Archive pour la catégorie 'Politique'

Vive la démocratie…………………………(29/02/2020)

Logo Francetv info 17H32
ALERTE INFO
Retraites : Edouard Philippe annonce le recours à l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter sans vote le projet de réforme
Cliquez ici pour plus d’informations
Publié dans:Politique |on 29 février, 2020 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………(13/02/2020)

Libération 13 février 2020
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Pénibilité : un gouvernement pénible

Pendant la protestation, les négociations continuent. Les syndicats «réformistes», CFDT en tête, discutent d’arrache-pied pour amender le projet gouvernemental, dont elles acceptent le principe mais contestent vigoureusement les modalités. Les syndicats «radicaux», CGT en tête, exigent toujours, sans grand espoir, le retrait pur et simple du projet. Ce qui débouche sur un paradoxe : au bout du compte, si les choses continuent selon le même scénario, ce sont les organisations les plus modérées qui auront amélioré le sort des retraités tandis que les plus radicales n’auront rien obtenu, sinon la satisfaction de dénigrer les autres centrales. Peut-être un jour le syndicalisme français méditera-t-il sur les avantages respectifs de la négociation et du «tout ou rien» ?

Point essentiel : la pénibilité, question sur laquelle le Medef et le gouvernement sont d’une pénible lenteur. Par ce biais, les «réformistes» cherchent à corriger une des grandes injustices du système actuel. Rappelons-le : il existe une différence d’environ dix années entre l’espérance de vie des classes supérieures et celle des classes pauvres, dixit l’Insee. Les premières vivent en moyenne jusqu’à plus de 80 ans, les secondes autour de 70 ans. Sachant cela, il est clair qu’un système uniforme avantage les unes et pénalise les autres. Le philosophe André Senik, lecteur vigilant de cette lettre (et qui n’est pas de gauche), abonde en ce sens : «Le calcul de l’âge du départ à la retraite, écrit-il, devrait intégrer la donnée bien objectivable qu’est l’espérance de vie, laquelle varie selon les métiers, les catégories sociales et les sexes. Pourquoi alors s’obstine-t-on à substituer le critère de la pénibilité à celui de l’espérance de vie ?» Pourquoi, en effet ?

En attendant cette percée conceptuelle, on discute donc de la «pénibilité», qui reflète imparfaitement les espérances de vie (qui dérivent aussi des conditions générales d’existence hors travail, mais qui en est une composante). La pénibilité a été introduite en France pendant le quinquennat Hollande, selon huit critères, réduits à quatre par le gouvernement Philippe sous la pression du Medef. Les syndicats voudraient les réintroduire et demandent que le nouveau système «compense» la dureté des tâches par un départ plus précoce à la retraite. Le Medef dénonce une «usine à gaz» (il faut mesurer cette pénibilité jour après jour, ce qui oblige les entreprises à remplir des formulaires). Comme toujours, le patronat oppose paperasserie et justice sociale, comme si les deux notions pouvaient s’annuler. Si l’on s’était arrêté à cet argument, on aurait laissé le droit du travail dans l’état où il se trouvait au XIXe siècle. Même indirecte et imparfaite, la mesure de la pénibilité tend néanmoins à pallier la disparité des espérances de vie. C’est un point-clé, sur lequel l’opinion devrait se concentrer autant que sur la poursuite de la protestation. Il ne suffit pas de lutter : il faut aussi obtenir des avancées.

LAURENT JOFFRIN
 
Publié dans:Politique |on 13 février, 2020 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………..(07/02/2020)

Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Ruissellement vers le haut

On n’a peut-être pas assez souligné les résultats de l’étude réalisée par l’OFCE, think tank keynésien (plutôt de gauche, mais aussi sérieux et précis dans le maniement des chiffres). Il en ressort une chose très simple : l’étiquette de «président des riches» accolée de manière polémique à Emmanuel Macron au début du quinquennat correspond bien au contenu du flacon.

