. Marine Le Pen a fait dans le débat contre Macron étalage de son incompétence. Il fallait trouver un bouc émissaire à ce lamentable ratage. Comme la présidente du Front national ne peut se limoger elle-même, elle a trouvé une victime expiatoire en la personne de son numéro 2, désormais condamné aux travaux forcés des responsables politiques marginaux. Philippot va essayer de gérer sa petite boutique des horreurs dans les ténèbres extérieures de la formation d’extrême droite, qui a survécu au « pu-putsch » mégrétiste, selon l’expression employée à l’époque par Jean-Marie Le Pen, et se remettra fort bien du «schi-schisme» philippotien. Le numéro 2 devenu numéro 0 tentera de survivre en s’alliant à d’autres grands blessés de la présidentielle comme Nicolas Dupont-Aignan. Celui-ci réunissait ses troupes dans une cabine téléphonique. A deux, ils pourront se mettre dans un abribus. Malédiction plus terrible encore, il pourrait être contraint, en souverainiste perdu dans le désert, de solliciter l’hospitalité d’Elisabeth Lévy, de Natacha Polony ou même d’Eric Zemmour…

Ironie du sort, ce patriote est l’indirecte victime du Léviathan qu’il dénonce depuis toujours : l’Europe unie. Considérant les sondages, écoutant leurs électeurs, les stratèges frontistes ont constaté que l’idée d’un «Frexit» caressée par Philippot inquiétait leurs soutiens dans la population. Réaliste, Robert Ménard, le meilleur politologue de Béziers, a dit tout haut ce que tant de frontistes murmuraient de moins en moins bas : la rhétorique anti-euro de Philippot et son tropisme «mélenchonien de droite» expliquent l’échec du FN à l’élection. «L’immigration, idiot !» disent les responsables frontistes, comme les conseillers de Bill Clinton répétaient en leur temps «l’économie, idiot !», ce qui a le mérite de simplifier le discours lepéniste et revient à la portée de sa présidente, qui s’est embourbée face à Macron dans les méandres de la réforme monétaire. La conclusion est claire : même dans l’électorat frontiste, on redoute une rupture avec l’Union. Sans rien dire et sans rien faire, l’Europe a précipité la chute de son procureur. Pour avoir oublié que l’immigration était l’alpha et l’oméga du discours d’extrême droite, Philippot subit le sort d’un simple sans-papiers : il est reconduit à la frontière.

Et aussi…

Les mouvements de protestation contre la loi travail se sont éparpillés façon puzzle. Le résultat ne s’est pas fait attendre : le nombre de manifestants a chuté de moitié d’une semaine à l’autre. Chacun a voulu montrer sa force. Pour l’instant, tout le monde montre sa faiblesse. Emmanuel Macron en profite pour mettre en scène la signature d’ordonnances qu’on aura bien du mal ne serait-ce qu’à amender. Pourquoi se gênerait-il ?

Theresa May a choisi le «soft Brexit» : elle honorera les engagements financiers de la Grande-Bretagne envers l’Union et propose une période de transition de deux ans après la séparation, pendant laquelle rien ou presque ne changera. Divorce à l’amiable ? Ou divorce à reculons ? On pense au Cid : «Va je ne te hais point…» Chimène May regretterait-elle déjà Rodrigue Juncker ?

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 22 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

Ordonnances…………………………(22/09/2017)

Publié dans:Politique |on 22 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………..(21/09/2017)

Libération 21 septembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Intégrés, les musulmans ? Oui

C’est une bonne nouvelle : on en parlera très peu. L’Agence européenne des droits fondamentaux a organisé un sondage dans les pays de l’Union auprès de 10500 personnes s’identifiant comme musulmanes. Les résultats obtenus dérangeront beaucoup de monde : les populistes xénophobes qui nous parlent du «grand remplacement» (des chrétiens par les musulmans) ou agitent dans leur paranoïa le spectre d’une prochaine guerre civile entre les musulmans et les autres, tels des journaux comme Valeurs actuelles et quelques autres feuilles d’extrême droite ; mais ils gêneront aussi, sur la frange symétrique, les théoriciens irresponsables du mouvement «décolonial» et les militants communautaires agressifs comme le Parti des indigènes de la République (PIR) et quelques autres. Alors que les uns et les autres postulent que les musulmans s’intègrent très mal aux pays où ils résident, soit parce qu’ils cultiveraient leur particularisme, soit parce qu’ils se révolteraient contre la «domination coloniale» dont ils seraient l’objet, les réponses données par cet échantillon nombreux et transnational invalident d’un coup deux thèses qui se regardent en chiens de faïence. En fait, les immigrés et leurs enfants originaires de pays musulmans manifestent «un degré de confiance dans les institutions démocratiques qui est bien plus élevé que dans la population en général». Autrement dit, les musulmans croient plus aux promesses républicaines – ou démocratiques – que les non-musulmans. Quelque 76% des personnes interrogées ressentent un attachement fort au pays où elles résident. Elles témoignent même un peu plus que les autres Européens de leur confiance envers la justice et la police…

