Archive pour la catégorie 'Politique'

La lettre de Laurent Joffrin……………….(18/12/2017)

Libération 18 décembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Aux marches du Palais

Emmanuel Macron ne s’est pas mal sorti de l’impitoyable questionnement que lui a infligé lundi soir Laurent Delahousse sur France 2. Pris sous un feu roulant d’interrogations embarrassantes – «vous dormez peu ?», «c’est votre héroïsme ?», «quel est votre message aux Français pour Noël ?» – le président a réussi à placer qu’il était, quoique jupitérien, faillible comme les autres hommes, que son leadership international, loué partout, n’était pas absolu, que la famille était une valeur sûre, que son amie la finance, tel un paysage bucolique, verdirait au printemps. Plusieurs fois acculé par son contradicteur, il a préféré, habileté suprême, rester debout pour entraîner l’importun dans le vestibule de l’Elysée et le mettre très courtoisement dehors…

Ironie sévère, dira-t-on. Laurent Delahousse est un excellent présentateur de JT mais il a voulu appliquer au président de la République la méthode empathique dont il use envers les people du show-biz, ce qui a transformé son entretien exclusif en opération de communication pour Emmanuel Macron. Opération réussie : le président a dit des choses, comme le souligne Alain Auffray sur Liberation.fr. Ce qui débouche sur un paradoxe français : maîtrisant son image comme aux beaux temps du gaullisme, ce président qui s’expose avec parcimonie à la contradiction (une fois en sept mois, en octobre dernier, devant les journalistes de TF1) voit sa courbe de popularité remonter en flèche. Sarkozy allait au carton en conférence de presse, à ses risques et périls; Hollande laissait porte ouverte aux journalistes les plus critiques, quitte à se faire bousculer : il faut croire que cette candeur ne paie pas. Maugréant sans cesse contre les hommes politiques et les élites, l’opinion ratifie néanmoins les usages monarchiques qui sont la marque de la Ve République. Ailleurs en Europe, on a séparé la sacralité du pouvoir de son exercice, en laissant un roi ou une reine sur le trône (Grande-Bretagne, Espagne, Pays-Bas, Belgique) ou bien en plaçant au sommet de la pyramide constitutionnelle un président soliveau (Italie, Allemagne, Autriche, Portugal, etc.) En France, une déambulation jusqu’aux marches du Palais fait événement. Laurent Delahousse, au fond, a trop bien compris la logique intime de la Ve République.

Et aussi

Bachar El Assad, dont tant d’adeptes de la «realpolitik» disent qu’il est un acteur incontournable au Proche-Orient, s’est une nouvelle fois distingué. Devant des médias russes, il a qualifié des «traîtres» les membres milices kurdes qui ont participé à la lutte contre Daech. Les traîtres en question ont servi de troupes de choc à la coalition internationale qui a jeté bas le «califat» instauré par Daech en Irak et en Syrie. Les voilà récompensés… Longtemps la France a exigé le retrait d’Assad. Il est sans doute trop tard aujourd’hui. Mais il faut craindre que cette position, si critiquée à l’époque, se révèle prémonitoire.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 18 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

Jonas l’escamoteur……………………(18/12/2017)

Propos d’Emmanuel Macron sur le climat : « C’est un escamoteur », condamne EELV

David Cormand, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, a répondu sur franceinfo à Emmanuel Macron, qui a notamment évoqué l’écologie, dimanche soir, lors de son entretien à France 2.

Emmanuel Macron, pendant son entretien exclusif à France 2, à l\'Elysée (Paris), diffusé le 17 décembre 2017.
Emmanuel Macron, pendant son entretien exclusif à France 2, à l’Elysée (Paris), diffusé le 17 décembre 2017. (FRANCE 2)
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franceinfoRadio France

Mis à jour le 18/12/2017 | 07:37
publié le 18/12/2017 | 06:11

image il y a 10 heuresVIDEO. Syrie, Trump, réformes… Neuf phrases à retenir de l’entretien d’Emmanuel Macron sur France 2

Emmanuel Macron s’est exprimé sur France 2, dimanche 17 décembre. Le président de la République a notamment défendu son action sur le plan de la défense de l’environnement et sa volonté de mener à bien l’accord de Paris sur le climat, malgré le désengagement des États-Unis. « Je n’ai pas le sentiment que la France soit exemplaire en matière d’écologie », a déclaré sur franceinfo David Cormand, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

franceinfo : On a entendu Emmanuel Macron qui doute que Donald Trump remette réellement en cause le réchauffement climatique. Avez-vous eu ce sentiment ?

