Archive pour la catégorie 'Politique'

La lettre de Laurent Joffrin………(24/05/2018)

Libération 24 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Paroles, paroles…

Enfin on parle aux Russes ! Un concert d’approbation entoure le voyage d’Emmanuel Macron auprès de Vladimir Poutine, émanant du lobby informel qui défend en France le président russe, mais aussi d’un certain nombre de doctes experts en «realpolitik». Vladimir et Emmanuel – dont il faut espérer pour le président français qu’ils auront des rapports moins tactiles qu’avec Donald Trump – parleront-ils du missile russe qui a abattu par inadvertance un avion civil en faisant plus de trois cents morts, des passagers néerlandais pour la plupart, et dont une commission indépendante vient d’établir qu’il a été tiré par des militaires russes. Hum ! On attend toujours quelques paroles d’excuse russes. Parlera-t-on de l’attentat contre la famille Skripal perpétré sur le sol britannique ? Hum, hum ! On dira que ce sont là considérations moralisantes et «droit-de-l’hommistes» qui n’ont pas leur place dans la diplomatie. Quelle incongruité, il est vrai ! Sous les lustres de Saint-Pétersbourg, on risquerait d’avaler sa vodka de travers.

Cette injonction à «parler avec Poutine» a quelque chose de ridicule. D’abord parce que les Européens, France comprise, ne cessent de le faire. Comment les accords de Minsk sur l’Ukraine ont-ils été conclus, sinon par un dialogue direct avec le président russe ? Comme ils sont violés régulièrement depuis par la Russie, il semble bien que la parole ne suffise pas. Il est toujours bon de parler en diplomatie. Mais la vérité, c’est qu’on parle en permanence. Ce qui compte, c’est d’être écouté et, si possible, entendu. Et ce qui a freiné Poutine en Ukraine, ce ne sont pas des paroles mais des sanctions.

Dans le même ordre d’idées, Emmanuel Macron a longuement parlé avec Donald Trump. Qu’en est-il ressorti ? Rien. Quelques jours plus tard Donald Trump se retirait de l’accord nucléaire avec l’Iran pour lequel Emmanuel Macron avait longuement plaidé, et inaugurait une ambassade américaine à Jérusalem sans tenir compte le moins du monde des innombrables paroles prononcées en sens contraire par l’ONU et la majorité des gouvernements de la planète. Parlons, donc. Mais cessons de nous prendre pour Ali Baba qui ouvrait sa caverne d’un simple mot. «Poutine, ouvre-toi !» Un peu court, non ?

Laurent Joffrin
desirdavenir77500
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La lettre de Laurent Joffrin…….(23/05/2018)

Libération 23 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

«Français de merde»

La logique identitaire vient de faire une nouvelle fois la preuve de sa supérieure intelligence, dans un domaine inattendu mais symbolique : le football. Club de Ligue 2, Le Havre doit jouer un match de barrage contre l’AC Ajaccio, lequel match permettra à son vainqueur de disputer une autre rencontre lui permettant éventuellement de rejoindre la Ligue 1 la saison prochaine. Peu avant le match, vendredi dernier à Ajaccio, le car qui transporte les joueurs havrais est soudain arrêté par un groupe de supporters ajacciens qui lancent des fumigènes, des pierres et gratifient les joueurs adverses des subtils qualificatifs de «Français de merde» (une coutume habituelle, paraît-il), mais aussi de «sales nègres», de «ramasseurs de coton» et de «sales arabes». Espérant l’apaisement, les autorités reportent le match au dimanche. Celui-ci se joue dans une ambiance électrique et donne lieu à plusieurs expulsions, à un penalty pour menace envers l’arbitre dans la surface de réparation, et à l’irruption totalement illégale des supporters corses sur la pelouse. Battu aux tirs au but, Le Havre réclame l’inversion du résultat «sur le tapis vert». Plutôt sagement, la Ligue de football professionnel s’y refuse et valide le match, dans la mesure où les tirs au but se sont déroulés de manière régulière. Soucieuse d’éviter de nouveau débordements, elle se contente de délocaliser le match suivant de l’AC Ajaccio contre Toulouse. Sanction légère en regard de la gravité des incidents observés à Ajaccio.

A lire aussi Violences à Ajaccio : le club corse sort vainqueur

Jusque-là, rien que de tristement banal dans le monde du football trop souvent gangrené par le chauvinisme, le racisme et la violence des supporters, ce qui est loin d’être le monopole des Corses. La Ligue a géré comme elle a pu, dans le cadre du règlement, une situation «consternante», selon le mot employé par le Premier ministre Edouard Philippe, ancien maire du Havre.