Analysant sur deux ans l’effet des décisions fiscales et budgétaires arrêtées par le gouvernement Philippe, l’OFCE montre qu’une grande partie des douceurs sonnantes et trébuchantes dispensées par l’Etat depuis 2017 est allée aux plus aisés, tandis que les réformes du logement et des allocations chômage ont fait diminuer le revenu des Français les plus défavorisés (de 5%). Ainsi le «ruissellement», qui est censé justifier les politiques libérales, a bien eu lieu. Mais à l’envers. Selon un phénomène gravitationnel étrange, l’argent a ruisselé… vers le haut, ce qui surprendra les physiciens, mais pas les économistes habitués à examiner l’effet des médications libérales administrées dans les grands pays depuis la «révolution conservatrice» des années 80. Les «premiers de cordée» célébrés par le régime ont obtenu les récompenses qui s’attachent à leur statut. Les autres ont dû, en proportion, serrer un peu plus autour de leur taille, à la manière d’une ceinture, la corde censée les relier à leurs compatriotes.

Une nouvelle fois, s’il en était besoin, on perçoit la différence qui sépare les politiques de gauche des politiques de droite. Sous Hollande, dans une mesure modérée mais très réelle, les inégalités évaluées par le fameux coefficient de Gini s’étaient réduites. Elles s’accroissent ensuite. Ainsi le «nouveau monde» promu par la macronie est plus inégalitaire que l’ancien. Ainsi le «néisme» (la passion de la nouveauté) n’est pas toujours synonyme de progrès social.

Les accusés se défendront en soulignant que l’emploi, en compensation, s’est amélioré et que le chômage a connu une décrue lente mais significative. Chose incontestable. Mais là encore, les chiffres nous éclairent. Un lecteur attentif de cette lettre, Jean-Marie Battiston, banquier de philosophie libérale, mais lui aussi précis dans ses analyses, nous a fait remarquer que le redressement de l’emploi a commencé avant l’élection d’Emmanuel Macron, dès le milieu de l’année 2016, même s’il est survenu trop tard pour permettre à l’ancien président de se représenter.

Paradoxe : l’un des protagonistes de ce redressement, alors ministre de l’Economie, s’appelait Emmanuel Macron. La conclusion s’impose d’elle-même : à la faveur de l’élection présidentielle, la chrysalide de centre gauche est devenue un papillon de droite.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 7 février, 2020 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………(03/12/2019)

Consultez la version en ligne
Libération 06 décembre 2019
Laurent Joffrin
La lettrepolitique
de Laurent Joffrin

Revanchesyndicale

Une journée de protestation, mais aussi une journée de revanche. Les centrales syndicales, qu’on disait moribondes, décalées, incapables de mobiliser les salariés, dépassées par les nouvelles formes de lutte, abonnées aux manifs sans manifestants, ont fait cette fois la démonstration de leur maîtrise et de leur représentativité.

Mauvaise nouvelle pour le gouvernement, qui doit faire face à une protestation massive. Mais si on laisse de côté le débat politique immédiat, bonne nouvelle, au fond, pour la démocratie sociale. Il apparaît cette fois qu’une manifestation déclarée, sur un itinéraire prévu d’avance, avec un service d’ordre aguerri et des mots d’ordre clairs, peut atteindre ses objectifs (immédiats en tout cas), réduire à la portion congrue les minorités violentes qui auraient pu entacher le défilé de leurs actions illégales et contre-productives.

A lire aussi : Notre dossier «Retraites, une réforme contestée»

Ces cortèges massifs et pacifiques, à Paris et dans le reste de la France, contrastent évidemment avec ceux des gilets jaunes, qui exprimaient une colère sincère mais refusaient toute logique de représentation ou de négociation et donnaient lieu à des débordements, facilités par une absence quasi totale d’organisation. On dira que ces violences ont obligé Emmanuel Macron à lâcher du lest (quelque 17 milliards…). Mais une fois ces concessions obtenues, le mouvement s’est poursuivi en vain.

Et surtout, la démonstration de force syndicale a déjà eu des effets : le gouvernement s’apprêterait à des concessions importantes dans l’espoir d’apaiser le mouvement, avec un Premier ministre qui se défend de vouloir «la confrontation». Si ces informations se confirment, l’adaptation des régimes spéciaux sera lissée dans le temps, les profs obtiendront des garanties et le pilotage du système sera délégué à un organisme paritaire. Ce n’est pas le retrait du projet. Mais ce sont des atténuations tangibles. Autrement dit, l’action sociale pacifique, à condition qu’elle soit massive, a aussi des effets. Une manière de faire rentrer dans le jeu ces «corps intermédiaires» qu’Emmanuel Macron a ostensiblement snobés au début de son mandat, à son grand détriment, mais qui sont les piliers décisifs de la démocratie sociale.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 6 décembre, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(05/12/2019)