Diable ! Voilà qui devrait troubler toutes sortes de préjugés. Difficile, tout de même d’y voir autre chose que de la volonté – générale chez les immigrés et leurs enfants ou petits-enfants, dans tous les pays – de se fondre dans la population autochtone et de vivre pacifiquement comme tout un chacun, en réclamant non un droit à la différence mais un droit à l’indifférence. D’autant qu’une autre enquête, menée par la fondation allemande Bertelsmann auprès d’un large échantillon et publiée au début de septembre, aboutissait à des résultats très comparables. Ce qui ne veut pas dire que tout va bien dans le meilleur des mondes européens : les mêmes se plaignent évidemment des discriminations dont ils sont victimes. Mais ils croient toujours que les démocraties de l’Union sauront, un jour ou l’autre, y remédier en mettant en œuvre leurs propres principes. Bref, les musulmans, quoique soumis à un traitement injuste, mais confiants dans les pays dont ils sont devenus des citoyens aussi civiques que les autres, pensent que les pays d’Europe leur rendront un jour justice. Voilà qui gênera beaucoup de gens. Voilà qui ne fera pas la une du Figaro. Mais rassurons-nous : les militants des deux bords, confits de certitude, éviteront soigneusement d’en tenir compte. Et même de le lire…

Et aussi

Comme prévu, Florian Philippot n’est plus au FN. Marginalisé, il a préféré quitter le navire. L’idée d’une convergence des souverainistes de tous les bords disparaît avec lui. Fidèle au père fondateur, le Front se replie sur son identité d’origine. Quand on est identitaire, ce n’est guère surprenant : facho un jour, facho toujours. Ce n’est pas le premier «dédiabolisateur» qui prend la porte. Bruno Mégret avait en son temps éprouvé la difficulté de défier la famille Le Pen. Les responsables du FN disent que le parti surmontera sans difficultés la crise. Pour une fois, ils ont sans doute raison : la scission mégretiste était autrement plus massive (la majorité des cadres du mouvement l’avaient quitté). Jean-Marie Le Pen avait remonté la pente en deux ou trois ans. Sa fille, il faut le craindre, ira plus vite…

La CGT estime que la mobilisation de cet après-midi contre la loi Travail est «équivalente» à celle de la semaine dernière. Comme la centrale a été prise dix fois en flagrant délit d’exagération, il est à craindre pour le mouvement que cette «équivalence» soit le signe d’un essoufflement.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 21 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

Du balai, raoust……………………..(21/09/2017)

Publié dans:Politique |on 21 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………..(20/09/2017)

Libération 20 septembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Une baliverne hype

La nouvelle épuration qui se profile au FN n’aura pas seulement des conséquences sur l’avenir du parti frontiste. Elle contribuera à dégonfler une de ces balivernes «hype» qui signalent les commentateurs fatigués : le fameux «dépassement du clivage droite-gauche». Florian Philippot en est l’un des hérauts. Antieuropéen et social, s’adressant au «peuple patriote» au-delà de la césure classique, son projet est en passe d’être brutalement invalidé. Il est même possible que lui-même soit expulsé du parti tel un migrant indésirable…

Beaucoup au FN imputent en effet la déconvenue présidentielle de Marine Le Pen à la rhétorique anti-euro et à la «gauchisation» du parti dont l’énarque mangeur de couscous est le théoricien. Ils veulent revenir aux «fondamentaux» frontistes : haro sur l’immigration, obsession sécuritaire, leitmotiv identitaire, cajoleries diverses à l’égard de la clientèle traditionnelle héritée du poujadisme, commerçants, artisans, indépendants, etc. C’est-à-dire revenir clairement à la droite de la droite et non plus rêver d’une improbable planète «ni droite-ni gauche» perdue dans l’espace sidéral des chimères politiques.

