Archive pour la catégorie 'Politique'

La lettre de Laurent Joffrin……………….(07/12/2017)

Libération 07 décembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Dieu est-il diplomate ?

Ce matin sur France Inter. Nicolas Demorand interroge Aliza Bin-Noun, ambassadrice d’Israël en France, sur le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem décidé par Donald Trump. «Mais Jérusalem est notre capitale depuis trois mille ans !», s’écrie l’ambassadrice, femme fort aimable et compétente au demeurant. Ainsi donc, trois mille ans… C’est la tradition juive, en effet, très respectable comme tant de traditions. C’est écrit dans la Bible, aucun doute : l’Eternel offre aux Hébreux la Terre promise dont Jérusalem est la ville symbole. C’est là que l’incroyant prosaïque, tout de même, tique un peu. La Bible devient-elle pour les diplomates… parole d’Evangile ? Aliza Bin-Noun n’est pas la seule à professer ce genre d’idée. Si Donald Trump a pris sa décision, c’est aussi pour complaire aux branches les plus littéralistes du protestantisme américain, les Evangélistes notamment, persuadés que le soutien à Israël et la dévotion envers Jérusalem sont des conditions sine qua non de l’entrée au paradis.

Diffcile, dira-t-on, de ne pas prendre en compte le facteur religieux quand on parle de Jérusalem. Certes. Mais la Bible est-elle vraiment un manuel de géopolitique contenporaine, un guide de diplomatie moderne ? Rappelons tout de même, sans jouer au rationaliste à front bas, que la Bible n’est pas un livre d’histoire. Les spécialistes, par exemple, Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, archéologues israéliens, considèrent que tous les événements rapportés dans la Bible antérieurs à 600 avant JC, comme la captivité en Egypte, l’exode, le retour vers Canaan, sont légendaires. Aucune trace archéologique ne vient les confirmer (c’est même plutôt le contraire). Jérusalem capitale depuis trois mille ans ? C’est une légende. Un quasi-consensus s’est établi chez les experts pour tenir ces passages de la Bible pour un texte politique écrit aux temps du royaume de Juda afin de conforter la monarchie en place, qui cherchait un récit mythique destiné à donner à leur régime une épaisseur historique, un peu comme la monarchie française avait fait remonter sa généalogie à Mérovée, roi de légende sont l’existence est tout sauf avérée.

Tous les peuples ont besoin de mythes. Mais les mythes sont-ils des repères légitimes pour organiser une politique raisonnable, ici et maintenant ? Il en va de même côté musulman. L’attachement à Jérusalem tient au «voyage nocturne» du Prophète, qui serait ensuite monté au ciel guidé par l’ange Gabriel. La vérité historique de cet épisode n’étant pas tout à fait établie, peut-on s’y fier pour discuter du statut de Jérusalem, autrement que pour évoquer une autre tradition, elle aussi respectable, mais d’une solidité factuelle un peu friable ? C’est là qu’on passe du scepticime à l’inquiétude. Si la mystique tient lieu de politique, comme le suggère l’ambassadrice dans son cri du cœur, quelle est la place pour le compromis ? Peut-on négocier avec Dieu ? S’arranger avec les écritures saintes ? Passer un compromis avec l’Eternel ou avec Allah ? Ce grand retour du spirituel dans la politique internationale porte un nom, commun aux deux univers : la guerre.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 7 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

Jonas a trouvé son idôle……………….(07/12/2017)

Incarnation d’une France qui a « envie d’avoir envie », le rocker national intéresse beaucoup l’Elysée…

Comme les chanteurs, les politiques sont sensibles à l’air du temps. Yé-yé de la politique qui a twisté tous les croulants, Emmanuel Macron a bien compris que la fièvre nationale monterait à l’annonce de la mort de « l’idole des jeunes ». Comme tous les médias alertés par la progression inexorable du cancer dans l’organisme exténué d’un forçat de la scène et de la Gitane, l’Elysée s’était préparé à l’inexorable.