David Cormand : J’ai le sentiment que Donald Trump est une bénédiction pour celles et ceux qui veulent avoir l’air d’être écologiste sans être vraiment écologiste. À côté de Donald Trump, tout le monde a l’air écologiste. Il est tellement caricatural. Mais en attendant que les États-Unis fassent ce qu’ils ont à faire, en France et en Europe, il faut agir. Il faut être exemplaire et je n’ai pas le sentiment que la France soit exemplaire en matière d’écologie.

Nicolas Hulot est-il la caution écologiste d’Emmanuel Macron ?

Moi, j’ai confiance en la sincérité et la détermination de Nicolas Hulot. Il est un ministre de la Transition écologique sincère en territoire hostile. Il a affaire à d’autres membres du gouvernement et un Premier ministre qui ne sont pas écologistes. Et, surtout, dans les valises d’Emmanuel Macron, il y a des lobbys puissants qui n’ont pas intérêt à ce que le système change. Le point d’orgue de cette mise en scène des contradictions a été le sommet organisé à Paris cette semaine. La seule chose qu’a su dire Emmanuel Macron pour sortir de l’effondrement écologique que nous sommes en train de vivre, c’est de faire confiance à la finance. Une finance qui aurait été repeinte en verte comme par magie. Il faut que l’État joue son rôle. Je n’attends pas de lui qu’il soit un gentil organisateur. J’attends de lui qu’il joue un rôle politique pour contraindre les forces de l’argent à arrêter de détruire l’environnement et la qualité de vie des salariés.

Sur la question du nucléaire, Emmanuel Macron s’en remet à l’avis de l’Autorité de sureté nucléaire…

C’est toujours la même histoire, c’est un escamoteur. Il ne répond pas sur l’essentiel qu’est le nucléaire, qui est beaucoup plus cher que le renouvelable. Le modèle économique du nucléaire ne fonctionne plus. C’est surtout la gestion du très long terme, la gestion des déchets et du démantèlement des centrales, qui va être altérée. Si la France est autant en retard sur le renouvelable, c’est parce que nous avons tout misé sur le nucléaire. Notre seule chance pour sortir du boulet nucléaire est d’assumer et de dire qu’on arrête.

Publié dans:Politique |on 18 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………..(15/12/2017)

Libération 15 décembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Fin du scandale de Panama

Un point marqué contre le fatalisme. Panama a enfin accepté le principe d’un échange des données bancaires avec les pays qui en feront la demande. Une grande partie du public croit qu’on ne peut pas faire grand-chose contre les paradis fiscaux, que les révélations de la presse sont intéressantes mais oiseuses, que les multinationales, ces monstres froids, résistent victorieusement aux Etats, et, plus généralement, que la mondialisation est un processus incontrôlable qui dépouille les gouvernements souverains de tout pouvoir au profit des puissances économiques. La nouvelle affaire de Panama montre que cette idée est fausse. Déjà, à la suite de la crise financière de 2008, plusieurs pays importants dans ce petit univers de l’exemption fiscale avaient mis un genou à terre et accepté de transmettre aux autorités des pays demandeurs les informations qui permettent de débusquer les fraudeurs. La décision panaméenne, obtenue sous la pression des révélations journalistiques, de l’action des ONG spécialisées, suivies en traînant les pieds par les grands Etats, montre que ces actions «citoyennes» ne sont pas vaines. Dès lors qu’une volonté politique claire se manifeste, ces petites nations pirates qui attirent l’argent en lui assurant la dissimulation ne peuvent pas tenir. Quand ceux qui ont un gros PIB parlent, ceux qui en ont un minuscule écoutent.