Dans le même temps, on s’aperçoit que l’autre apôtre du «dépassement des clivages anciens», Emmanuel Macron, mène en fait une politique libérale de centre droit, c’est-à-dire qu’il rappelle moins le Jupiter tonnant voué au renouveau de la politique que le Giscard chuintant classiquement libéral et européen. De plus en plus, En marche claudique sur sa jambe droite, dans le domaine économique et social en tout cas, confirmant le diagnostic de Mitterrand : les centristes ne sont ni de gauche ni de gauche.

Faut-il s’en étonner ? Pas vraiment : si l’on y regarde bien, le débat français sépare toujours et encore ceux qui veulent une économie libérale et une société conservatrice, et ceux qui veulent un meilleur partage et une société plus libre. En témoignent la controverse sur la loi Travail – la droite est pour, la gauche contre – ou bien celle qui se développe sur la PMA – la gauche est pour, la droite contre. Les esprits de bon sens remarqueront que toutes les grandes démocraties – toutes – se divisent politiquement entre conservateurs et progressistes, républicains et démocrates, CDU et SPD, Tories et travaillistes, pro-Trudeau et antis, etc. Pourquoi la France, qui a inventé les termes mêmes de droite et de gauche, échapperait-elle soudain à la règle ?

Et aussi

• Charlie déconcerte. Depuis toujours voué à la libération des mœurs, à l’égalité des genres, à la défense des minorités, l’hebdo ami devient soudain sérieux comme un pape pour lancer une charge peu satirique et très Manif pour tous contre la PMA que le candidat Macron a promis d’ouvrir aux femmes seules et aux homosexuelles. Cette revendication des intéressées, écrit Gérard Biard, rédacteur en chef, «est parfaitement absurde […] sauf à considérer qu’il y a bien un « droit à l’enfant » – ou plutôt un droit à produire un enfant – et que l’on veut absolument, quel qu’en soit le prix, promouvoir une société où un gosse, c’est comme une Rolex». On a déjà répondu dans cette lettre à l’argument du «droit à l’enfant» soi-disant inexistant, thèse centrale de Ludovine de la Rochère et de ses émules. Or ce droit est aujourd’hui réservé par la loi aux couples hétéros (qui peuvent recourir à la PMA, même avec donneur anonyme, c’est-à-dire sans père biologique connu) et dénié aux homosexuelles, ce qui sous-entend que les homos sont par nature des mauvais parents, ce qu’aucune étude sérieuse ne vient attester, ou des parents illégitimes, préjugé que semble partager Gérard Biard.

• Après un bon discours à l’ONU, Emmanuel Macron a répondu aux questions de Christiane Amanpour de CNN, sur sa diplomatie, mais aussi sur la politique intérieure française. Interrogé sur ce choix, le président a répondu que la presse française était «narcissique» et ne s’intéressait qu’à des histoires de communication. Attaque parfaitement gratuite : la plupart journaux ont publié de nombreux articles, dossiers, tribunes, enquêtes sur le contenu de la politique Macron, sur ses conséquences pour les Français, sur ses soubassements idéologiques ou techniques. C’est le B.A. BA de la communication aujourd’hui : pour communiquer, il faut toujours commencer par fustiger «la communication» et taper sur la presse «narcissique» et «superficielle». Dans son style plus rustique, Trump ne fait pas autre chose.

• Son siège de Solférino étant voué à la vente, le PS cherche un nouveau local national. Un responsable a suggéré de l’installer au métro Aubervilliers Front Populaire, sur la ligne 12. Un autre, plus facétieux, a suggéré la station Robespierre. On peut aussi penser à Voltaire-Léon Blum, Bibliothèque François Mitterrand, ou encore à la station Jaurès. Compte tenu de l’actuelle discrétion du parti, les mauvaises langues proposeront plutôt le métro La Muette.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 20 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

Aie, aie, aie……………………….(19/09/2017)

Publié dans:Politique |on 19 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……………..(19/09/2017)