Il n’en faut pas plus pour que les deux principaux élus corses, Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, plutôt que de présenter des excuses aux Havrais et de tenter de calmer le jeu, alors même que leur club a gagné le match, s’emploient à jeter à grands seaux de l’huile sur le feu. Dans une déclaration extravagante, les deux édiles nationalistes crient au «complot» contre la Corse et attisent l’incendie levé par le public ajaccien. L’affaire devient ridiculement politique et sert de prétexte à une logorrhée chauvine proférée par les leaders corses contre les autorités françaises, toutes mises dans le même sac. Ainsi va le débat public en ces temps de «renouveau identitaire». Les Corses ont raison parce qu’ils sont corses et les Français sont à jeter aux orties parce qu’ils sont français. La civilisation progresse…

Laurent Joffrin
desirdavenir77500
Publié dans:Politique |on 23 mai, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…..(23/05/2018)

Libération 22 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Cocottes en papier

Les projets du gouvernement pour la fonction publique suscitent une nouvelle fois un débat biaisé, accompagné de clichés sonores ; il n’y manque que les manches de lustrine et les cocottes en papier. Présupposés à peine dissimulés : il y a trop de fonctionnaires, ils ne travaillent pas assez et ils coûtent trop cher. Conséquence : il faut en réduire le nombre, diminuer la dépense publique, accroître le nombre des contractuels non-soumis au statut, augmenter la part de la rémunération au mérite.

L’ennui, c’est que la réalité dit tout autre chose. Trop de fonctionnaires ? Il y en a beaucoup, plus de cinq millions, soit environ un salarié sur cinq. Trop ? Cela se discute. La comparaison européenne nous apprend qu’il y a en a plus, en proportion, dans les pays scandinaves, dont l’efficacité économique n’est pourtant plus à démontrer. Les pays les moins administrés ne sont pas forcément les plus compétitifs.

Les effectifs se répartissent entre l’Etat, les collectivités locales et la fonction publique hospitalière. La fonction publique nationale comprend en grande majorité des enseignants, des policiers et des militaires. Trop de profs ? Trop de flics ? Trop de soldats ? Dans le débat public, on entend le contraire. Même chose pour l’hôpital. Trop de médecins, trop d’infirmières, trop de soignants dans les Ehpad ? Qui peut le dire ?

Tous ces gens, dit-on, sont inefficaces. Est-ce si sûr ? Les Etats-Unis ont moins de fonctionnaires en proportion, par exemple dans la santé ou dans l’éducation. Selon le raisonnement dominant, ils devraient obtenir de meilleurs résultats dans ces domaines. C’est le contraire qui est vrai : l’espérance de vie est meilleure en France et le pays se tient très bien dans les classements internationaux qui mesurent la santé de la population, mieux que les Etats-Unis, en tout cas. Même chose en matière scolaire, où, d’après le classement Pisa, les Etats-Unis sont derrière la France. Autrement dit, dans ces domaines, le privé ne fait pas mieux que le public.

Cela ne dispense pas de rechercher toujours un meilleur service public, c’est-à-dire un meilleur service du public, qui finance tout cela et peut légitimement exiger des efforts d’économie et de productivité. Mais pour le reste, la volonté de réduire la part collective de la dépense relève non d’une démonstration chiffrée et logique, mais d’un simple dogme. Celui qui, manifestement, domine la politique du gouvernement.

Laurent Joffrin
desirdavenir77500
Publié dans:Politique |on 23 mai, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(21/05/2018)

Libération 21 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Caudillo rouge

Pour juger des politiques économiques de la gauche radicale, il faut toujours revenir à ce proverbe des anciens pays de l’Est : «Les communistes prennent le pouvoir au Sahara ; au bout d’un an il ne se passe rien ; au bout de deux ans, pénurie de sable.» Ainsi du Venezuela. La gauche radicale prend le pouvoir dans le pays qui possède les plus grandes réserves mondiales de l’hydrocarbure. Au bout de quinze ans, pénurie de pétrole.

Cette fois-ci, ce n’est pas une blague : l’essence manque au Venezuela (!) et il y a aussi pénurie de médicaments, d’hôpitaux, de nourriture, d’argent et pour couronner le tout, pénurie de liberté, comme le montre l’élection présidentielle Potemkine qui vient de confirmer Maduro à la présidence. Des centaines de milliers de personnes, souvent pauvres, fuient ce pays ruiné, la mortalité augmente, l’inflation bat le record du monde et le PIB a baissé de plus de 40%, un pourcentage qu’on observe seulement dans les pays en guerre.

Les chavistes crient au complot yankee. Les sanctions américaines jouent un rôle dans cette affaire. Mais ce n’est pas l’essentiel. Cette rhétorique évite de s’interroger sur les erreurs tragiques une nouvelle fois commises par ceux qui donnent des leçons de pureté socialiste à la terre entière.

La «politique de l’offre», selon le catéchisme radical, est de droite. On fait donc une politique de la demande, elle que réclament toujours les Savonarole du socialisme : on distribue sans compter l’argent du pétrole. C’est mieux que de remplir les poches de la classe dirigeante. Mais on oublie d’investir. Après dix ans de prospérité consommatrice acquise par les revenus du pétrole, l’appareil de production vénézuélien est à l’abandon. Quand le prix du baril baisse (cela arrive), on ne sait pas produire autre chose. La pénurie s’installe, cruelle, comme toujours, aux classes populaires.