Encore faut-il parler. Nous sommes loin du compte. En Europe même, il existe toujours des paradis fiscaux qui jouent du dumping fiscal et de l’anonymat garanti pour s’assurer une prospérité indue. Mais l’étau, avec une lenteur exaspérante mais inexorable, se resserre. Il restera toujours des fraudeurs et des «optimiseurs» sans vergogne, de même que les lois contre le vol n’ont pas fait disparaître les voleurs. Mais leur vie devient plus difficile au fur et à mesure que la prise de conscience progresse. C’est tout le but de ce processus. On ne peut pas éradiquer l’incivisme fiscal. On peut le faire reculer. Autrement dit, malgré la puissance des féodalités financières, ces nouveaux seigneurs prédateurs comparables à ceux du Moyen-Age, la politique, appuyée sur la souveraineté populaire, n’est pas impuissante.

Et aussi

Ségolène Royal est en pleine forme. Sans doute revivifiée par l’air frais des pôles, elle s’est fendue de propos iconoclastes (dans le monde politique) en faveur des nationalistes corses, des gens qui ont fait «un boulot extraordinaire». Elle n’a pas tort sur beaucoup de points. La victoire des indépendantistes (ou plus exactement des autonomistes, pour l’instant, puisqu’ils ne réclament pas l’indépendance), a porté un coup sévère au système clanique et clientéliste qui gangrenait la Corse (mais pas, ou pas encore, à l’emprise des bandes mafieuses qui sévissent sur l’île). Certaines revendications sont légitimes : le transfèrement des prisonniers, la défense de la langue corse (dans beaucoup de pays, la liberté linguistique existe) ; en France même, on a reconnu depuis plusieurs années le droit à l’existence des langues régionales. Plus complexe est l’introduction d’un «statut de résident», qui heurte le principe d’égalité sur le territoire et fleure quelque peu l’intolérance envers les étrangers. Mais la question de la hausse des prix immobiliers qui chasse de chez eux les plus pauvres n’a rien d’artificielle. Seulement elle ne se pose pas seulement en Corse mais dans toutes les zones touristiques et littorales. Ne pourrait-on, à partir de l’exemple corse, imaginer une solution au niveau national ? On retrouverait ainsi le principe républicain de l’égalité des droits et d’équilibre social des territoires. Un beau sujet de débat…

Laurent Joffrin
Publié dans:"AFFAIRES", Politique |on 15 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………….(14/12/2017)

Libération 14 décembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Un rapport contre Macron

On peut dire beaucoup de mal de ce vieux continent poussif, nostalgique, déprimé à bien des égards. On peut dire beaucoup de mal de cette Union brinquebalante qui va de compromis boiteux en arrangements obscurs, empêtrée dans l’écheveau des égoïsmes nationaux et déstabilisée par le vent libéral qui souffle en tempête depuis des décennies.

Pourtant, l’impressionnant rapport élaboré par Thomas Piketty et ses amis économistes corrige quelque peu ce sombre tableau. Au bout du compte, l’Europe qui a maintenu vaille que vaille un Etat-providence en état de marche, qui a conservé des taux d’imposition redistributifs, qui a investi massivement dans l’éducation, a somme toute résisté à la révolution conservatrice lancée par Ronald Reagan, et Margaret Thatcher au début des années 80. L’inégalité majeure qui devient la règle dans les autres parties du monde y est moindre, le fossé entre riches et pauvres moins profond et une forme de société plus équilibrée, moins dure aux faibles, a survécu aux réformes imposées partout par des gouvernants libéraux, c’est-à-dire, en fait, par les riches.

Ce résultat qui relégitime l’intervention collective dans l’économie pose du coup un problème politique aigu à Emmanuel Macron, du moins tel qu’on le voit gouverner la France depuis six mois. Qu’est-ce au fond que sa politique, in fine, sinon une tentative peinte de couleurs attrayantes pour rapprocher la France du modèle anglo-saxon ? Réduction des impôts pour les classes favorisées, libéralisation du marché du travail, ode à l’initiative individuelle et à la réussite matérielle : le macronisme est un libéralisme à visage juvénile. Il peut aboutir à un redressement économique. Mais il y a fort à parier qu’il débouchera sur des inégalités plus grandes. C’est-à-dire à l’inverse des préconisations contenues dans le rapport Piketty.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 14 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………..(13/12/2017)