Consultez la version en ligne
Libération 05 décembre 2019
Laurent Joffrin
La lettrepolitique
de Laurent Joffrin

Unspectre hante la macronie

Ça part fort. Des centaines de milliers de manifestants (un million selon la CGT), 250 cortèges petits et grands, des taux de grévistes élevés, dans les transports comme dans l’Education nationale, une grève aussitôt reconduite à la RATP et à la SNCF, des grévistes aussi dans le secteur privé, des raffineries arrêtées. Le gouvernement peut se dire que d’autres mouvements, ces dernières années, ont réuni des défilés aussi importants, que les grévistes vont s’user, que l’opinion est partagée, etc. Mais pour l’instant, le gain de la journée est aux syndicats, qui entendent pousser leur avantage. La «team Philippe» n’échappera pas à l’épreuve de vérité.

À LIRE AUSSIA Paris, des manifestants «remontés comme jamais»

Le Premier ministre a déjà prévu un certain nombre de concessions, qu’il pourrait annoncer la semaine prochaine : un report des mesures d’économie, la mise en place immédiate d’un organe paritaire de gestion des retraites, un calendrier assoupli pour les régimes spéciaux, des assurances pour les profs… Il peut en espérer un dialogue avec la CFDT et une baisse de tension qui permettraient de faire passer le principe de la réforme, quitte à a modifier son application. Mais à écouter les manifestants, à lire les déclarations des grévistes, une drôle d’impression se fait jour : comme on le subodorait, il apparaît, en filigrane, que le mouvement dépasse de beaucoup la simple question des régimes spéciaux ou de la retraite à points. Beaucoup redoutent des mesures qui les visent directement. Mais d’autres protestent contre une réforme qui ne les concerne pas, d’autres encore se fondent sur des chiffres exagérés et sur des menaces fantômes, d’autres enfin laissent de côté la réforme et ciblent Macron, ses discours, son style, sa politique, sa personne, comme si le procès intenté dès l’origine – le «président des riches» – n’en finissait pas d’être instruit.

À LIRE AUSSIA Montpellier, les jeunes manifestent pour la retraite et la planète

On connaît le risque de ce genre de situation quand elle se prolonge : aussi rationnel soit-il, le verbe gouvernemental devient inaudible et c’est le pouvoir dans son ensemble qui est indistinctement rejeté. Le mouvement de colère transcende alors le mouvement social, rendant les compromis impossibles. N’anticipons pas. A la différence de l’épisode gilets jaunes, le gouvernement a en face de lui, non une protestation insaisissable, sans leaders ni stratégie, mais des directions syndicales rompues au rapport de force et à la négociation, qui prennent aujourd’hui un début de revanche et rétablissent leur légitimité. Ce qui laisse un espace à la discussion. Mais parions que dans les replis des consciences ministérielles, le spectre de 1995 prend de la consistance.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 5 décembre, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……..(03/12/2019)

Consultez la version en ligne
Libération 03 décembre 2019
Laurent Joffrin
La lettrepolitique
de Laurent Joffrin

Vade retro, Conseil déontologique !

La création d’un «Conseil de déontologie journalistique et de médiation», qui a tenu sa première séance lundi 2 décembre, suscite une polémique furibarde qui divise l’auguste profession, dont certaines éminences ont sonné le tocsin pour dénoncer une tentative de mise au pas de la presse.

Cette instance en gestation ne prononcera aucune sanction, ne comprendra aucun représentant du gouvernement et cherchera seulement à améliorer la pratique et l’image d’une profession décriée (taux de confiance : 24%) en recueillant les plaintes du public pour tenter de juger de leur pertinence, dans des avis indicatifs élaborés en commun. En dépit de toutes ces assurances, elle a suscité des réactions où, il faut bien le dire, le sophisme le dispute à la mauvaise foi.

Le projet, accusent ses contempteurs, est d’initiative gouvernementale. Outre que l’affirmation est inexacte – on en discute au sein de la profession depuis des lustres – cette remarque n’a guère de sens. Si le gouvernement dit qu’il fait jour à midi, faut-il proclamer aussitôt, pour démontrer son indépendance d’esprit, qu’on n’y voit goutte à cette heure-là ? Le projet doit être jugé en lui-même, bon ou mauvais, et non en fonction de son origine.