Il faut sortir de l’orthodoxie monétaire, dit-on fièrement. On manipule donc les cours de la monnaie. Dans le cas du Venezuela, pour faire baisser le prix des importations – payées par les exportations de pétrole – on fixe un taux de change extérieur artificiel, beaucoup trop élevé. Cette monnaie trop forte bloque tout autre effort d’exportation. L’économie produit de moins en moins. On instaure un contrôle des changes. L’écart entre le cours officiel et le cours réel, énorme, alimente une spéculation effrénée.

Il faut «rompre avec les logiques comptables», dit-on encore. On creuse donc les déficits, financés non par l’impôt ou l’épargne (c’est de droite), mais par la création monétaire. Il en résulte une inflation vertigineuse qui ruine le pouvoir d’achat des classes pauvres et fait fuir l’épargne à l’étranger.

Le marché est de droite, dit-on. On s’abstient d’en comprendre le fonctionnement et on accuse le secteur privé des déboires du régime. La multiplication des expropriations et des lois spéciales achève de décourager les entrepreneurs : la production baisse encore. Le secteur public s’étend au profit d’une nouvelle bourgeoisie – la «bolibourgeoisie» (bourgeoisie bolivarienne), souvent des militaires – qui se vautre dans la corruption.

Devant le désastre, on cherche des coupables : les Etats-Unis, bien sûr (ils ont leur part de responsabilité), la droite (elle aussi), on se réfugie dans l’idéologie. Et comme le peuple regimbe, on s’appuie sur l’armée pour installer une dictature à façade électorale. Le tout au nom de la pureté du socialisme, une nouvelle fois défiguré par ceux qui s’en arrogent le monopole. Eternel sectarisme de la gauche radicale. On fustige au passage la «fausse gauche» des sociaux-démocrates, coupables de réalisme économique. Mais la «vraie gauche», aveuglée par ses dogmes, conduit le peuple à l’abîme.

Et aussi

Le Festival de Cannes n’est plus ce qu’il était, disent Variety et Hollywood Reporter, organes quasi officiels de l’industrie cinématographique américaine, avec des échos dans la presse française. Moins de stars, moins de blockbusters, moins de soirées glamour, moins de business au marché du film. Tout n’est pas faux là-dedans, même si les critères retenus sont très américains. L’édition 2018, post-soixante-dixième anniversaire, fut sans doute moins éclatante que l’année dernière. Mais Cannes, quoique concurrencé par Toronto ou par les oscars, reste l’un des deux ou trois festivals de cinéma les plus importants au monde.

Il y a dans ces réquisitoires une part de politique. Cannes a été créé par un ministre du Front populaire, Jean Zay, entre autres pour faire pièce au très mussolinien festival de Venise. Lancé à la Libération, sans Jean Zay, assassiné par la milice, il apporta sa pierre à la reconstruction du pays. C’est d’ailleurs la CGT, dans un élan patriotique, qui a construit à marche forcée le premier Palais des festivals. Cannes s’imposa ensuite comme un contrepoint, ou un antidote, à la domination mondiale de Hollywood. Cette résilience agace l’industrie du rêve : elle souffre mal ce gros village gaulois qui résiste à son hégémonie culturelle. D’où des critiques récurrentes portées contre le cinéma français ou européen : élitisme, refus de la seule logique de l’audience, subventions, réglementation, «chronologie des médias», etc.

Il faut donc rappeler quelques fondamentaux : sans son système d’intervention publique et de régulation par la loi, le cinéma français aurait été, comme tant de cinémas à travers le monde, ramené à la portion congrue par Hollywood. Le volontarisme a payé : les productions françaises gardent quelque 40% de part de marché en France ; l’argent des producteurs, abondé par celui de la télévision contrainte de donner son écot, va aussi à de grands réalisateurs étrangers non-américains. Sans ce festival qui donne le pouvoir de récompense – l’attribution des palmes – à un jury pour l’essentiel indépendant, le cinéma d’auteur, les réalisateurs des pays du Sud, les films plus difficiles ou plus expérimentaux, seraient privés d’une vitrine décisive et d’un lieu d’échange précieux. Les oscars ne s’embarrassent pas de ces considérations. A 95%, ils vont à des films américains ; c’est le provincialisme des forts.

Tous ceux qui sont attachés au pluralisme culturel, à la défense de la diversité créative, doivent défendre le Festival. Il doit s’améliorer, se battre, faire preuve d’intelligence stratégique et tactique ? A coup sûr. Mais il doit vivre. Yes we Cannes…

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 21 mai, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………….(18/05/2018)

Laurent Joffrin
La lettre politique

Le prix international du «factchecking» pour Libé

Les médias mentent, les médias sont manipulés, les médias manipulent, les médias sont contrôlés, et tutti quanti. L’antienne a fait florès. La récusation de la presse, de la radio et de la télévision est devenue le pont-aux-ânes des faux esprits forts. Une fois l’information pluraliste et le travail des journalistes discrédité, le plus souvent par les extrêmes, qui n’aiment pas les faits avérés et leur préfèrent les scies de leur propagande, la conséquence ne s’est pas fait attendre. Sur les réseaux, qui sont comme la langue d’Esope, formidable outil de culture et de communication, mais aussi véhicules de toutes les rumeurs et de tous les mensonges, les fake news ont tenu la dragée haute aux enquêtes les mieux documentées, les sites complotistes se sont présentés comme des sources «alternatives», les assertions les plus foutraques ont eu droit de cité dans le débat public. La montée du populisme a démultiplié cette fausse monnaie informative qui a tendu, comme toujours, à chasser la bonne, sur fond de prolifération de la démagogie.