Libération 19 septembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

La liste de Wauquiez

Le détail est savoureux. Laurent Wauquiez, héraut de la «droite de droite», confie à Valeurs actuelles, à la suite de considérations sur le mariage pour tous, la PMA ou la GPA, qu’il tient son inspiration de quelques intellectuels fort médiatiques, dont il dresse spontanément la liste non exhaustive : «Finkielkraut, Houellebecq, Le Goff, Bellamy…» et qu’il qualifie fort justement «d’intellectuels de droite». La chose n’est guère étonnante et serait même banale si l’on ne se remémorait d’anciens épisodes. Au tournant du siècle, un autre intellectuel, Daniel Lindenberg, historien des idées, avait déjà énuméré un certain nombre d’écrivains et de penseurs – les mêmes et quelques autres – qu’il jugeait embarqués dans une dérive droitière significative de l’air du temps conservateur qui commençait de prévaloir. Des journaux de gauche – le Nouvel Observateur, Libération – avaient donné un écho journalistique à cette constatation en qualifiant cette escouade, ou cette avant-garde, «d’intellos réacs». Aussitôt les intéressés et leurs avocats avaient hurlé à «l’amalgame», au «pilori», à la «dénonciation publique», sitgmatisant à grands cris d’orfraie ces auteurs ou ces journaux qui «dressent des listes» au nom de la «bien-pensance», se présentant aussitôt en martyrs de «la pensée unique», en non-conformistes réprimés par l’appareil médiatique, en résistants héroïques en butte à la tyrannie d’une gauche «robespierriste».

Quinze ans plus tard, alors que la qualité d’intellos réacs des intéressés s’est vérifiée cent fois aux yeux de quiconque examine de bonne foi la scène intellectuelle, ce n’est plus la «bien-pensance» qui «dresse des listes», c’est le représentant patenté de la droite conservatrice et fière de l’être, qui affirme hautement sa parenté avec les idées des anciennes victimes du sectarisme supposé de la gauche. On attend évidemment les protestations des intéressés…

En fait, Lindenberg et les journaux qui ont répercuté son diagnostic prémonitoire avaient évidemment cent fois raison. A cette gauche lucide, Wauquiez apporte un soutien involontaire mais éclatant. En fait, les plaintes déchirantes d’Alain Finkielkraut et des autres, à l’époque, n’avaient d’autre objet que de se présenter comme des symboles de la pensée libre, des opprimés du Big Brother progressiste, des Jean Moulin de l’intellect pourchassés par les sbires de l’orthodoxie. Vaste blague, dans la mesure où ce sont eux qui ont bénéficié, au fil de ces quinze ans, de la sollicitude bénévolente des médias soi-disant ligotés, alors qu’ils refilaient sous couvert d’originalité les thèses les plus éculées de la réaction à la française.

La confidence de Wauquiez boucle la boucle. La vérité sort de la bouche de «l’enfant-Sarkozy», qui s’appuie sur ce travail opiniâtre de restauration pour «renouveler» le logiciel de la droite française. Les «intellos-réacs» l’étaient effectivement, et sont maintenant, en termes gramsciens, les «intellectuels organiques» du vaste retour en arrière promis par le parti LR post-Fillon. Souvent, comme dans les années 30, le non-conformisme cache la volonté tenace de s’enrégimenter…

Et aussi

• Un nouveau sondage, Odoxa France Inter cette fois-ci, mesure la baisse de popularité de l’exécutif. Philippe et Macron chutent nettement dans l’opinion. A vrai dire, il ne fait que confirmer les autres enquêtes : il a pour point de référence un autre sondage du même institut réalisé au mois de juin. Il faut attendre d’autres enquêtes pour savoir si la baisse de l’été se poursuit ou bien se tasse. La vraie nouveauté concerne Jean-Luc Mélenchon, qui domine désormais de très loin les autres représentants de la gauche. Décidément, le duo se met en place : un tête-à-tête Macron-Mélenchon, qui sied aux deux protagonistes.

• Bientôt la purge au FN ? Florian Philippot est sommé par Marine Le Pen de choisir entre le parti frontiste et le petit mouvement qu’il a lancé pour son compte personnel. Comme on dit dans les entreprises : le numéro 2 du Front est plus près de la porte que de l’augmentation.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 19 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………………..(19/09/2017)

La lettre de Laurent Joffrin.......................(19/09/2017) dans Politique cleardot
Libération 18 septembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Macron, le neuf, le vieux

Décidément le nouveau monde est en marche. Les députés macronistes se réunissent deux jours dans le but de se connaître mieux et de coordonner leur action au Parlement. Ces quelque 300 élus, souvent neufs en politique, n’ont pas eu le temps pendant un été très actif, de repérer qui était qui dans cette Assemblée nationale massivement renouvelée. On appelait jadis ce genre de rencontre des «journées parlementaires». Du passé faisons table rase ! Les députés d’En marche se réunissent en «séminaire», ce qui n’a rien à voir.