Pressentant l’extinction du plus célèbre ténor du rock hexagonal, le président veillait encore, à 2 heures du matin, quand la triste nouvelle est venue de Marnes-la-Coquette. Il a pu dégainer un communiqué à sa façon témoignant de son impeccable maîtrise du « johnnysme » : pas moins de 22 références aux paroles des chansons de Johnny Hallyday soutiennent l’éloge :

« Il était le bad boy qui chantait l’amour, le rocker sentimental qui défiait Gabrielle ou Sarah, le cœur tendre allant de conquêtes en déchirures. Nous avons souffert et aimé avec lui. »Jean-Pierre Raffarin, le seul sosie non ressemblant de Johnny, n’a plus qu’à se rhabiller. Macron a décidé de ne laisser à personne d’autre qu’à lui-même la récupération de l’élan national en faveur du seul rival du général de Gaulle. « Johnny fait partie des héros français, hommage sera rendu », a-t-il promis depuis Alger où sa visite officielle a été entièrement occultée par la départ ad patrem de cette divinité ignorée par le reste du monde. Les Algériens ont dû penser que leurs anciens maîtres demeuraient toujours aussi incompréhensibles…

Macron, lui, a bien pigé que cette nouvelle passion française tient précisément au culte d’un âge d’or. Calée sur la Ve République, la carrière de l’interprète de « Souvenirs, souvenirs » décolle dans les derniers soubresauts de la guerre d’Algérie. Mais les déhanchements de Johnny Hallyday signifient bien sûr l’impatience d’une génération de baby-boomers qui entendent bien profiter des fruits des Trente Glorieuses. Johnny, le plus grand importateur du softpower américain, sera la marchandise ultime. Sa fureur de vivre – « Pour moi la vie va commencer » – est une ardeur vitale que la société française d’aujourd’hui aimerait peut-être de nouveau éprouver.

C’est du moins ainsi que l’entend le jeune président Macron qui s’est donné pour mission de « libérer les énergies ». Entre gueules d’ange, on se comprend, même à cinquante ans d’intervalle. « On a tous en nous quelque chose de Johnny », a tweeté Emmanuel Macron pour réveiller la « start-up nation » qui sommeillait encore. Le mot d’ordre a été répercuté par François de Rugy, au perchoir de l’Assemblée nationale. Pour Johnny, la représentation nationale s’est levée.

Sur les réseaux sociaux, Macron a aussi mis en exergue sa chanson totem de Jojo : « L’envie ». Tout un programme de mandature !

« Qu’on me donne la haine pour que j’aime l’amour
La solitude aussi pour que j’aime les gens
Pour que j’aime le silence qu’on me fasse des discours
Et toucher la misère pour respecter l’argent ! », chante le rocker.

L’idéal macroniste

Précurseur de la France en Marche !, Johnny est une incarnation de la modernité. De droite, il se gardait bien de se montrer hostile à la gauche. Il dénonça les gauchistes « aux cheveux longs et aux idées courtes » mais fréquenta Mitterrand avant de se « boboïser » grâce aux pygmalions Michel Berger, Jean-Jacques Goldman et Jean-Luc Godard.

Jean-Philippe Smet vénérait la réussite individuelle, défendait l’ordre et n’éprouvait aucune honte de s’être enrichi. Bien au contraire. Johnny n’était pas un rentier. Premier de cordée exemplaire, il flambait. Et donc réinvestissait au profit de tous ceux qui profitaient de sa munificence. Exilé en Suisse, il fut l’un des premiers à dénoncer le « ras-le-bol fiscal » de tout un peuple ! Marié six fois, il a porté haut le nouveau modèle de la famille française recomposée. Photographié aux côtés de tous les présidents, il a symbolisé la continuité de nos institutions.

Libéral en amour, libéral en affaires : Hallyday représente donc parfaitement l’idéal macroniste. En bonne politique, un hommage national paraît donc particulièrement indiqué. Mais l’Elysée reste suspendu au bon vouloir des familles. En 2009, alors qu’il passait pour mourant, Johnny avait appris que Nicolas Sarkozy avait déjà évoqué des funérailles en grande pompe. L’interprète de « Quoi ma gueule ? » en avait été furieux. Et s’était brouillé un temps avec son ami Nicolas. « Je suis un homme libre », répétait-il. Même dans la mort ?