Pour lutter, Libération, a créé, il y a dix ans, une rubrique ad hoc, vite imitée – chose très bénéfique – par d’autres organes d’information : «Désintox», consacrée à la rectification aussi honnête que possible de ce qu’on n’appelait pas encore les fake news, bientôt diffusée en partenariat sur Arte, jusqu’à aujourd’hui, dans l’émission «28 minutes» d’Elisabeth Quin. Dix ans plus tard, en 2017, la rubrique s’ouvrait aux questions posées directement par les lecteurs et les internautes, avec un succès qui démontrait par le fait son utilité. CheckNews était né. Depuis cette date, plus de 1 500 réponses ont été apportées aux questions posées par les internautes sur tous les thèmes : immigration, économie, faits de société, éducation, culture, sujets internationaux, etc.

Innovation

Cet effort de longue haleine, mené par une équipe de journalistes étoffée et permanente, reçoit aujourd’hui une reconnaissance éclatante, qui couronne le travail constant et rigoureux de Cédric Mathiot et de son service : le projet de Libération a remporté le «Fact Forward», qui est le prix international de l’innovation dans le factchecking. Ce fonds d’innovation est décerné par l’International Fact Checking Network (IFCN), le réseau international de factchecking.

CheckNews, le projet de Libération, a été choisi parmi 50 projets venant de 44 pays, par le jury de l’IFCN, présidé par Bill Adair, le fondateur de Politifact, site américain de référence en matière de factchecking. Le prix récompense l’innovation dans les formats, le modèle économique, ou l’innovation technologique avec une bourse de 50 000 dollars (42 421 euros), qui va permettre à CheckNews de se développer maintenant à l’étranger. L’ambition de Libé est de développer des passerelles éditoriales et techniques avec des médias étrangers, comme cela a été initié avec Nawaat, jeune média tunisien, à l’occasion des récentes élections municipales tunisiennes. Le prix IFCN va donner à Libération les moyens de mener à bien cette ambition tout en continuant à développer l’offre sur tous les supports de Libé.

Depuis quelques années, les fake news sont devenues un sujet de préoccupation mondial et une inquiétude pour tous les démocrates attachés à la rationalité dans le débat public. Pionnier dans le factchecking, Libération continuera avec des moyens renforcés de contribuer à cette œuvre de salubrité civique. Ce n’est qu’un début…

Posez vos questions à l’équipe de journalistes de CheckNews et découvrez les 1 500 réponses déjà apportées aux lecteurs de libération.fr

Publié dans:Politique |on 18 mai, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……..(17/05/2018)

Libération 17 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Nouveau monde ?

Tout esprit contemporain, tout honnête homme moderne le sait : le clivage droite-gauche a disparu. Il est archaïque, dépassé, désuet, décati, chenu, vermoulu, obsolète, à envoyer au musée. Seuls comptent désormais la distinction entre ancien et nouveau monde, le partage entre pro-européens et anti-européens, entre «fainéants» et «réformateurs» et, plus largement, entre partisans et adversaires de l’ouverture internationale. Ceux qui ne pensent pas cela sont justement «de l’ancien monde». À la casse…

Pourtant quelques détails viennent entacher ce radieux tableau. Après un an d’exercice, comment définit-on la politique Macron ? Elle avantage les contribuables aisés, les entreprises, la finance, elle libéralise la SNCF et le marché du travail, elle est verticale, impérieuse, elle est ferme envers les zadistes, les étudiants contestataires et les immigrés. Nouveau monde ? Non, disent la plupart des commentateurs, avec lesquels l’opinion est d’accord (voir les sondages sur ce point) : une politique de droite, ou de centre-droit. Autrement dit, les chefs de la République en Marche, qui contestent le clivage droite-gauche, s’y inscrivent pleinement.

Après plus d’un an, comment définir la politique Trump ? Populiste, hétérodoxe, disait-on, baroque, imprévisible, elle devait échapper aux critères habituels. Depuis, Trump a baissé les impôts des riches, tapé à bras raccourcis sur les immigrés, refusé tout contrôle des armes en dépit des tueries quasi quotidiennes, soutenu sans réserves la droite israélienne, mené une politique étrangère agressive aux antipodes du multilatéralisme d’Obama, promu des racistes avérés et des bellicistes obsessionnels. Sa politique n’a rien d’inclassable : elle reprend les plus anciens thèmes de la droite réactionnaire américaine. Trump est un Reagan pignouf, un George W. Bush mal élevé et brutal. Nouveau monde ? Non : un nouveau monde de droite.