Libération 13 décembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Quand le peuple vote mal…

Les deux projets aéroportuaires du Grand-Ouest, disent les trois experts missionnés par le gouvernement, «sont raisonnablement envisageables». En bonne logique, ce diagnostic signe l’arrêt de mort du projet de Notre-Dame-des-Landes. Si l’extension de l’aéroport actuel, situé à Nantes, est «raisonnablement envisageable», pourquoi s’obstiner dans une bataille en rase campagne qui risque de causer des violences graves et qui semble nous ramener quarante ans en arrière, aux beaux temps du gaullisme productiviste, alors même qu’Emmanuel Macron se veut désormais le paladin de l’écologie planétaire ? Solution logique et effectivement raisonnable : elle préserve 1 600 hectares de terres agricoles et respecte – symboliquement ou réellement, sachant que le symbole en politique compte beaucoup – l’impératif environnemental qui doit désormais encadrer l’action publique.

Relevons toutefois un paradoxe distrayant. Beaucoup de ceux qui s’opposent à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes sont également hostiles à «l’Europe libérale» et sont, disent-ils, attachés à des formes de démocratie directe. Dans cette coalition hétéroclite, on trouve Philippe de Villiers, depuis longtemps en croisade contre le projet, et la gauche radicale, mobilisée par l’idéal écologiste. Tous ceux-là n’ont pas eu de mots assez durs pour stigmatiser ce qu’ils appellent le «déni de démocratie» dont les élites pro-européennes se sont rendues coupables en contournant le vote négatif sur le traité constitutionnel européen de 2005. Ils voient dans ce référendum trahi l’exemple même du pouvoir dictatorial de «l’oligarchie» mondialisée, qui consulte le peuple et n’en tient aucun compte quand le résultat de cette consultation lui déplaît.

Vérité en Europe, erreur en Bretagne. Le même peuple, à l’échelle certes départementale, a été consulté en bonne et due forme sur Notre-Dame-des-Landes. A une claire majorité, il s’est prononcé en faveur du projet. Ce qui n’a rien d’étonnant : déjà, dans plusieurs consultations électorales, les votants avaient élu en quasi-totalité des candidats (de tous les partis) favorables au projet de Notre-Dame-des-Landes, présenté comme un emblème de la fierté régionale. Mais les mêmes démocrates intransigeants n’en tiennent aucun compte. Quand le peuple vote comme eux, il a raison et il faut respecter son choix. Mais quand il vote mal, comme dans le cas de Notre-Dame-des-Landes, on s’assoit dessus. Ce qui veut dire, au fond, que la démocratie ne se résume pas à la loi de la majorité. Dans certains cas, une minorité déterminée peut renverser la vapeur, les pro-européens dans un cas, les écologistes dans l’autre. Force ou faiblesse de nos systèmes démocratiques ? Chacun jugera…

Et aussi

Péché majeur pour Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice dans le gouvernement Cazeneuve. Depuis des lustres, avec plus ou moins de détermination, les gouvernements successifs ont admis qu’ils ne pouvaient domestiquer comme naguère, à leur profit, le pouvoir judiciaire. Petit à petit, les interventions de l’exécutif auprès des magistrats s’étaient raréfiées et les juges avaient gagné durement leur indépendance. En transmettant, contre toutes les règles, une note confidentielle issue d’une procédure à Thierry Solère, député LR englué dans une affaire de fraude fiscale, aujourd’hui «constructif», le ministre de la Justice est revenu en arrière. Il a violé la séparation des pouvoirs et jeté le doute sur des décennies d’efforts. Décidément, la séparation définitive entre parquet et chancellerie, dans les affaires individuelles en tout cas, s’impose d’urgence.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 13 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………(12/12/2017

Libération 12 décembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Bertrand de Winterfell

Tel un personnage de Game of Thrones, Xavier Bertrand, le nouveau Jon Snow, se retire dans son royaume du Nord. Il ne veut plus s’occuper de Port-Real, la capitale, pour régner en solitaire sur Winterfell, capitale des Hauts-de-France. Il y a une cohérence dans sa décision. Elu contre le Front national grâce au retrait de la gauche qui a appelé à voter pour lui, il incarne un centrisme gaullien et social, à cent lieues des thèses identitaires défendues par Laurent Wauquiez. Il ajoute qu’il ne croit plus aux «partis politiques traditionnels» et laisse entendre qu’il pourrait concourir seul à la prochaine élection présidentielle, appuyé sur son fief septentrional et flanqué de son «think tank» personnel, «La Manufacture». Bertrand est un symptôme : le rejet des vieux partis devient décidément le marqueur du «nouveau monde» inauguré par l’élection d’Emmanuel Macron.