Menace-t-il la liberté de la presse ? Ce genre de conseil existe dans une centaine de pays, dont dix-huit en Europe. A suivre ces procureurs, la liberté de la presse serait honteusement comprimée en Suède, en Allemagne, en Belgique, au Canada et dans maints pays démocratiques. Supposition ridicule.

On ajoute aussitôt que le gouvernement Philippe a fait voter deux lois très critiquables, l’une sur les fausses nouvelles, l’autre sur le secret des affaires, ce qui invaliderait sa démarche. Nouveau sophisme. Le projet doit être jugé pour lui-même, non à la lumière d’autres textes. Si un gouvernement met en avant trois projets, deux mauvais et un bon, faut-il déclarer le troisième inacceptable au prétexte que les deux premiers le sont ? D’autant que le gouvernement ne sera en aucune manière représenté dans ce conseil qu’on voue aux gémonies. Simple posture qui consiste à se draper dans l’indépendance pour ne pas discuter du fond.

On ajoute alors qu’une loi sur la presse régule la profession depuis 1881 et qu’elle donne satisfaction. Quel besoin d’y ajouter une instance déontologique ? C’est ignorer volontairement qu’il existe, dans l’interstice des lois, une zone grise où les erreurs de la presse peuvent se glisser, volontairement ou non. Une série documentaire consacrée à l’affaire dite «du petit Grégory» remporte actuellement un grand succès. Les dérapages de la presse y sont patents, sans que les lois qui l’encadrent aient été violées. Ces entorses à la déontologie ont provoqué le malheur d’une famille ou de deux, accusées à force d’hypothèses hasardeuses et de rumeurs rapportées sans précautions. N’y a-t-il rien à redire à ces pratiques ? Et que penser de l’affaire Baudis, où la cruauté médiatique a lourdement suggéré la culpabilité d’un homme parfaitement innocent, sans que la loi ait été pour autant enfreinte ? Et de toutes ces affaires, petites ou grandes, où la pratique journalistique peut être valablement mise en cause ? La loi, fort heureusement, ne peut tout prévoir ni tout régenter. C’est à la profession des’interroger. Pourquoi pas dans une instance professionnelle ?

Nos procureurs rétorquent que c’est aux lecteurs de se prononcer, et non «à des journalistes de juger d’autres journalistes». Mais les mêmes proclament dans le même temps qu’ils ont mis en place, dans leurs entreprises, des organes déontologiques qui suffisent bien à la tâche. Autrement dit, ils ne veulent pas que «des journalistes jugent d’autres journalistes», sauf quand ceux-ci appartiennent au média mis en cause, et sont donc, par construction, juge et partie. Magnifiquelogique…

Etienne Gernelle, directeur du Point, qu’on a connu mieux inspiré, va jusqu’à comparer le projet de Conseil à l’organe chargé par Pétain de contrôler la presse sous l’Occupation. C’est aller directement au point Godwin et assimiler l’actuelle République au régime de Vichy. On lui laisse la responsabilité de cette comparaison grotesque.

La vérité, c’est que la mise en place d’un Conseil déontologique en France rattraperait un retard évident. Ces organes existent dans la plupart des grandes démocraties. Ils s’efforcent, au grand jour, indépendamment des pouvoirs, de réfléchir à l’exercice du métier difficile de journaliste et de dégager un consensus, non sur des lignes politiques ou des préférences culturelles, mais sur la meilleure manière de pratiquer une forme d’honnêteté intellectuelle, non dans l’expression des opinions, qui restent évidemment libres et diverses, mais dans le compte rendu des faits. N’est-ce pas la base d’un débat public libre et un tant soit peu rationnel, à l’heure des excès dangereux du populisme, des rumeurs et des fake news qui inondent les réseaux ? N’en déplaise à ces faux défenseurs de la liberté de la presse qui ne font que l’enfoncer par leur étroitesse corporatiste.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 3 décembre, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………….(21/11/2019)

Laurent Joffrin – Libération <newsletter@liberation.cccampaigns.net>

17:57 (il y a 57 minutes)

La lettre de Laurent Joffrin.............(21/11/2019) dans Politique cleardot
cleardot dans Politique
À moi
cleardot
Libération 21 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettrepolitique
de Laurent Joffrin

La Terre est-ellevraiment ronde ?