Sylvain Courage

Publié dans:Politique |on 7 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

Mini jupette refait surface…………….(05/12/2017)

19h35
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Présidence des Républicains : Alain Juppé annonce qu’il votera pour Maël de Calan, opposé au favori Laurent WauquiezAlain Juppé a annoncé, mardi 5 décembre, qu’il votera « à titre personnel » pour Maël de Calan, opposant au favori Laurent Wauquiez, dans la course à la présidence des Républicains. « J’aime l’homme qu’il est. C’est une personnalité chaleureuse, bienveillante, optimiste. J’aime ses idées. C’est un homme de droite, une droite humaniste, qui combat vigoureusement les idées du FN. Il est résolument européen », a-t-il écrit sur Twitter.
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Publié dans:Politique |on 5 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………….(05/12/2017)

Libération 05 décembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

«Jean d’O» : une certaine idée de la droite

Ce n’est pas seulement un écrivain qui disparaît avec Jean d’Ormesson, ni un symbole télévisuel de «l’esprit français», selon la formule consacrée. C’est une certaine idée de la droite. Avant de devenir le «Jean d’O» qu’on connaît, aimable, ouvert, élégamment conservateur, il fut un combattant.

Directeur du Figaro, protagoniste d’innombrables débats, cette aristocrate pacifique sabrait comme un colonel d’Empire. Il sabrait la gauche, le PCF, Mitterrand, le Programme commun, le socialisme, bref, tout ce que ses lecteurs, autant que les excellences qu’il recevait à dîner ou dans ses demeures historiques, à Neuilly ou à Saint-Florent, détestaient.

Puis, avec le temps, menant sa carrière d’écrivain cathodique promu dans la Pléiade, il avait arrondi sa manière et enrobé d’humour ses idées. Toujours bretteur de la main droite, gaulliste fidèle, sarkozien ironique, plaisantant avec Hollande, il avait troqué le sabre pour le fleuret. Il incarnait une droite aimable, libérale, adonnée d’abord à la littérature, regardant le jeu politique en spectateur de plus en plus distancié, professant, un peu à la manière de son maître, Chateaubriand, un aristocratisme attaché aux libertés et à une certaine mesure, légitimiste mais tolérant.

La droite d’hier, peut-être. Pas celle d’aujourd’hui, en tout cas. Quoique normalien, Laurent Wauquiez est son exact contraire, Rastignac identitaire et cogneur, adepte du «gros rouge qui tache» autant que d’Ormesson préférait, au propre et au figuré, la coupe de champagne. Ne parlons pas de Marine Le Pen qu’il aurait à coup sûr laissée à la porte du parc. Avec lui s’efface donc une certaine idée du conservatisme, sans doute surannée, mais républicaine autant que bourgeoise. Après les élégants cavaliers, vient le temps des bourrins. Peut-être Jean d’Ormesson, somme toute, a-t-il préféré s’éloigner…

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 5 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(04/12/2017)

Libération 04 décembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

De Barcelone à Ajaccio

La Corse comme la Catalogne ? Cela y ressemble, mais c’est très différent. Certes, les nationalistes ont remporté un succès éclatant en frisant la majorité absolue au premier tour de ces élections régionales (avec une très forte abstention, toutefois) ; certes, l’idée d’indépendance progresse sans cesse en Corse ; certes, les autonomismes et les dissidences émergent partout en Europe ; certes, la Corse n’est pas tout à fait en France (elle est loin, près de l’Italie, elle a gardé sa personnalité malgré l’annexion violente survenue un peu avant la Révolution) ; deux siècles d’intégration républicaine minée par le clientélisme clanique ne l’ont pas effacée comme tant de régions françaises.