Fidèles à leur culture managériale, ils ont confié l’organisation de leur jamboree à une boîte de «coworking» (autrement dit de «travail en groupe», mais «coworking» est plus chic…), appelée Up and Co (en vieux français : «En haut et Ensemble»). Certes, on a évité le week-end de «team-building» («instauration d’un esprit d’équipe», dans l’ancien monde) avec descente de rapides en canoë, escalade dans la forêt de Fontainebleau et guitare autour d’un feu de camp. Mais on travaillera en «small units» – «en petits groupes» – de manière à créer auprès des nouveaux élus un «effet wahoo» – un enthousiasme collectif – propre à motiver les fantassins de la révolution en cours. Au menu : mieux spécialiser par sujet les parlementaires néophytes de manière à résister aux objections techniques que peuvent leur opposer les élus plus expérimentés, apprendre à répondre au tac au tac aux interpellations en séance ou en commission, s’organiser pour assurer une présence continue des hommes et femmes du président dans les médias, garder le contact avec les «helpers» – les adhérents – qui pourraient considérer qu’une fois élus, les représentants du mouvement se coupent de la vraie vie.

On mesure facilement le caractère inédit («innovant», dans le nouveau monde) de l’exercice. Les élus LREM veulent se professionnaliser en politique, rationaliser leur travail au Parlement, répondre coup pour coup à l’opposition en développant leurs capacités oratoires et leur connaissance des dossiers, utiliser mieux les moyens d’information pour défendre l’action du gouvernement, maintenir des liens étroits avec les militants. Bref se mettre en ordre de bataille pour mieux soutenir et nourrir les mesures prévues par le président de la République et peser sur l’opinion en affinant et en démultipliant leur discours. Dans l’ancien monde – mais on hésite à l’écrire – il existait un mot pour désigner ce genre d’organisation, un mot maladroit et ringard à souhait : un parti politique.

Et aussi

Pierre Laurent se rebiffe. Martyrisé depuis de longs mois par La France insoumise, le chef de file du Parti communiste a pris la mouche. Son discours à la Fête de l’Humanité, d’abord dirigé contre la politique d’Emmanuel Macron, s’est également attaqué à l’attitude, à ses yeux agressive et méprisante, des mélenchonistes à son égard. Il a aussi appelé à l’unité de la gauche. Il a raison, à coup sûr : divisée, l’opposition n’a aucune chance de peser vraiment sur la politique du gouvernement. Mais son appel sonne un peu creux : le vrai but de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas de s’allier avec le PCF (pas plus qu’avec le PS d’ailleurs) mais de les détruire.

• La protestation contre la loi travail commence à s’étendre. Plusieurs catégories, plusieurs syndicats, ou bien, à l’intérieur du même syndicat, plusieurs fédérations, se joignent au mouvement. Seulement voilà : chacun veut manifester de son côté. C’est une convergence dans la désunion, ou bien une union dans la divergence. L’énumération des actions prévues (manifestations, journées d’action, débrayages, etc.) tourne même au ridicule. Chacune émanant d’un groupe différent, des actions auront lieu le 18 (aujourd’hui), le 21, le 23, le 25, le 28 septembre, le 3 et le 10 octobre. Soit sept protestations séparées. Suggestion utile pour venir en aide à ce mouvement unitaire d’un genre nouveau, c’est-à-dire complètement éclaté : avant le 10 octobre, il reste encore une douzaine de dates libres. Pour sauvegarder l’indépendance de chacun, il serait bon de nommer une commission arbitrale qui attribuerait les jours vacants à ceux qui les rejoindront, à la manière dont la Haute Autorité des communications attribue les fréquences libres. Ainsi, la contestation de la loi Pénicaud serait assurée de se manifester en ordre harmonieusement dispersé.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 19 septembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………………(18/09/2017)

La lettre de Laurent Joffrin.....................(18/09/2017) dans Politique cleardot
Libération 18 septembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Macron, le neuf, le vieux

Décidément le nouveau monde est en marche. Les députés macronistes se réunissent deux jours dans le but de se connaître mieux et de coordonner leur action au Parlement. Ces quelque 300 élus, souvent neufs en politique, n’ont pas eu le temps pendant un été très actif, de repérer qui était qui dans cette Assemblée nationale massivement renouvelée. On appelait jadis ce genre de rencontre des «journées parlementaires». Du passé faisons table rase ! Les députés d’En marche se réunissent en «séminaire», ce qui n’a rien à voir.