Dimanche dernier a eu lieu à Rio de Janeiro le congrès brésilien des «terreplatistes», ces distingués scientifiques rétifs à la pensée unique, qui affirment avec maints arguments que la terre, loin d’être ronde comme le voudrait une orthodoxie étouffante, est en fait plate comme la main. Appuyés sur leur expérience, ils avancent des raisonnements à la logique implacable : on voit bien que l’horizon est rectiligne, que la mer à vue d’œil ne présente aucune rotondité, que, d’ailleurs, on peut apercevoir à des kilomètres telle ou telle ville ou telle ou telle montagne, qu’un avion volant en ligne droite garde son altitude au lieu de se perdre dans l’espace, etc. Ils décrivent une planète horizontale entourée d’un mur de glace circulaire qu’on prend à tort pour le continent Antarctique, au-dessus de laquelle les autres planètes évoluent selon un ballet bien réglé.

Quelque 7% des Brésiliens, dit-on, adhèrent à cette théorie, et l’on retrouve des pourcentages similaires dans d’autres pays. Quant aux photos prises dans l’espace par des satellites, elles sont le fruit d’un savant montage réalisé par la Nasa, que les «terreplatistes» tiennent pour une succursale de Hollywood. Pour faire bonne mesure, les mêmes estiment aussi que l’évolution n’existe pas, que la création du monde et des espèces s’est faite en sept jours, que l’univers a été créé très récemment, ou encore que le réchauffement climatique est une coquecigrue propagée par des communistes.

On tient souvent ces géophysiciens dissidents pour d’aimables farceurs et on affirme le plus souvent que la Terre est bien ronde, qu’elle tourne sur elle-même en même temps qu’autour du Soleil. A cette nuance près : le «terreplatisme» dépasse très largement le cadre de la géophysique. On en trouve tout autant, parfois plus, en politique.

A lire aussi Est-il vrai qu’un Français sur dix croit que la Terre est plate ?

Ainsi, un certain nombre de militants d’En marche affirment qu’Emmanuel Macron reste de gauche. D’autres jugent que la réforme des retraites projetée par le gouvernement est parfaitement conforme à l’intérêt des salariés. Une partie des membres de La France insoumise tient Jean-Luc Mélenchon pour un homme sage, tout de sang-froid et de modération. Certains militants communistes voient dans le PCF un parti d’avenir. Beaucoup de lepénistes pensent que les solutions proposées par le RN sont réalistes et humaines. Beaucoup de souverainistes dénoncent «la dictature» de la Commission européenne sur les populations du continent. Les partisans du Brexit ont soutenu avec force que la séparation d’avec l’Union européenne allait permettre de renflouer les caisses de la Sécurité sociale britannique.

Aux Etats-Unis, les républicains, dans leur grande majorité, maintiennent que Donald Trump n’a exercé aucun chantage sur le gouvernement ukrainien dans le but de compromettre un adversaire politique. Donald Trump lui-même, dans son activité sur Twitter, se révèle un adepte virulent du «terreplatisme» en politique, niant le réchauffement climatique, décrivant le New York Times comme une feuille corrompue et mensongère, défendant sans cesse les «vérités alternatives» qui illustrent ses thèses.

Tony Blair, dans un trait d’humour habituel dans son pays, avait confessé qu’il se rassurait à la fin de son mandat, en constatant que quelque 15% des Britanniques continuaient de le soutenir malgré l’impopularité due à la guerre d’Irak, avant de s’apercevoir qu’ils étaient aussi 15% à croire qu’Elvis Presley était toujours vivant.