Mais les différences sautent aux yeux. A l’inverse de la Catalogne, la Corse est plus pauvre que le reste du pays ; les aides venues de Paris jouent un rôle important dans son économie, même si elle n’est pas «sous perfusion», comme on le dit abusivement (son économie progresse, notamment grâce au tourisme) ; aussi bien, malgré le vote d’hier, personne ne peut affirmer que les Corses veulent couper les ponts avec la France ; il y faudrait un référendum, que les nationalistes sont loin d’avoir gagné d’avance pour la bonne raison qu’on peut parier, dans ce cas, sur une participation beaucoup plus importante ; enfin les vainqueurs, Talamoni et Simeoni, sont des indépendantistes… qui ne veulent pas l’indépendance. En tout cas pas maintenant. Ajaccio est loin de Barcelone…

Pas de panique républicano-patriote, donc. Le grand avantage dans cette affaire, c’est que le nationalisme corse a déposé les armes. Comme toujours, le terrorisme a échoué : c’est l’action politique qui permet aux revendications d’avancer. L’île n’est pas pacifiée pour autant : le banditisme y sévit à un niveau extravagant. Mais au moins, il n’y a plus d’attentats. Les nationalistes vont maintenant pousser les feux vers une plus grande autonomie, ce qui peut se comprendre : la majorité des grandes îles de la Méditerranée ont un statut à part. Langue corse, transfèrement des prisonniers, statut de résident corse : on va négocier. Les mots remplacent les balles, les orateurs sonores – il y a une éloquence corse, spécifique – prennent la suite des tueurs microcéphales. Dans cette approche réformiste, l’indépendance reste un mythe lointain qui laisse l’avenir ouvert. Si le triomphe nationaliste ne débouche pas sur une intolérance coupable à l’égard de ce qui n’est pas corse (les musulmans, les pinzutti, les étrangers) et qu’on sent parfois dans les motivations des électeurs on aura progressé. Indépendance ou pas.

Et aussi

On dit parfois que les élections n’ont guère d’effet sur la marche des nations, que la politique n’a plus guère d’influence sur la société. En remportant son premier succès législatif, Trump démontre le contraire. Sa réforme fiscale, qui a passé l’obstacle du Sénat et devrait franchir sans trop de mal celui de la Chambre de Représentants, marquera l’histoire économique et sociale du pays.

Baisse de l’impôt sur les sociétés, simplification fiscale profitant d’abord aux plus hauts revenus : le capitalisme américain est exonéré massivement ; les plus riches seront à terme encore plus riches ; la lutte contre les paradis fiscaux est affaiblie. Au passage, Trump et les républicains ont dézingué un peu plus l’Obamacare (qui ressemble désormais à une peau de chagrin), ont autorisé les forages en Alaska et introduit quelques clauses protectionnistes bien senties. Les Etats-Unis, au terme de ce traitement de cheval, seront plus que jamais le continent des milliardaires et des inégalités. Trump est un Reagan isolationniste. Décidément, le clown de la Maison Blanche ne fait pas rire. Pendant la campagne, Trump devait aider la classe moyenne et les oubliés de la mondialisation : il vole au secours du capital et des classes supérieures. Le populisme, décidément, est le moyen le plus sûr de tromper le peuple.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 4 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

Bof…………………………………(03/12/2017)

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Corse : la liste nationaliste « Pé a Corsica » largement en tête du premier tour des élections territoriales avec 45,36% des voixLa liste nationaliste « Pé a Corsica », union des autonomistes de Gilles Simeoni et les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni, est arrivée largement en tête du premier tour des élections territoriales en Corse, dimanche 3 décembre, avec 45,36% des suffrages. Ce scrutin inédit donnera naissance à une nouvelle collectivité unique.
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Publié dans:Politique |on 4 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(01/12/2017)

Libération 01 décembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Jean-Luc Marchais

Comme le capitaine Haddock, Jean-Luc Mélenchon porte avec lui, collé sur ses doigts ou sur sa casquette, un sparadrap : le Venezuela. Le numéro qu’il a servi jeudi soir sur France 2 face à Laurence Debray, écrivaine et ex-financière, fille de Régis Debray et d’Elisabeth Burgos, dont une partie de la famille vit au Venezuela, en est l’illustration spectaculaire. Laurence Debray, en bisbille avec son père, a pris l’exact contre-pied des positions politiques que celui-ci défendait à son âge. Il était castriste, révolutionnaire, ami des guérillas sud-américaines. Elle est libérale, démocrate et dénonce des errements du régime Chavez-Maduro, avatar tardif de la gauche révolutionnaire du «Conosud». Face à elle, Mélenchon a repris le rôle hénaurme et quelque peu cynique du regretté Georges Marchais, dont le sparadrap, plus gros et plus collant, avait pour nom URSS. Mêmes ficelles, mêmes invectives, même rhétorique. Les libertés publiques ? Et le Chili ! répondait Marchais, comme si les crimes de Pinochet justifiaient ceux de Brejnev. La pénurie ? Mensonge de la propagande américaine, ou bien complot ourdi par l’impérialisme, etc. Le tout pimenté d’une faconde méprisante et d’attaques en dessous de la ceinture, couronnées par une grossièreté calculée qui a consisté à faire pivoter sa chaise pour tourner ostensiblement le dos à son interlocutrice.