Fidèles à leur culture managériale, ils ont confié l’organisation de leur jamboree à une boîte de «coworking» (autrement dit de «travail en groupe», mais «coworking» est plus chic…), appelée Up and Co (en vieux français : «En haut et Ensemble»). Certes, on a évité le week-end de «team-building» («instauration d’un esprit d’équipe», dans l’ancien monde) avec descente de rapides en canoë, escalade dans la forêt de Fontainebleau et guitare autour d’un feu de camp. Mais on travaillera en «small units» – «en petits groupes» – de manière à créer auprès des nouveaux élus un «effet wahoo» – un enthousiasme collectif – propre à motiver les fantassins de la révolution en cours. Au menu : mieux spécialiser par sujet les parlementaires néophytes de manière à résister aux objections techniques que peuvent leur opposer les élus plus expérimentés, apprendre à répondre au tac au tac aux interpellations en séance ou en commission, s’organiser pour assurer une présence continue des hommes et femmes du président dans les médias, garder le contact avec les «helpers» – les adhérents – qui pourraient considérer qu’une fois élus, les représentants du mouvement se coupent de la vraie vie.

On mesure facilement le caractère inédit («innovant», dans le nouveau monde) de l’exercice. Les élus LREM veulent se professionnaliser en politique, rationaliser leur travail au Parlement, répondre coup pour coup à l’opposition en développant leurs capacités oratoires et leur connaissance des dossiers, utiliser mieux les moyens d’information pour défendre l’action du gouvernement, maintenir des liens étroits avec les militants. Bref se mettre en ordre de bataille pour mieux soutenir et nourrir les mesures prévues par le président de la République et peser sur l’opinion en affinant et en démultipliant leur discours. Dans l’ancien monde – mais on hésite à l’écrire – il existait un mot pour désigner ce genre d’organisation, un mot maladroit et ringard à souhait : un parti politique.

Et aussi

Pierre Laurent se rebiffe. Martyrisé depuis de longs mois par La France insoumise, le chef de file du Parti communiste a pris la mouche. Son discours à la Fête de l’Humanité, d’abord dirigé contre la politique d’Emmanuel Macron, s’est également attaqué à l’attitude, à ses yeux agressive et méprisante, des mélenchonistes à son égard. Il a aussi appelé à l’unité de la gauche. Il a raison, à coup sûr : divisée, l’opposition n’a aucune chance de peser vraiment sur la politique du gouvernement. Mais son appel sonne un peu creux : le vrai but de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas de s’allier avec le PCF (pas plus qu’avec le PS d’ailleurs) mais de les détruire.

• La protestation contre la loi travail commence à s’étendre. Plusieurs catégories, plusieurs syndicats, ou bien, à l’intérieur du même syndicat, plusieurs fédérations, se joignent au mouvement. Seulement voilà : chacun veut manifester de son côté. C’est une convergence dans la désunion, ou bien une union dans la divergence. L’énumération des actions prévues (manifestations, journées d’action, débrayages, etc.) tourne même au ridicule. Chacune émanant d’un groupe différent, des actions auront lieu le 18 (aujourd’hui), le 21, le 23, le 25, le 28 septembre, le 3 et le 10 octobre. Soit sept protestations séparées. Suggestion utile pour venir en aide à ce mouvement unitaire d’un genre nouveau, c’est-à-dire complètement éclaté : avant le 10 octobre, il reste encore une douzaine de dates libres. Pour sauvegarder l’indépendance de chacun, il serait bon de nommer une commission arbitrale qui attribuerait les jours vacants à ceux qui les rejoindront, à la manière dont la Haute Autorité des communications attribue les fréquences libres. Ainsi, la contestation de la loi Pénicaud serait assurée de se manifester en ordre harmonieusement dispersé.

Laurent Joffrin
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