Au temps des réseaux, le «terreplatisme» est un exercice de plus en plus répandu, qui touche d’abord les extrêmes, mais s’infiltre aussi dans les partis de gouvernement. Dans des temps très anciens, on appelait cela des billevesées et, en politique, du mensonge et de la démagogie. Mais ce sont là catégories de l’ancien monde…

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 21 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……………..(19/11/2019)

Libération 19 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettrepolitique
de Laurent Joffrin

Macron cherchelesalut à Amiens

Qu’on se le dise : Emmanuel Macron est un président en-ra-ci-né. La preuve : il va consacrer deux jours pleins, dans un agenda par nature surchargé, aux problèmes de la Somme, son département d’origine, où il va multiplier les rencontres avec les acteurs locaux de toutes sortes. Qui peut s’en plaindre ? Il est bon que les dirigeants suprêmes, de temps à autre, se replongent dans le quotidien des citoyens qu’ils sont censés représenter et gouverner. Mais le geste – soigneusement médiatisé – traduit aussi la difficulté politique dans laquelle se trouve le Président.

Il vient après beaucoup d’autres – le «grand débat», les concessions consenties aux gilets jaunes, les interminables palabres qui préludent à la réforme des retraites, les déambulations régulières du Président lors de ses visites sur le terrain, la volonté appuyée de caresser les maires dans le sens du poil démocratique, etc. Ces efforts à la fois méritoires et herculéens ont pour but, on l’aura compris, d’effacer la désastreuse image laissée par la première année du quinquennat, celle des réformes à la hussarde, des provocations verbales plus ou moins contrôlées, du «président des riches» et de l’image technocratique imprimée par un pouvoir pressé de libéraliser l’économie sans s’embarrasser des «corps intermédiaires» qui sont la trame de la société française. Jupiter, en l’espèce, a endossé la tunique de Nessus.

Emmanuel Macron avait fustigé «les fainéants» qui l’ont précédé à l’Elysée, ces réformateurs en peau de lapin qui s’engluaient régulièrement, selon lui, dans la concertation stérile et l’hésitation permanente. Or ces «fainéants» – Chirac, Sarkozy, Hollande, pas forcément nuls en politique – savaient aussi qu’à brusquer outre mesure l’opinion, on risque de l’ameuter contre soi et de bloquer ainsi la mise en œuvre des changements nécessaires. On croit gagner du temps, on en perd encore plus. Ce qui risque d’advenirdansle délicat dossier des retraites. On voulait une refonte ambitieuse du système, on risque de repousser l’échéance de trente ou quarante ans pour apaiser l’inquiétude qu’on a soi-même suscitée. Le lièvre a buté surl’obstacle : on enfourche la tortue.

Du coup les commentateurs libéraux, ainsi que la droite LR, trouvent matière à réquisitoire. Voir l’implacable papier pondu dans le Figaro par un chroniqueur emblématique de ce courant, Nicolas Baverez. Constatant que les réformes (qui sont en fait des sacrifices) s’enlisent dans le marécage des consultations, que les finances publiques qu’on voulait redresser s’enfoncent dans le rouge, que cette impuissance réelle est seulement camouflée sous un discours volontariste et un activisme de politique étrangère qu’il estime brouillon et contre-productif, il prononce une condamnation sans appel, comparant le Président à un cannelé bordelais, dur à l’extérieur, mou à l’intérieur.

Il ne s’agit pas de suivre Baverez, auteur libéral coupant qui déplore qu’on n’en fasse pas assez dans un sens contestable. Mais de relever une contradiction difficile à surmonter. Emmanuel Macron veut un bilan de réformes nombreuses et audacieuses. Il s’y est pris de telle manière que son vaste plan a déclenché révoltes, colères et oppositions irréductibles, au risque de disloquer son action en le contraignant à une défensive anxieuse. On passe del’audace à l’angoisse. On veut dépasser les clivages traditionnels, on les exacerbe en prenant le rôle du représentant de l’élite coupé des vraies souffrances de la population. Une fois n’est pas coutume, on laissera la conclusion à Baverez, auteur d’une chute d’article gaullienne : «Dans une formule ironique du Fil de l’épée, De Gaulle rappelait que « parfois les militaires, s’exagérant l’impuissance relative de l’intelligence, négligent de s’en servir ».» Emmanuel Macron nous montre comment les technocrates, s’exagérant l’impuissance relative de la politique, négligent de s’en servir.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 19 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

La pêche aux voix…………..(18/11/2019)

A quatre mois des municipales, le Président s’efforcera mardi de renouer les liens avec les élus locaux à l’occasion du congrès des maires de France. Autre enjeu : aider LREM à mieux s’ancrer en France lors du scrutin de mars.