Mélenchon dispose pourtant d’un moyen tout simple de se débarrasser du sparadrap : reconnaître que le régime de Maduro, assis sur les plus grandes réserves de pétrole au monde et pourtant responsable d’une pénurie dramatique, après avoir effectivement distribué aux pauvres une grande partie de la rente pétrolière, a commis de tragiques erreurs de politique économique qui ont mis le pays à la merci du marché pétrolier et des créanciers internationaux. Reconnaître, aussi bien, qu’il emploie pour se maintenir au pouvoir des moyens brutaux, sur fond de corruption, de clientélisme et d’opérations musclées menées par des milices meurtrières (ce qui ne justifie en rien les errements symétriques d’une partie de l’opposition au chavisme). Ce retour à la réalité, en lieu et place d’un discours anti-impérialiste sommaire visant à camoufler les tares du régime, couperait court à la tentation logique des journalistes qui l’asticotent en permanence sur un dossier qu’il a lui-même alimenté. Mais c’est de toute évidence trop demander…

Et aussi

Le sondage Kantar-Sofres publié par le Figaro-Magazine sur les valeurs de la droite permet de comprendre pourquoi Wauquiez va sans doute prendre sans encombre la tête de l’opposition LR. Pas seulement parce qu’il est à 10% d’opinions favorables pour «incarner» son camp dans cet électorat, contre 2 et 1% pour Florence Portelli et Maël de Calan. Mais surtout parce qu’au premier rang des missions dévolues à leurs leaders par les électeurs conservateurs, arrive «la défense de l’identité française», devant «l’égalité des chances», «la défense de libertés individuelles» ou «la défense de la laïcité». L’électorat LR s’est largement lepénisé sur ce point. Wauquiez, qui s’est situé au centre au début de sa carrière, l’a compris depuis longtemps et tient à ses ouailles le discours qu’elles veulent entendre. Il veut être leur chef, donc il les suit.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 1 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………….(30/11/2017

Libération 30 novembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Macron fait une blague

D’incident diplomatique, il n’y eut donc point. Répondant à une étudiante burkinabée sur la pénurie d’électricité qui interrompait la climatisation à l’université, Emmanuel Macron a souligné qu’il n’était pas l’incarnation d’une «présence coloniale» et que la production d’électricité dans le pays n’était pas son affaire, pour ajouter : la climatisation, «c’est le travail du président Kaboré». Lequel président s’est soudain levé et a quitté la salle. Voyant cela, l’orateur dit en souriant : «Il est parti réparer la climatisation !» Impair ? Gaffe tragique ? Humiliation infligée à l’hôte burkinabé ? En France, plusieurs commentateurs courroucés, Nicolas Dupont-Aignan, des représentants du FN ou de La France insoumise, ont aussitôt en enfourché ce fragile destrier pour stigmatiser le mépris macronien à l’égard d’un chef d’Etat africain.

Enquête effectuée, il apparaît que le départ du président n’était pas dû à une indignation soudaine mais à une «pause technique». Le président soi-disant humilié avant fait un détour par les toilettes situées à 200 mètres de là. Il est d’ailleurs revenu aussitôt, souriant et serein. La faute diplomatique n’était qu’un «pipigate» et les procureurs compatissants étaient surtout… des pisse-froids. Les autorités du Burkina Faso se sont d’ailleurs bien gardées de critiquer la blague de Macron, en la prenant comme telle, de bonne grâce.