Netanyahou fait tirer sur les manifestants de Gaza et mène une politique de dureté extérieure et de libéralisme intérieur. Nouveau monde ? Non : droite israélienne décomplexée. Theresa May applique tant bien que mal, avec Boris Johnson, le mandat du Brexit. Orban ferme ses frontières et met en place un pouvoir autoritaire. Ergogan devient sultan de Turquie, Poutine néo-tsar de Russie, expansionniste et traditionaliste, le mouvement Cinq Étoiles s’allie avec l’extrême-droite. Nouveau monde ? Dépassement des clivages traditionnels ? Politique inédite ? Rien de tout cela : le retour des plus vieux thèmes conservateurs, nationalistes ou pro-business, souvent les trois à la fois. Ce n’est pas le nouveau monde, c’est le retour de l’ancien, qui se traduit par une droitisation générale de la planète. Au fond, si l’on y réfléchit bien, ce n’est pas le clivage droite-gauche qui s’efface. C’est la gauche.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 17 mai, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(16/05/2018)

Libération 16 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Un voile de confusion

La polémique récurrente – et pénible – sur le voile islamique, qui a rebondi une nouvelle fois avec l’apparition télévisuelle d’une responsable de l’Unef coiffée d’un hidjab, a donné lieu à l’habituel festival d’approximations. On ne parle pas là de la honteuse floraison de tweets xénophobes qui accompagnent généralement ce genre de débat, qui mérite seulement condamnation sans phrases – ou procédure judiciaire. La polémique a été déclenchée par un message sarcastique de Laurent Bouvet, animateur du Printemps républicain, ce qui est tout différent. Bouvet relevait la contradiction qui existe, selon lui, entre les valeurs de l’Unef, organisation laïque et progressiste, et la désignation d’une porte-parole portant un signe religieux ostensible. La question, après tout, peu se poser. Julien Dray, élu socialiste, ancien du syndicat et fondateur de SOS-Racisme, a rejoint Bouvet sur ce point même s’il ne partage pas, comme l’auteur de ces lignes, les positions du Printemps républicain.

Ces critiques du voile islamique oublient souvent de rappeler qu’il existe en France une liberté de conscience garantie par la laïcité dont ils se réclament et que le port de signes religieux dans l’espace public est parfaitement légal et légitime. Les promoteurs de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat avaient un temps envisagé de le restreindre ou de l’interdire ; ils y ont renoncé pour des raisons de principe et des considérations pratiques, la moindre n’étant pas qu’ils se voyaient mal demander à la police de verbaliser les prêtres en soutane et les religieuses portant – elles aussi – le voile (catholique). L’interdiction des signes religieux ostensibles – faut-il le rappeler ? – se limite à l’administration et aux salles de classe (elle ne concerne pas l’université, encore moins les plages ou les rues).

On peut trouver injuste ou mal venue la position de Bouvet. Mais on ne peut pas l’assimiler, comme le font un certain nombre de militants communautaires, à de «l’islamophobie». Outre l’ambiguïté du mot, qui finit, à force de confusion, par stigmatiser toute critique de l’islam, le Printemps républicain ne peut être amalgamé avec les positions de la droite identitaire ou de l’extrême droite, que l’organisation critique aussi. La question porte en fait sur la signification symbolique du voile. Un certain nombre de jeunes femmes en donnent une version émancipatrice et nient qu’il représenterait un signe de soumission de la femme. Elles se réclament d’un «féminisme musulman», formule quelque peu oxymorique, il faut bien le dire, quand on examine la situation de la femme dans la plupart des pays musulmans (qui ne sont pas les seuls dans ce domaine, précisons-le). Il n’y a pas de raison de douter de leur bonne foi ni de leur volonté de concilier valeurs religieuses et combat égalitaire.

Servitudes volontaires

Mais le voile n’est pas que cela, c’est le moins qu’on puisse dire. Sa diffusion dans les communautés musulmanes au fil des décennies correspond à la progression dangereuse du fondamentalisme religieux. S’il était vraiment un indice d’émancipation, il faudrait en déduire que les pays où il est le plus porté sont ceux où la condition de la femme est la meilleure : l’Arabie Saoudite, par exemple… On voit à quelles absurdités mène cette contorsion rhétorique. Le voile, dans la grande majorité des cas à notre sens, traduit la «réislamisation par le bas» menée depuis des lustres par les courants de l’islam politique ou du fondamentalisme. Il est lié, pas toujours mais souvent, à un statut juridiquement inférieur conféré aux femmes dans les pays gagnés par ces conceptions rétrogrades de l’islam. On dira que beaucoup de femmes le choisissent librement. Cela n’épuise pas la question : il y a des servitudes volontaires. La question de Bouvet et de Dray reste donc pertinente. On peut ensuite y répondre comme l’on veut.