Ce nouveau monde est-il si neuf ? Est-il meilleur que l’ancien ? L’effacement des partis classiques est une évidence. En marche est un mouvement, comme La France insoumise. Benoît Hamon cherche son salut dans un club juvénile rassemblé autour de sa personne. Le vieux PS est invisible, réduit comme peau de chagrin. Restent LR et le FN, ces survivants mal en point. Wauquiez tient désormais l’ancienne formation de droite en laisse, tout comme la famille Le Pen conserve sur le FN une emprise absolue, symbolisée par l’éviction brutale de Florian Philippot. Le «nouveau monde» nous ramène loin en arrière. La référence à Game of Thrones n’est pas fortuite. La vie politique française ressemble désormais à l’affrontement sans merci d’une poignée de condottiere exerçant sur leurs troupes une domination sans faille. Macron désigne souverainement les chefs de La République en marche, qui sont ensuite plébiscités à main levée ; Mélenchon est seul à la barre de La France insoumise, faite d’adhérents qui lui sont étroitement soumis ; Le Pen et Wauquiez dirigent des formations à leur main ; Hamon gouverne sa petite boutique sans partage ; Bertrand est un chevalier du Nord solitaire et libre. Seuls les socialistes ont conservé l’ancien rituel – un congrès, des motions, un vote à bulletins secrets. Ce sont les plus mal en point…

Comme les vieilles chaussures, les vieux partis avaient pourtant leur vertu. Ils ne désignaient pas seulement les candidats. Ils étaient des écoles de formation civique. Le Parti communiste offrait une promotion à des ouvriers que leur origine sociale avait privés d’études ; les socialistes au temps de leur splendeur faisaient cohabiter militants, experts, énarques et élus locaux dans une camaraderie égalitaire qui n’était pas de façade. Le parti gaulliste rehaussait le peuple et le mettait en communication directe avec l’Histoire. Tous avaient une culture, une légende, un héritage et obligeaient les adhérents à se bonifier en compétence, en expérience, en influence. Les militants collaient des affiches mais ils débattaient aussi de l’avenir du pays et orientaient par leur vote la ligne générale. Ce sont aujourd’hui des suiveurs, des fans, des groupies, autrement dit des fantassins sans pouvoir, des «helpers», comme on dit chez Macron, qui remplissent les salles pour leur grand homme, lequel agit à sa guise sur la scène médiatique. C’est la modernité. Est-ce la démocratie ?

Laurent Joffrin
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Quelle famille !!! (11/12/2017)

  20h27
Alerte info
« Je ne reconnais plus ma famille politique » : Xavier Bertrand quitte le parti Les Républicains, au lendemain de l’élection de Laurent Wauquiez« J’ai décidé de quitter définitivement Les Républicains. » Lundi 11 décembre, le président de la région Hauts-de-France a annoncé son départ sur le plateau du 20 heures de France 2. Cette déclaration survient au lendemain de l’élection de Laurent Wauquiez à la tête du parti. « Nous sommes dans une dérive. Je ne reconnais plus ma famille politique alors j’ai décidé de la quitter« , a-t-il ajouté. « Je ne crois plus aux partis politiques traditionnels ».
Cliquez ici pour plus d’informations
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La lettre de Laurent Joffrin………………..(11/12/2017)

Libération 11 décembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Wauquiez bleu marine

Oups ! Si les lapsus ne sont pas toujours révélateurs, ils sont parfois ravageurs. Confrontée à Florian Philippot dimanche soir sur BFM, Virginie Calmels, passée sans ciller du juppéisme militant au soutien sans faille – et sans mémoire – à Laurent Wauquiez, lâche que, «pour le moment», il ne saurait y avoir d’alliance avec le FN. «Pour le moment ?» Levée de boucliers dans la droite modérée. La dame précise lundi matin qu’elle a commis une maladresse et ajoute : «pour le moment et à jamais». Utile codicille…