Ce qui pose la question de l’indignation pavlovienne d’une partie de la presse et de l’opinion dès qu’un homme politique se risque à faire une blague. Les mêmes qui déplorent les discours convenus et la «langue de bois» de la classe politique se drapent dans une hautaine indignation dès qu’un de ses membres en sort pour plaisanter. L’inconvénient de la vertu, c’est l’ennui qu’elle distille et le ridicule des donneurs de leçon solennels. Faut-il se plaindre si les élus ont assez d’intelligence pour faire rire leur auditoire ? Drôle de vie politique qui obligerait tout responsable politique, par devoir professionnel, à se changer en bonnet de nuit…

Il faut toutefois, pour être complet, distinguer entre esprit et humour. L’esprit, en général, consiste à se moquer des autres et l’humour, souvent, à se moquer de soi-même. En France on pratique souvent le premier et dans les pays anglo-saxons le second. C’est même une règle aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, que de commencer un discours par un trait d’humour qui humanise l’orateur et établit une complicité empathique avec le public. Tous le pratiquent avec plus ou moins de talent, même ceux qui, en France, sont tenus pour des présidents simplets ou trop agressifs. George W. Bush, martial et sommaire décideur, en est un exemple. Connu pour son manque de culture et ses diplômes de seconde zone, il commence ainsi un discours prononcé dans une prestigieuse université : «Je vous recommande de travailler dur. Ceux qui réussiront leurs examens occuperont des responsabilités éminentes. Et ceux qui les rateront, comme moi dans ma jeunesse, pourront devenir président des Etats-Unis.» Moqué pour ses expressions approximatives et prenant souvent un mot pour un autre, le même Bush entame ainsi une intervention aux côtés d’Arnold Schwarzenegger, affligé d’un épais accent autrichien et d’un anglais souvent incertain. «Nous avons un point commun, le gouverneur Schwarzenegger et moi : nous maîtrisons mal la langue anglaise.» Churchill pratiquait l’esprit et l’humour à haute dose et ses bons mots emplissent un volume entier. «De Gaulle, disait-il, toujours altier et susceptible, me fait penser à un lama qu’on surprend nu dans son bain.» Mais s’adressant après la Libération à une foule immense au cours d’une visite en France, il débute par ces mots qui soulignent son accent souvent incompréhensible : «Mesdames et messieurs, prenez garde ! Je vais parler français.» Les Français, il faut le dire, sont moins drôles. François Hollande, grand producteur de blagues, en a souvent pâti dans sa carrière. Un peu dédaigneux, Laurent Fabius l’avait même surnommé «Monsieur petites blagues.» Il vient de prendre sa revanche : un jury de journalistes lui a décerné le Grand Prix de l’humour politique et il en a profité pour théoriser l’usage de la plaisanterie, qui ait mieux passé les idées que les discours laborieux : «Il y a un rapport étroit entre humour et démocratie. Les fanatiques n’ont pas d’humour.» A méditer… On sera donc indulgent avec les plaisanteries d’Emmanuel Macron, comme avec celles des autres politiques. Avec un soupçon de réserve, toutefois : le Président n’hésite pas à se moquer des autres, ce qui rehausse son verbe. Il lui reste aussi à se moquer de lui-même, un terrain sur lequel il s’avance rarement.

Et aussi

• Luc Carvounas, député du Val-de-Marne, a annoncé sa candidature au poste de leader du PS (lequel existe encore, quoi qu’il en semble…) D’autres se préparent aussi à concourir, Le Foll, Vallaud-Belkacem, etc. On craignait le vide dans cette partie de l’échiquier. Comme le disait De Gaulle, et comme à l’habitude, c’est le trop-plein qui pourrait bien menacer.

• Le «Comité de la majorité» mis en place par Edouard Philippe a-t-il vraiment rompu avec «l’ancien monde», selon la rhétorique macronienne ? Sur vingt convives autour de la table de Matignon, seules deux femmes étaient présentes. Dix pour cent : la parité reçoit une acception nouvelle et archaïquement restreinte…

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 30 novembre, 2017 |Pas de commentaires »

Petit pas……………………………(29/11/2017)

Publié dans:Politique |on 29 novembre, 2017 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(29/11/2017)

Libération 29 novembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le ministère Ponce Pilate