Même confusion dans une autre affaire, celle qui concerne la chanteuse Mennel. On a une nouvelle fois imputé à l’islamophobie son retrait de la compétition musicale The Voice organisée par TF1. C’est moins simple qu’il n’y paraît. TF1 a diffusé les performances de la chanteuse sans se soucier du turban qu’elle portait, ni de sa religion, d’autant plus facilement que la jeune femme interprétait – avec un grand talent – une chanson très œcuménique de Leonard Cohen, Hallelujah. C’est seulement quand ont été connus les tweets complotistes de Mennel, mis en ligne au moment des attentats islamistes, que la chaîne s’est retrouvée embarrassée. On a dit que c’est l’apparence de Mennel – apparence musulmane, voulait-on dire – qui a motivé la recherche de ses interventions passées sur le web. C’est certain pour une partie des internautes concernés. Mais ces enquêtes en ligne sur les personnalités sont loin d’être réservées aux musulmans, on le sait bien. Dès que quiconque apparaît sur la scène publique, il y a toujours des esprits curieux ou malsains pour fouiller dans son passé. On peut contester l’attitude de la chaîne, qui a manifestement préféré se passer des services de la jeune chanteuse. Mais peut-on l’imputer à son «islamophobie» ? Cela se discute, pour le moins.

A vrai dire, cette manie militante qui consiste à crier à tout propos au racisme pour disqualifier les opposants a quelque chose de mécanique et d’injuste. A terme, elle risque même d’affaiblir l’antiracisme lui-même, qui se retrouve abaissé au rang de simple tactique rhétorique. Il mérite mieux que cela.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 16 mai, 2018 |Pas de commentaires »

En fonction du temps ? (16/05/2018)

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Alerte info
Nicolas Hulot annonce qu’il décidera cet été s’il reste ou quitte le gouvernement
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Publié dans:"AFFAIRES", Politique |on 16 mai, 2018 |Pas de commentaires »

Seul, lui ne le sait pas…………………(09/05/2018)

Liberation

La politique d’Emmanuel Macron est une politique sans valeurs

Nicolas Matyjasik
Il y a 1 heure
Seul, lui ne le sait pas.....................(09/05/2018) dans Politique

Avec son culte du chiffre et de la performance, le chef de l’Etat participe à un mouvement d’expropriation de la pensée, et de confiscation de la décision des citoyens.

Emmanuel Macron devant la pyramide du Louvre à Paris le 7 mai 2017.© Fournis par Libération Emmanuel Macron devant la pyramide du Louvre à Paris le 7 mai 2017.Un an et c’est déjà l’overdose du bilan. A longueur d’analyses, tout y passe : les aptitudes physiques du «chef» (le nouvel homme augmenté ?), les métaphores royales, voire impériales, le positionnement transcendant sur l’échiquier politique, le nombre «colossal» de déplacements internationaux, la prétendue frénésie des réformes, etc. Mais quelle idéologie peut-on déceler, en filigrane, derrière la pratique du pouvoir ?

Depuis le début du quinquennat, chaque action de l’exécutif est soutenue par une monstration de la modernité, évoquée de manière quasi religieuse : «Un devoir d’efficacité», «un langage de vérité». La rhétorique du management privé, les anglicismes modernisateurs sont convoqués par le «nouveau monde» politique. Les réformes ont à peine le temps d’être mises en œuvre qu’elles sont déjà dépassées par la réforme suivante, à coup de «bottom-up», «impact», «innovation», «benchmarking» ou autre «évaluation».

Cette invasion des normes, des outils, des standards de gestion, cette emprise grandissante des notations n’est pas nouvelle. Des sociologues (Alain Desrosières, Eve Chiapello ou encore Albert Ogien) ont en effet montré les processus historiques et sociaux de construction de ce «gouvernement par les nombres». Précisément, on a ainsi pu souligner que la prolifération des dispositifs de quantification et d’évaluation a permis la colonisation des services publics par la langue fonctionnelle de l’entreprise, ce que l’on nomme le New Public Management, art néolibéral de démantèlement de l’Etat.

Cette mise en mathématique du monde social fait aujourd’hui office de politique. Sous couvert d’apolitisme, de pragmatisme et de rationalisation, une idéologie gouverne les multiples réformes mises en œuvre par le pouvoir exécutif : on fait se substituer aux discours axés sur les valeurs, des discours privilégiant les techniques. Les instruments régulent, fragmentent, contrôlent et rendent conforme l’ensemble des pratiques sociales.

Cette politique néolibérale se pare du masque de l’objectivité technique et de la neutralité ; elle ne laisse aucune place au commun, elle ne laisse aucune place à la contestation. Il faut être efficace et performant. A l’hôpital, au sein de l’université, des Ehpad, dans les activités sociales et culturelles. Aucun pan de l’action publique ne doit y échapper. Mais, on ne pose jamais la question du sens, de ce que doit être l’Etat, la puissance publique, dans une société sous tension, ce que les usagers, les citoyens veulent comme services publics au XXIe siècle.

Au-delà du culte du chiffre, réduction des déficits publics, course pour un point de croissance ou baisse drastique du nombre de fonctionnaires, il convient aussi de réfléchir sur les mots que nous employons pour dire le monde. Nous ne les utilisons pas impunément. Par exemple, il faudrait se rappeler que disruption, mot qui obsède tant le nouveau champ politique, dérive, dixit le dictionnaire de l’Académie française, du latin disrumpere,«briser en morceaux, faire éclater». Que certains philosophes, comme Bernard Stiegler, y voit aussi le slogan d’une nouvelle forme de barbarie. On pourrait également faire l’analyse du terme «performance» qui provient d’un vocabulaire de «turfiste». C’est la manière dont court un cheval qui progressivement va prendre le sens de score et drainer avec elle, la compétition, la rivalité, qui fait de l’autre un adversaire.

