Archive pour la catégorie 'Politique'

La lettre de Laurent Joffrin…………(14/06/2018)

Libération 13 juin 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Pognon de dingue

La vidéo mise en ligne par l’Elysée, où Emmanuel Macron parle à ses collaborateurs du «pognon de dingue» dépensé en vain par les pouvoirs publics en aides sociales, est l’un des objets médiatiques les plus étranges de ces dernières années. La volonté de frapper les esprits par un langage cru est patente. On passe de Jupiter à Audiard, le comique en moins. Le citoyen pénètre soudain dans le secret du bureau présidentiel (le «salon vert», pour être précis) et entend un propos de comptoir : la collision des registres est d’un baroque achevé. Jusqu’à maintenant ce genre d’aphorisme élyséen transpirait dans des confidences de témoins ou de journalistes. On s’en fait cette fois un étendard. Il y a du Trump dans cette méthode de communication. O tempora…

Car sur le fond, la réflexion présidentielle rejoint les préjugés les plus éculés de la bonne bourgeoisie, mis en forme sur le plan théorique par les économistes libéraux. Les aides sociales ne sont que de l’assistanat à effet pervers garanti : elles installent les pauvres dans la dépendance de l’Etat, les incitent à la paresse et à l’oisiveté. Alors que ces aides, dans l’immense majorité des cas (il y a des tricheurs, mais c’est une petite minorité), vont à des gens qui ne demandent qu’à travailler mais en sont empêchés par l’état du marché de l’emploi. Dans «l’ancien monde», on avait l’idée saugrenue de rendre les pauvres moins pauvres en leur donnant un peu d’argent. Désormais, il faut les «responsabiliser», ce qui les sortira de la misère. In fine, pour qu’ils soient moins pauvres… il faut leur donner moins d’argent. On concédera qu’il y a une faiblesse dans le raisonnement.

Le discours public subséquent du Président, devant la Mutualité française réunie à Montpellier mercredi, a usé d’un langage plus soutenu. Il a été rehaussé d’une confirmation : «le reste à charge» des assurés sociaux en matière d’optique, de prothèses dentaires ou auditives sera bientôt ramené à zéro. Cette réforme, pour le coup, doit être saluée sans mélange, comme une avancée sociale incontestable, puisque le coût des lunettes, des implants dentaires ou des appareils auditifs dissuade souvent les plus modestes de se les procurer.

Mais comment ne pas comprendre, pour le reste, que le raisonnement augure forcément d’une diminution, directe ou subreptice, des prestations financières dispensées aux plus défavorisés ? On retrouve, sous une forme plus abrupte, l’objectif officiellement affiché d’une baisse des dépenses publiques de quatre points de PIB, obtenue cette fois, non par une meilleure utilisation des fonds publics ou par des efforts de productivité au sein de l’Etat, mais par des coupes franches dans le budget social. Comme on a déjà, par ailleurs, détaxé sans barguigner le capital et les revenus qu’il produit, au grand bénéfice des classes les plus prospères, la conclusion s’impose d’elle-même : pour que tout aille mieux en France, il faut que les favorisés soient plus favorisés et les défavorisés, moins.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 14 juin, 2018 |Pas de commentaires »

Pédant et inconscient……………(13/06/2018)

Le fait du jour : Macron, l’ »Aquarius » et le « cynisme »

Qui est le plus cynique ? Critiqué pour son silence à propos de l’incroyable situation de l’ »Aquarius », Emmanuel Macron a fini par parler. Bref rappel de la situation : le navire de SOS Méditerranée est resté plusieurs jours en mer sans savoir où accoster pour sauver les 629 migrants qu’il a secourus. Ni l’Italie ni Malte ne voulaient l’accueillir. L’ »Aquarius » rejoindra finalement l’Espagne accompagné de deux bateaux italiens.

 

Crise de l’ »Aquarius » : « Dommage qu’il n’y ait aucun grand pays entre l’Italie et l’Espagne… »

 

Lors du conseil des ministres, Emmanuel Macron a dénoncé la « part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien » qui a refusé d’accueillir le navire, a rapporté le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.  »Si un bateau avait la France pour rive la plus proche, il pourrait accoster » en France car « c’est le respect du droit international », a ajouté le président qui a salué le courage de l’Espagne, selon le porte-parole.