Paris à tout prix ? La décision judiciaire qui vient d’annuler l’encadrement des loyers dans la capitale, qui fait suite à un jugement identique à Lille, recouvre un scandale majeur. Ainsi, si rien n’est fait rapidement, la pénurie de logement dans ces deux agglomérations – et dans bien d’autres – continuera à chasser des villes les ménages aux revenus modestes ou moyens pour installer à leur place des représentants des classes les plus aisées. Comme dans certains romans d’anticipation, les classes supérieures vivront définitivement dans des ghettos dorés et protégés, bénéficiant de bons services publics, d’un cadre historique prestigieux, de temps de transport raccourcis, d’écoles sûres et de qualité, tandis que les autres iront s’entasser ailleurs.

Autrefois, aristocrates, bourgeois et prolétaires, du temps de Balzac ou de Proust, vivaient dans les mêmes lieux, se répartissant selon les étages ou selon les quartiers de la même ville. La démocratie dominée par le marché réussira ainsi à produire ce que l’Ancien Régime ou la société du XIXsiècle avaient évité : une inscription de la lutte des classes dans le territoire qui s’apparente à de la ségrégation (laquelle n’est déjà que trop présente).

Les propriétaires ou leurs représentants sabrent le champagne. Ils arguent, comme toujours, des effets pervers de la réglementation. En fait, ceux-ci se manifesteraient si les loyers étaient bloqués à un niveau manifestement trop bas ; les bailleurs seraient tentés de retirer leur bien du marché. Tel n’est pas le cas pour la loi Alur qui se contente d’écrêter les excès les plus évidents, sans perturber pour autant le fonctionnement de l’immobilier.

Le gouvernement a annoncé son intention de faire appel de la décision. Fort bien. Mais le ministre concerné, Julien Denormandie, une sorte de Ponce Pilate, a aussitôt précisé que l’expérimentation (quatre ans) n’avait pas été poussée assez loin. Vaste blague. Les loyers ont été contenus à Paris sans que l’on puisse démontrer l’apparition d’effets pervers : en fait, l’expérience marche. Le doute exprimé par le ministre est un déni. Il augure mal des intentions des autorités, qui peuvent être soupçonnées à bon droit de jouer la montre pour complaire aux propriétaires. Voilà donc une mesure de gauche qui marche. Tout arrive… Si le gouvernement ne la remet pas rapidement sur le métier, il aura révélé, dans ce domaine, en tout cas, sa vraie nature.

Et aussi

• Emmanuel Macron et Edouard Philippe connaissent un regain de popularité. La réitération de la promesse de supprimer la taxe d’habitation y est pour quelque chose, de même que la réduction de l’aide au logement avait contribué à la baisse de l’été. Mais il existe un facteur plus puissant : l’amélioration de la situation économique, qui laisse présager une baisse du chômage. Une situation politique inédite en France depuis très longtemps pourrait alors s’installer, celle où un gouvernement serait épargné par l’impopularité. L’opposition a des cheveux à se faire.

• Dans Libération, une poignée d’intellectuels militants ont décerné à Houria Bouteldja, animatrice du Parti des indigènes de la République (PIR), un brevet de non-antisémistisme. Voilà qui laisse rêveur. Quelques citations pour que chacun se fasse une opinion. Houria Bouteldja emploie couramment l’expression «le philosémitisme de l’Etat français», que rien ne démontre. On n’est pas loin du bon vieux «lobby juif» implanté au cœur de l’Etat. Elle pose souriante en levant le pouce à côté du slogan «Les sionistes au Goulag». Autrement dit, les juifs qui défendent Israël méritent le camp de concentration. A la page 17-18 de son dernier livre, on peut lire : «Il aurait fallu que Sartre écrive : ‘‘Abattre un Israélien, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre’’». A la page 67 du même livre : «la mémoire du génocide», c’est le «temple du sacré : la bonne conscience blanche». On en fait donc trop avec la Shoah. Mais tout cela, selon nos intellectuels manifestement myopes, n’a rien à voir avec l’antisémitisme. Ces exemples m’ont été obligeamment fournis récemment par Thomas Guénolé, politologue qui a débattu avec elle à la télévision et qui est maintenant militant de la France insoumise.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 29 novembre, 2017 |Pas de commentaires »
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