Toutes ces formes actuelles de mesure, d’évaluation, de gouvernementalité participent à un mouvement d’expropriation de la pensée, une confiscation de la décision des citoyens. Le politique se met en capacité de créer un espace qu’il domine et mesure, via des indicateurs. Pas de place pour le débat, la contradiction, la production d’un sens et d’une finalité. On exécute un acte par soumission à l’automatisme des procédures, il n’y a pas de pire menace pour une démocratie.

Faute de prendre du temps pour mettre en débat les chiffres, les valeurs, c’est un mode d’emploi simplifié qui est choisi, plutôt que la pensée complexe, ouverte à l’inconnu. Comme le disait le philosophe Jean-François Lyotard: «Dans un univers où le succès est de gagner du temps, penser n’a qu’un défaut, mais incorrigible : d’en faire perdre».

 

desirdavenir77500
Publié dans:Politique |on 9 mai, 2018 |Pas de commentaires »

An II de la macronie méprisante…………(08/05/2018)

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6 réformes qui pourraient embraser l'an II de la présidence Macron
Emmanuel Macron à Nouméa, le 5 mai 2018. (LUDOVIC MARIN/AFP)

Emmanuel Macron est au pouvoir depuis un an. Ses ambitions pour les douze prochains mois devraient de nouveau enflammer le débat public… et la rue.

Un président réformateur : tel s’était présenté le candidat d’En Marche !, tel est le président Macron. A l’orée d’une deuxième année traditionnellement compliquée pour les présidents de la Ve République, le chef de l’Etat n’entend montrer aucun signe d’inflexion sur la politique engagée dès son élection : code du travail, assurance-chômage, retraites, Emmanuel Macron a engagé pas moins de six réformes sociales majeures dès son entrée en fonction.

A celles-ci se sont ajoutés une vaste réforme de la SNCF, en voie de « finalisation » malgré un mouvement de grève historique, un très controversé projet de loi asile et immigration qui a effrité son groupe parlementaire, une réforme des universités (Loi ORE) qui a provoqué le blocage prolongé de nombreuses facs et plusieurs textes de portée sociétale tels qu’un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles.

Voici le programme de l’An II, qui s’annonce tout aussi effréné.

1Réforme de la justice

Le projet de loi de réforme de la justice, porté par la garde des Sceaux Nicole Belloubet, a été présenté en Conseil des ministres le 20 avril. Il vise notamment à simplifier les procédures pénale et civile, mais aussi à améliorer l’organisation territoriale et l’efficacité des peines. Objectif : « Rétablir la confiance de nos concitoyens dans notre justice. »

Le texte prévoit l’instauration de tribunaux criminels départementaux, une juridiction à mi-chemin entre les assises et les tribunaux correctionnels. Points plus polémiques : la fin de l’incarcération automatique pour les peines inférieures à un an, en multipliant les alternatives en milieu ouvert, et surtout la fusion entre les tribunaux d’instance et de grande instance.

Avocats et magistrats ont déjà conduit plusieurs journées de protestation, dont des journées « justice morte » : pour l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), cette fusion conduirait en effet à la suppression de plus de 300 tribunaux d’instance, vus comme des lieux de « justice de proximité ».

 

 

La direction de l’administration pénitentiaire a récemment annoncé un nouveau record du nombre de détenus dans les prisons françaises, avec 70.367 personnes incarcérées au 1er avril. Le taux d’occupation atteint en moyenne 118% dans les prisons, et grimpe à 143% dans les maisons d’arrêt.

2Réforme constitutionnelle

Peut-être la principale difficulté politique de cette seconde année : pour modifier la Constitution, Emmanuel Macron devra non seulement convaincre mais surtout réunir 60% des suffrages des parlementaires réunis en congrès. Et la droite, majoritaire au Sénat, entend déjà lui mettre des bâtons dans les roues : le gouvernement souhaite en effet introduire une dose de 15% de proportionnelle pour les élections législatives, mais aussi baisser de près de 30% le nombre de députés et sénateurs.

Ce qui signifie qu’à partir de 2022, les deux assemblées compteront 244 sénateurs et 404 députés, contre 577 et 348 actuellement : une mesure plutôt populaire dans l’opinion… Mais qui ne convient pas du tout à la droite pour qui une baisse de cette ampleur « sacrifierait les territoires les plus fragiles ». Autre sujet sensible : la limitation à trois mandats maximum dans le temps (pour les communes de plus de 9.000 habitants), également rejetée par la droite.

 

 

Le texte, qui prévoit aussi une référence explicite à la Corse, doit être présenté, en deux fois, en Conseil des ministres au mois de mai, avec une adoption définitive à l’horizon 2019.