C’était pourtant le cas ! La France, et notamment le port d’Ajaccio, en Corse, était beaucoup plus proche pour l’ »Aquarius » que les côtes espagnoles. Mais selon Emmanuel Macron :

« La France prend sa part, mais ce qui est inacceptable, c’est le comportement et l’instrumentalisation politique qui en a été faite par le gouvernement italien. »

Pas question donc d’embrayer sur la proposition d’accueil lancée par les dirigeants nationalistes corses pour « porter secours à ces personnes en détresse » − une offre spectaculaire, visant surtout à « essayer d’apporter [...] une contribution », selon le président du conseil exécutif de Corse Gilles Simeoni.

La décision « appartient à l’Etat français », a répliqué la préfète de Corse, Josiane Chevalier. Mais pour certains, la France a été la grande absente dans cette histoire, en ne proposant pas d’ouvrir ses ports pour se substituer à l’Italie dans l’accueil des migrants. Et comme lors de l’examen au Parlement de la loi asile-immigration, les doutes ont gagné jusqu’aux députés de la majorité : « La France ne peut pas rester silencieuse face au drame en Méditerranée », a lancé Fiona Lazaar dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, tandis que Sonia Krimi regrettait « la dérive » du « principe d’accueil » et qu’Anne-Christine Lang appelait à « faire une exception et à accueillir les passagers de l »Aquarius’ ».

 

Fronde sociale à LREM : la revanche des godillots

 

Face à ces critiques, le porte-parole du gouvernement a assuré que « la France n’est pas restée inactive au cours des 24 dernières heures ». Emmanuel Macron recevra le président du conseil italien Giuseppe Conte lors d’un déjeuner vendredi à l’Elysée.

La citation du jour : « Un pognon de dingue »

Même assis à son bureau, Emmanuel Macron sait s’enflammer. Dans une vidéo qui le montre en train de peaufiner son discours devant la Mutualité mercredi, le chef de l’Etat lâche :

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas. »

Dans cette vidéo tweetée par sa directrice de la communication Sibeth Ndiaye, il résume sa philosophie devant ses collaborateurs dans un langage familier, à quelques heures d’un discours « stratégique » sur sa politique sociale, prévu à Montpellier, mercredi vers 11h30.

 

 

Publié dans:Politique |on 13 juin, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………(12/06/2018)

Libération 12 juin 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Trump l’œil

Jour après jour, ils marquent des points. Matteo Salvini refuse d’accueillir un navire portant des migrants : l’Espagne les accueille. Salvini bombe le torse. Face au silence de la France, aux injonctions vides de l’Union européenne, il peut clamer partout que lui, à la différence des gouvernements plus humains ou plus respectueux des droits, obtient des résultats. Donald Trump insulte Kim-Jong-un, menace d’appuyer sur le bouton nucléaire, se comporte comme un garnement de cour d’école assis sur une bombe atomique : le dictateur nord-coréen sollicite une entrevue et signe un texte d’apaisement. Trump bombe le torse.

Le nationalisme, qui rend à terme le monde plus dangereux et plus dur aux faibles, est une recette payante à court terme. Il flatte les peuples en colère et intimide les chefs d’Etat raisonnables. Il n’est pas non plus cette politique incohérente et folle qu’on se plaît parfois à décrire, sans doute pour se rassurer. Au contraire, son obsession pour la stricte logique des intérêts nationaux lui donne une force politique sans cesse croissante.

Qui a gagné lors de la rencontre de Singapour ? Kim, sans doute, si l’on applique à la chose des critères rationnels. Il a gagné une reconnaissance internationale et un gage de pérennité en échange d’une absence quasi totale de concessions. Le texte signé tient en quelques phrases plutôt creuses quoique bien intentionnées, sans avancée nouvelle en comparaison des accords déjà acceptés – et violés – par la Corée du Nord. Il vaut mieux se parler que s’insulter et la paix y gagne, surtout si l’on se remémore l’hystérie qui a régné sur ce front diplomatique depuis des mois. Pour le reste, il s’agit pour l’essentiel d’un trompe-l’œil (d’un Trump-l’œil ?). Peu importe : le président américain s’en prévaudra pour justifier sa manière et sa politique. Trump applique un plan qu’on disait inapplicable : il sort de l’accord de Paris sur le climat, déplace son ambassade à Jérusalem, impose des droits de douane unilatéralement en contradiction avec toutes les procédures de l’OMC, se retire de l’Unesco, envoie le multilatéralisme par-dessus les moulins, déchire le compromis du G7 à peine signé, tweete des aphorismes plus grossiers les uns que les autres, fait valser ses collaborateurs, décrète qu’il y a des «vérités alternatives», etc. Les autres puissances peuvent protester, en appeler aux principes, invoquer les usages diplomatiques. Il taille sa route. Il n’est même pas sûr qu’il y perde en politique intérieure : l’économie américaine va bien et ses mandants lui conservent leur soutien.