  • Macron cherchel’idylleavecles édiles

A écouter l’Elysée, la brouille serait à ranger dans les archives de ce quinquennat. En un an, grâce au «grand débat national» et à de petits gestes en leur direction, Emmanuel Macron aurait réussi à changer son image auprès des maires. Pour preuve, insiste-t-on au gouvernement, le retour du chef de l’Etat, mardi, pour un discours en «séance solennelle d’ouverture» du 102e congrès de l’Association des maires de France (AMF), organisé Porte de Versailles à Paris. Le chef de l’Etat n’avait plus mis les pieds dans l’instance présidée par François Baroin, potentiel adversaire en 2022 (lire page 6), depuis 2017 : Macron y avait alors essuyé quelques huées après avoir évoqué son projet de suppression de la taxe d’habitation. «Les sifflets ne m’ont jamais beaucoup étourdi», avait-il répondu. L’an dernier, le chef de l’Etat avait donc boudé le congrès des maires… mais invité 2 000 d’entre eux à l’Elysée pour prouver, au début de la crise des gilets jaunes, qu’il n’était pas un président haut perché. «Comme vous, je ressens une volonté de faire, parfois beaucoup plus rapide et exigeante qu’on y arrive nous-mêmes, avait-il lancé. Il y a aussi parfois beaucoup d’incompréhensions, parce que les changements ou les réformes qu’on engage ne sont pas toujours compris.» Stabilité des dotations, compensation intégrale de la taxe d’habitation, gel de l’«intercommunalisation»… Macron avait des arguments à faire valoir pour prouver que sa politique n’était pas antilocale.

A LIRE AUSSIMunicipales 2020 : «Certains jours, j’ai eu envie de poser ma démission»

Vocations

Cette année, il a encore mieux : un projet de loi spécifiquement dédié aux maires et dont l’examen à l’Assemblée – magie du calendrier – débutera ce lundi. Ce texte, baptisé «engagement et proximité», déjà passé par la case Sénat et porté par Sébastien Lecornu (Collectivités territoriales), est censé répondre aux doléances des maires formulées lors des «96 heures de débat» mené par le Président, précise-t-on au gouvernement. «Plus de droits» pour «aider les élus à concilier vie de famille, vie professionnelle et mandat électoral», plus de formation, meilleures indemnités, renforcement des pouvoirs du maire dans les intercommunalités, «souplesse» dans la répartition des compétences… «Je fais tout pour bâtir ce texte de manière la plus consensuelle qui soit», insiste Lecornu, pour qui ce projet de loi est aussi destiné à enrayer la crise des vocations (lire ci-contre). Selon une enquête du Cevipof, moins de la moitié des maires actuels (48,7 %) souhaitent se représenter aux municipales de mars 2020, un bon quart (28,3 %) ne veulent pas rempiler et un petit quart (23 %) sont encore indécis. Des résultats similaires à ceux observés en 2014. «Chaque jour qui passe, le nombre de maires qui ne voulaient pas se représenter diminue, se félicite Lecornu. On aura plus de communes avec des maires qui auront du mal à compléter leur liste plutôt que des communes sans maire.» «Plus optimiste que l’année dernière», l’ex-président du conseil départemental de l’Eure, nommé à ce poste il y a un peu plus d’un an, estime que le grand débat et ce projet de loi ont permis de «complètement changer l’ambiance» avec les représentants de l’AMF. «Le Président a fait un travail de reconquête incroyable, vante-t-on à Matignon. Le temps passé avec eux a durablement apaisé les choses.» A voir : le numéro 2 de l’AMF, le socialiste André Laignel, reste très dur. «Ce qu’on attend pour l’avenir, c’est simple, c’est la liberté et les moyens de la liberté […] qu’ils ne semblent pas décidés à nous accorder, explique le maire d’Issoudun dans une interview à la République du Centre. Sur le fond, il n’y a aucune amélioration. […] On parle de dialogue mais il n’y en a pas sur les sujets essentiels. Parfois, on nous reçoit, on nous écoute, mais on ne nous entend pas.» «Attention à bien distinguer maires et associations d’élus plus politisés», souligne-t-on au sein de l’exécutif.