L’incident éclaire néanmoins la situation politique de Wauquiez que les militants viennent de plébisciter à la tête de LR. C’est un fait que son discours – sur ce point, Philippot, aussi bien que les excellences du centre droit, Raffarin, Juppé ou de Calan, sont entièrement d’accord : Wauquiez décalque fidèlement la thématique du FN. C’est l’effet d’une conversion dûment méditée. Les militants LR se sont droitisés. Voulant être leur chef, il les suit… Le nouveau patron LR est à l’origine un fils spirituel de Jacques Barrot, fervent démocrate-chrétien du centre (de la France et de l’échiquier politique). Depuis quelques années, le pauvre Barrot se retourne dans sa tombe à chaque fois que son ex-rejeton prononce une parole. Ce n’est plus un cercueil, c’est un trampoline… Wauquiez dira qu’il a trouvé son chemin de Damas, qui est plutôt une allée de Montretout, et on n’épiloguera pas sur sa sincérité.

Le problème, c’est qu’à l’instar de Pascal, à force de s’agenouiller, on finit par croire. Dans l’immédiat, il s’agit de parts de marché : reproduisant le discours du FN, Wauquiez veut attirer à lui ses électeurs. Mais au pied du mur, quand il s’agira de gagner une élection décisive, la tentation sera forte de remplacer la soustraction par l’addition. Quand deux partis disent la même chose, ils finissent par juger que l’union vaut mieux que la concurrence. Si la droite modérée part chez Macron, l’arithmétique risque de l’emporter sur l’éthique. Pour avoir une chance de gagner, l’union des droites dures, ou des extrêmes droites, semblera de toute nécessité. Et pour repousser ce calice, les principes manqueront à l’appel.

Et aussi

Jean-Michel Blanquer, qu’on a présenté au début comme un professionnel de l’éducation – ce qu’il est – est aussi un redoutable politique. Par une mesure démagogique mais populaire – la liberté de choix des communes en matière de calendrier – il a désamorcé la fronde née de la réforme des rythmes scolaires, pourtant bénéfique aux enfants, selon tous les spécialistes. Geste politique s’il en est. En dédoublant les classes de CP à marche forcée, il satisfait la gauche enseignante et parentale. Pour le reste, il ne cesse d’envoyer des clins d’œil à la droite finkielkrautienne en se disant favorable au port de l’uniforme ou encore en plaidant – à titre personnel – pour l’interdiction du port du voile pour les mères accompagnant les sorties scolaires. Hypothèse illégale au demeurant : aucune loi française ne prohibe le port du voile dans l’espace public, comme l’a bien précisé le Conseil d’Etat. On joue sur les symboles pour flatter l’opinion. C’est de la politique, mais pas au bon sens du terme.

Laurent Joffrin
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LR+FHaine, même combat………………….(10/12/2017)

 

 

De Sarkozy à Wauquiez : comment la droite s’est laissée contaminer par les idées du FN

De Sarkozy à Wauquiez : comment la droite s'est laissée contaminer par les idées du FN

Laurent Wauquiez et Nicolas Sarkozy à Paris, le 2 juillet 2016. (WITT/SIPA)

Entre droite et extrême droite, le fossé sémantique n’a cessé de se réduire depuis 2007.

Stigmatisation des immigrés, de l’islam et des élites, célébration des « racines chrétiennes de l’Europe », évocation d’un « grand remplacement » culturel… Pour conquérir la présidence des Républicains, Laurent Wauquiez n’a pas lésiné sur les formules chocs au cours de la campagne.   »Le discours de Laurent Wauquiez reprend et parfois déborde celui de Marine Le Pen », analysait dans « l’Obs » il y a quelques semaines la chercheuse Cécile Alduy, auteure de « Ce qu’ils disent vraiment. Les politiques pris aux mots ».