Les autres puissances démocratiques, humiliées lors du G7, mises hors-jeu en Asie et au Moyen-Orient, impuissantes face aux rebuffades américaines, doivent y réfléchir plus avant. Le nationalisme ne passera pas comme un mauvais rêve. Il faut lui opposer une autre politique, tout aussi cohérente et énergique. En ces temps de populisme et d’effacement européen, elle manque cruellement.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 12 juin, 2018 |Pas de commentaires »

Renaissance…………………….(11/06/2018)

La renaissance du Parti Socialiste sera d’abord la renaissance des idées.

Avec les chantiers de la renaissance le PS est au travail et entend prendre à bras le corps les enjeux du monde d’aujourd’hui et de demain.

Chaque chantier sera animé par une équipe paritaire en laissant une large place à la société civile, aux acteurs de terrain, et à celles et ceux qui pensent et construisent les alternatives de demain.

Ces chantiers interrogeront les grands enjeux de ce siècle qui intéressent le quotidien des Français.e.s. La Ruche Socialiste, notre plateforme collaborative, sera le point de convergence des idées, des débats, des contributions.

Partagez vos analyses, expériences, propositions dans une réelle délibération collective et apportez votre contribution au débat !

Contribuez sur laruchesocialiste.fr et partagez vos propositions sur les réseaux sociaux #RucheSocialiste

Participez aux chantiers de la renaissance !
Publié dans:Politique |on 11 juin, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………….(11/06/2018)

Libération 11 juin 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Les capitalistes aiment la France

Le cabinet EY nous apprend dans son étude annuelle que la France remonte en flèche dans le classement des pays les plus attractifs pour les investissements étrangers en Europe. Le nombre d’implantations, dit EY, a augmenté de 70 % en deux ans, ce qui n’est pas rien. La France est dans le trio de tête avec le Royaume-Uni et l’Allemagne, à quelques points près en parts de marché : 18 % pour le premier, 17 % pour la seconde, et 15 % pour la France. Paris, de plus, devient la capitale la plus séduisante au monde pour les capitalistes. A court terme, on se disputera pour savoir s’il s’agit d’un «effet Macron» ou d’un «effet Hollande». Les deux, sans doute : les mesures du gouvernement Philippe ont pu créer un choc psychologique, même si elles n’ont pas de conséquence concrète pour le classement, qui porte sur l’année 2017, période où elles n’étaient pas encore en vigueur. Mais l’image compte. Le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) ou la loi El Khomri, la réduction du déficit budgétaire, mesures antérieures ont à coup sûr joué un rôle.

A lire aussi : «La France de retour dans le peloton de tête de l’attractivité européenne»

Mais si l’on prend un peu de recul, on constatera surtout que la France, pays de fort Etat-providence, de régulation et où les dépenses publiques atteignent un quasi-record mondial plaît néanmoins aux investisseurs. Voilà qui relativise le dogme libéral selon lequel un pays aussi étatisé fait fuir les détenteurs de capitaux. Ils ne fuient pas, ils affluent. Il est même bien possible que la causalité soit inverse : ces dépenses collectives financent des services publics en bon état de marche, assurent l’entretien de l’un des systèmes de santé les plus efficaces au monde, un environnement urbain qui facilite la vie, un patrimoine et une création culturels qui sont appréciés des étrangers. Les investisseurs étrangers, leurs cadres et leurs salariés, apprécient d’être bien soignés. Ils prennent les transports en commun, vont au musée, au spectacle, se promènent en France sur des routes bien entretenues, fréquentent les festivals subventionnés, toutes choses qui facilitent la mise en valeur des villes et des paysages pour lesquels la France est renommée. On se souvient qu’elle détient aussi le record mondial du nombre de touristes par rapport au nombre d’habitants. En échange, les contribuables résidents acquittent un impôt élevé (quoique l’impôt sur les sociétés ait été nettement réduit ces dernières années). De toute évidence, les investisseurs trouvent le marché équitable. La France «pays socialiste» attire les capitalistes. Il est temps de s’en rendre compte.