Enracinement

Etre bien accueilli par les élus les plus appréciés de France est important pour le chef de l’Etat : le macronisme n’a aucun enracinement (à peine 2 000 élus municipaux) et ses dirigeants comptent bien, à quatre mois des municipales, convertir quelques édiles pour les compter dans le giron de LREM aux sénatoriales. «Depuis 2017, on nous fait un faux procès, celui d’être « éloignés des territoires », se désole une députée LREM haut placée. C’est injuste car beaucoup d’entre nous ont été maires ou élus locaux. Mais, c’est clair, on manque de relais de terrain pour faire passer nos messages.» D’où unbesoin d’alliés locaux. Surtout lorsque les fronts sociaux (hôpital, étudiants, agriculteurs, cheminots, gilets jaunes…) se multiplient à l’approche de l’hiver.

 

Lilian Alemagna

Liberation.fr
Publié dans:Politique |on 18 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………….(15/11/2019)

Libération 15 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettrepolitique
de Laurent Joffrin

Jupiter et Damoclès

Emmanuel Macron est un conducteur qui aime la vitesse. Il vient de le prouver une nouvelle fois : il est aussi rapide en marche arrière qu’en marche avant. Les manifestants du secteur hospitalier avaient à peine fini de défiler que le Président, tel un Speedy Gonzales de la reculade, annonçait que son gouvernement, tout bien réfléchi, était prêt à d’importantes concessions. Celles-ci seront détaillées la semaine prochaine. Symbole éclairant, qui jette une lumière crue sur la deuxième partie du quinquennat. L’acte I se voulait celui de l’audace. L’acte II est celui de l’angoisse.

La faute en revient au mouvement des gilets jaunes, dont on célèbre ces jours-ci le premier anniversaire. Cette révolte qui fut un coup de tonnerre dans un ciel serein, a fait tomber la foudre sur l’Elysée, cruel paradoxe pour celui qui pensait la tenir dans son poing énergique. Depuis, Jupiter s’est changé en Damoclès et se promène partout avec une épée jaune suspendue au-dessus du crâne. Situation très inconfortable quand on veut réformer le pays.

Cette épée porte un nom à la connotation très sociale : la «convergence des luttes», qui verrait les mouvements protestataires se coaliser pour lancer l’assaut le gouvernement. A vrai dire, la formule est en partieimpropre. Cette «convergence» rituellement invoquée par les militants les plus radicaux est un événement rarissime. Chaque lutte, la plupart du temps, est particulière. Les difficultés des «blouses blanches» ne sont pas celles des gilets jaunes, qui diffèrent de celles des cheminots, lesquelles n’ont pas grand-chose à voir avec celles des étudiants. Plus pernicieux : les leaders de ces mouvements savent, au fond d’eux-mêmes, que le budget de l’Etat n’est pas une corne d’abondance. Et donc, dans un contexte de pénurie financière, que les concessions gagnées par les uns risquent fort d’être perdues pour les autres. S’il cède aux médecins, le gouvernement pourra moins accorder d’avantages aux étudiants, et vice-versa. Chaque profession est tentée de négocier pour elle-même, laissant les autres s’occuper de leurs affaires.

La vraie convergence, en fait, est celle qui relie les protestataires à l’opinion. Les Français pratiquent volontiers la «grève par procuration». Ils évitent de faire la grève mais approuvent ceux qui la font. D’où l’empressement du Président envers les personnels de santé : le mouvement des «blouses blanches» est très populaire. Si d’aventure il se joint le 5 décembre aux salariés des transports publics, il renforcera leur légitimité. D’où l’idée de faire la part du feu en éteignant ce foyer de contestation sous un flot de concessions avant qu’il ne se propage ailleurs. Ce qui n’écarte pas tous les risques. La réforme des retraites touche tout demonde. L’exigence d’un retrait peut devenir le mot d’ordre commun qui manque à la «convergence» tant redoutée. Telle une brigade qui doit faire face à plusieurs départs de feu, le gouvernement court d’un foyer à l’autre. Il se voyait en hussard de la réforme. Il doit se changer en capitaine des pompiers.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 15 novembre, 2019 |Pas de commentaires »
12345...461

Vu de Corbeil-Essonnes |
ARCHITECTURE D'UN CONGO NOU... |
DEBOUT SAINT ETIENNE |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | PS : UN NOUVEAU SOUFFLE POU...
| Comité de soutien de Quetig...
| Ségolène Royal présidente