3 Unification des systèmes de retraites

Attention secousses. Le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye travaille à remettre à plat les 37 systèmes de retraites français, pour une réforme « éminemment politique » censée être adoptée d’ici à l’été 2019. Dans le collimateur : tous les régimes spéciaux, notamment ceux des fonctionnaires.

 

 

Le sujet est extrêmement sensible et le gouvernement veut se laisser le temps. La ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn a d’ores et déjà prévenu qu’elle ne voulait pas  »se laisser enfermer dans un calendrier ». La réforme des retraites devrait être débattue au Parlement « au cours du premier semestre 2019″, a néanmoins rappelé Jean-Paul Delevoye, pour qui « le calendrier de cette réforme nous permet de profiter de toute l’année 2018 pour discuter, dialoguer ».

4Plan de départs dans la fonction publique

L’annonce avait pris les fonctionnaires de court, début février. Gérald Darmanin et Edouard Philippe annonçaient un vaste plan de départs volontaires dans la fonction publique, dans le cadre de l’objectif présidentiel de suppression de 120.000 postes. Une « grande concertation » va courir sur toute l’année 2018 entre le gouvernement et les syndicats de fonctionnaires. Le texte, lui, doit être présenté début 2019.

 

 

L’exécutif souhaite étendre « largement » le recours aux contractuels ne bénéficiant pas de l’emploi à vie et développer davantage la rémunération au « mérite ». Outre ces deux dossiers traditionnellement sensibles, la discussion doit également porter sur deux autres chantiers délicats : la simplification des instances représentatives du personnel et l’accompagnement des départs ou des reconversions dans la fonction publique.

5PMA, GPA, fin de vie… l’explosive future loi bioéthique

Les Etats généraux de la bioéthique, ouverts en janvier, se tiennent jusqu’au mois de juillet : cette vaste concertation nationale de citoyens et d’experts doit nourrir un projet de loi bioéthique qui sera déposé à l’automne. PMA pour toutes, fin de vie, données de santé, intelligence artificielle, autant de sujets brûlants qui pourraient susciter bien des réticences chez les conservateurs (Manif pour tous et Conférence des évêques en tête) et les data-sceptiques.

 

 

L’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA, ou AMP) aux femmes célibataires et aux couples de femmes, à laquelle est favorable Emmanuel Macron, figure en bonne place dans les discussions. Dans « le Monde » en janvier, 110 personnalités ont par ailleurs réclamé une « réforme urgente » des lois concernant la gestation pour autrui (GPA).

6 Prélèvement à la source

Elle est donc cette fois en route : la retenue à la source va devenir « une réalité » dès le 1er janvier 2019, et le taux de prélèvement de 37 millions de foyers fiscaux sera calculé, chaque mois, sur la base de leur revenu de référence. Les couples qui le souhaitent pourront opter pour des taux individualisés pour éviter que les deux conjoints ne soient prélevés au même taux, quel que soit leur salaire.

Pour des raisons de confidentialité, les contribuables qui le souhaitent auront en outre la possibilité de demander l’application d’un « taux neutre ». Leur taux de prélèvement réel ne sera alors pas connu de leur employeur, mais ils devront régulariser chaque année leur situation auprès du fisc. Autant de dispositifs qui complexifient la réforme, et suscitent de fortes réticences chez les chefs d’entreprise. Faisant part de sa forte inquiétude, le président du Medef Pierre Gattaz, a demandé un moratoire d’un an.

 

 

« Je comprends les interrogations » mais « de temps en temps, c’est bien de penser aux salariés », juge le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, vantant « une mesure de simplification pour les Français » : près de « 98% des foyers fiscaux voient leurs revenus changer d’une année sur l’autre », or « le décalage d’un an entre les revenus et le paiement des impôts peut poser de nombreuses difficultés ».

Reste à savoir comment les Français encaisseront le choc psychologique de voir leur fiche de paie amputée chaque mois…

Les autres mesures attendues

  • La taxe d’habitation va diminuer d’un tiers dès l’automne 2018, pour 80% des ménages. Elle diminuera d’un second tiers en 2019, avant de disparaître, pour tout le monde, en 2020.
  • Emmanuel Macron a annoncé au magazine « Forbes » sa volonté de supprimer l’ »Exit Tax » pour les contribuables partant à l’étranger, suscitant une salve de critiques contre sa politique fiscale déjà accusée de favoriser les très riches.  »Les gens sont libres d’investir comme ils le souhaitent », argue Macron, qui dresse un parallèle avec la relation de couple : « Je suis favorable à l’idée de pouvoir se marier librement et de divorcer librement. »
  • L’Allocation adulte handicapé (AAH) sera revalorisée de 90 euros par mois, passant de 810 à 860 euros en novembre 2018, puis à 900 euros en novembre 2019.
  • Le CICE sera définitivement transformé en allègements de cotisations sociales pour les entreprises, début 2019.
  • Le nombre d’élèves par classe sera passé à 12 dans 2.500 classes de CP dans les réseaux prioritaires REP+, à la rentrée 2018. La mesure doit être étendue aux CP et aux classes de CE1 en REP.

T.V.

Publié dans:Politique |on 8 mai, 2018 |Pas de commentaires »
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