« Il y a indéniablement des expressions, et surtout des obsessions communes (…).Wauquiez utilise des expressions ancrées dans la tradition d’extrême droite, comme la notion de ‘patrie charnelle’, une expression employée autrefois par Jean-Marie Le Pen, et aujourd’hui sur tous les sites identitaires. »Une ligne « décomplexée » et une sémantique aux parfums frontistes qui, si elles font tousser certains de ses camarades à droite, ravissent de nombreux militants et devraient permettre à Laurent Wauquiez d’être élu sans difficulté à la tête du parti.

 

 

Un « hold-up idéologique » qui a débuté il y a plus de 30 ans

Au regard de l’histoire récente des droites, la victoire annoncée de Laurent Wauquiez apparaît comme la nouvelle étape du processus de contamination politique de la droite par les idées du FN, amorcé il y a une trentaine d’années. « Une contamination volontaire qui n’a en aucun cas été subie », précise l’historienne Valérie Igounet, spécialiste de l’extrême droite.

« Face à l’émergence du Front national, puis son ascension dans les années 80, des représentants de la droite ont peu à peu choisi délibérément de s’emparer de thématiques frontistes au nom d’objectifs électoraux. Plus la dynamique électorale du FN est forte, plus la droite a recours à cette forme de hold-up idéologique. »L’histoire de cette contamination débute d’abord timidement avec, dès 1977, quelques alliances locales passées inaperçues entre la droite et le FN. Elle s’accélère à mesure des premières percées électorales du Front. En 1983, à Dreux, deux listes – l’une de droite et une autre d’extrême droite – fusionnent. Leur slogan : « inverser le flux de l’immigration à Dreux ». Un certain Jacques Chirac, alors président du RPR, déclare alors qu’il n’aurait « pas du tout été gêné de voter » pour cette liste. Un nouveau cap sera franchi quinze ans plus tard, lors des régionales 1998, quand la droite, dans plusieurs régions, se trouve contrainte de s’allier avec le FN pour l’emporter.

 

 

Durant les années 90 et 2000, cette contamination se poursuit et s’amplifie, mais essentiellement sur le terrain de la sémantique. « On observe une nette radicalisation du discours du RPR et de l’UDF sur l’immigration », explique Valérie Igounet. « Au sein de ces formations, certains reprennent à leur compte la forme et le fond du discours lepéniste », écrit l’historienne, dans une note consacrée à ce sujet.

Jacques Chirac – encore lui – estime en 1991 que Jean-Marie Le Pen  »n’ayant pas le monopole de ces thèmes », il  »faut se les approprier ». C’est en 1991 qu’il raille également le « bruit et l’odeur », lors d’un dîner-débat du RPR organisé à Orléans. Valéry Giscard d’Estaing, alors président de l’UDF, qualifie lui la même année l’immigration d’ »invasion ».

Le tournant de l’élection présidentielle 2007

Mais c’est bien à partir de la campagne présidentielle de 2007 que cette contamination franchit un cap. En installant la question identitaire au centre des débats, en créant un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’identité nationale et du Développement solidaire en début de quinquennat, « Nicolas Sarkozy joue un rôle décisif dans ce processus de libéralisation des mots », poursuit Valérie Igounet.

« Les termes choisis sont ceux de l’extrême droite. Dans le discours, s’opère une distinction entre un ‘nous’ - les Français – qui s’oppose à un ‘eux’ - les immigrés. La droite républicaine fait sienne un marqueur idéologique du Front national. »Dans les années 2010, marquées en particulier par le discours de Grenoble, un vrai mimétisme lexical pratiqué par la droite sur des thématiques frontistes s’installe durablement, avec la prééminence de mots comme immigration, insécurité, identité, invasion, frontières, islam, etc. On assiste alors à une radicalisation de l’offre et du débat politiques.

« Avant Sarkozy, il y avait des mots et des petites phrases qui montrait une porosité. Qu’on se souvienne, par exemple, des sorties de Pasqua. Mais la présidentielle 2007 représente une vraie coupure fondamentale », souligne Valérie Igounet, qui a consacré un ouvrage à l’évolution des slogans FN et à leur viralité.

« La droite se met désormais à médiatiser des thématiques chers au FN en disant ouvertement que son objectif est de séduire l’électorat frontiste. Elle se cache de moins en moins, elle a beaucoup moins de scrupules qu’auparavant. »

 

Avec Wauquiez, le passage au « copier/coller »

Laurent Wauquiez est-il en passe de parachever cette « évolution » ? L’ancien ministre poursuit indéniablement l’histoire du hold-up idéologique de la droite sur le FN, juge Valérie Igounet.

« Entre Wauquiez et le FN, sur le plan sémantique, le fossé s’est considérablement réduit. On peut carrément parler de copier/coller sur un certain nombre de thèmes, principalement l’immigration et l’islam. »Outre ses propos sur le « grand remplacement », une théorie complotiste qui divise au sein même du FN, l’historienne appuie son propos en citant de récentes déclarations tenues par des proches du candidat à la présidence LR. « Quand je vois qu’à Strasbourg on construit une mosquée avec deux minarets de 36 mètres de haut, je me dis que je ne veux pas que la France des clochers devienne la France des mosquées », a ainsi lâché Aurane Reihanian, le « bébé Wauquiez » qui monte dans l’ombre de son mentor, reprenant une vieille rengaine frontiste.

Si le refus d’alliance reste ferme, la conquête de l’électorat frontiste apparaît ainsi plus que jamais comme l’ambition numéro un du nouvel homme fort de la droite française, qui est en passe de déplacer le curseur encore un peu plus à droite que ne l’a déjà fait Nicolas Sarkozy.

 

 

« Nicolas Sarkozy a toujours tenu ensemble deux lignes : un discours identitaire et un discours moderniste. Laurent Wauquiez fait l’impasse sur ce deuxième volet qui avait permis à Nicolas Sarkozy d’élargir son électorat vers le centre, et pas seulement vers l’extrême droite », relevait à ce propos Cécile Alduy, dans l’entretien qu’elle a accordé à « l’Obs » début novembre.

« La droite ‘dure’ et identitaire a toujours existé au sein des Républicains mais elle ne représentait qu’un courant parmi d’autres. La rupture actuelle, c’est qu’elle devient hégémonique et risque de faire taire ou fuir les autres courants de la droite classique. »L’Europe, qui constituait ces dernières années l’un des derniers grands clivages entre LR et FN, l’est de moins en moins avec la conversion eurosceptique de Laurent Wauquiez, relevait aussi cette chercheuse associée au Cevipof.

Cette stratégie, qui se veut être une réponse à une base électorale qui s’est radicalisée, est-elle pour autant viable à plus longs termes ? « Que la droite, depuis trente ans, cherche son salut en préemptant des concepts frontistes au nom d’objectifs électoraux en dit beaucoup sur l’état de ce mouvement », estime Valérie Igounet.

« Ces emprunts de plus en plus répétés sont un signe parmi d’autres qui témoignent de la faiblesse de la droite. »

 

Un diagnostic partagé par l’historien Nicolas Lebourg, spécialiste lui aussi de l’extrême droite. « La droite est aujourd’hui invertébrée, ne sait plus se différencier des autres courants pour proposer une offre politique autonome (…). Ni son offre politique ni sa cible électorale ne sont autonomes », écrit ce membre de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, dans une longue note. Et l’historien de souligner :

« Pour l’instant, la stratégie Wauquiez consiste à refaire ce qui a échoué avec Sarkozy ou Jean-François Copé. »Sébastien BILLARD

Publié dans:Politique |on 10 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

Manu toujours « dépité »…………………(08/12/2017)

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Législatives : le Conseil constitutionnel valide l’élection de Manuel Valls, qui était contestée par une candidate de La France insoumiseManuel Valls reste à l’Assemblée nationale. Le Conseil constitutionnel a validé définitivement, vendredi 8 décembre, l’élection de l’ancien Premier ministre comme député de la première circonscription de l’Essonne, annoncent ses avocats. Battue de justesse au deuxième tour des législatives par Manuel Valls, la candidate de La France insoumise Farida Amrani avait déposé un recours devant le Conseil constitutionnel. Après avoir dénoncé des irrégularités au cours d’une soirée électorale mouvementée, elle a porté plainte contre X pour « fraude électorale » devant le parquet d’Evry.
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Publié dans:Politique |on 8 décembre, 2017 |Pas de commentaires »
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