Et aussi

Les palinodies de Donald Trump pendant et après le G7 qui s’est tenu au Canada recouvrent une évolution de fond : la montée du protectionnisme qui résultera inéluctablement des décisions américaines. Celui-ci protégera mieux certaines industries et certaines régions des Etats-Unis, et donc les électeurs de Donald Trump. En revanche, ces emplois protégés se paieront à l’échelle mondiale par un renchérissement des produits et une moindre création d’emplois ailleurs. Trump accuse ses partenaires de pratiquer un «libre-échange imbécile» qui nuit aux Américains. Le diagnostic est rapide. Les Etats-Unis sont depuis très longtemps en déficit commercial (pour les biens). Appauvrissement ? A vrai dire, c’est plutôt le contraire : quand on importe plus qu’on exporte, c’est qu’on dispose de plus de biens qu’on n’en produit. La vérité, c’est que les Américains vivent depuis longtemps au-dessus de leurs moyens. En termes réels, c’est un enrichissement.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 11 juin, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…………(08/06/2018)

Libération 08 juin 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

La possibilité d’une gauche

Macron : et de droite… et de moins en moins à gauche. Le sondage que vient de réaliser l’institut Elabe pour les Echos et Radio classique mérite une attention particulière. Sous l’apparente stabilité de la cote du Président dans les enquêtes, on constate des mouvements significatifs. La popularité d’Emmanuel Macron s’accroît auprès des anciens électeurs de François Fillon ; elle diminue auprès de tous les autres. Cette baisse est la plus nette parmi ceux qui proviennent de l’ancien électorat socialiste ou écologiste. Faute d’un candidat socialiste crédible, ceux-là avaient joué la carte Macron au premier tour. Un an après, ils sont nombreux à s’en mordre les doigts. Ce qui se profile est de plus en net : une coupure définitive entre Macron et les anciens électeurs de la gauche.

Il est vrai qu’entre une réforme fiscale favorable aux plus aisés, la libéralisation du marché du travail, les menaces qui pèsent sur les prestations sociales, la baisse programmée de quatre points des dépenses publiques, les difficultés rencontrées par Nicolas Hulot, la raideur de Gérard Collomb et ses vaticinations publiques, le caractère «vertical» de l’exercice du pouvoir, la réforme de la SNCF, et bien d’autres choses, le «nouveau monde» ressemble de plus en plus à l’ancienne droite.

Dans le même temps, les mots d’ordre aventuristes de La France insoumise ne sont pas suivis : un espace de plus en plus grand s’ouvre entre Macron et Mélenchon. De toute évidence, une grande partie de l’opinion est en quête d’une gauche de gouvernement rétablie dans son rôle d’alternative au pouvoir en place. Le congrès de la CFDT qui vient de s’achever en est une des traductions, qui voit Laurent Berger reconduit sans anicroche à la tête de la centrale, se poser en opposant de plus en plus sourcilleux face au gouvernement. De même que le mécontentement des obédiences franc-maçonnes, qui s’inquiètent de la place croissante donnée aux sensibilités religieuses dans le discours officiel. Ou bien le regain de faveur dont bénéficie François Hollande dans l’opinion. Ou encore dans la fronde discrète menée par une partie des élus d’En Marche contre le caractère à leurs yeux trop droitier de la politique en cours. En se déportant vers le libéralisme à poigne, Macron étouffe la droite modérée. Il donne de l’air à la gauche réformiste. Encore faut-il qu’elle existe.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 8 juin, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………….(07/06/2018)

Libération 07 juin 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique

Retraite chapeau et bonnet d’âne

Dans la série, «rendons le capitalisme populaire», les dirigeants et les actionnaires de Carrefour ont fait fort. Checknews, le «fact checker» de Libération, nous apprend ainsi que Georges Plassat, PDG sortant de la boîte, a touché près de 4 millions d’euros en 2016 et 13 millions en 2017, auxquels s’ajoutent 3 millions d’actions et un demi-million de retraite par an jusqu’à la fin de ses jours. Il devrait par ailleurs percevoir 896 593 euros de part variable au titre de 2017 dans quelques jours. Au même moment, le nouveau PDG, Alexandre Bompard, nanti d’un salaire moins misérable et d’avantages plus solides, annonce un plan de restructuration d’un courage insigne, dont la moindre des modalités n’est pas qu’il menace quelque 2000 emplois en France. Carrefour doit se délester d’une kyrielle de magasins déficitaires ou pas assez rentables, investir dans le numérique, et surtout faire remonter un cours de Bourse que ses impécunieux actionnaires (les Moulin, les Arnault, etc.) jugent miteux.

On pourrait supposer que le pactole offert à ce Plassat récompense des performances hors du commun. De toute évidence, la chose est controversée : Alexandre Bompard, le nouveau PDG, se répand partout pour expliquer en substance que Carrefour va dans le mur. L’enseigne est bousculée par le commerce en ligne, la désaffection des consommateurs pour les hypers, la guerre des prix et les changements de goûts nés de la vague bio. Il faut réagir avec vigueur, dit-il, ce qui veut dire dans son esprit augmenter le profit en réduisant la masse salariale. Une stratégie qui dénote la puissance de conception et l’imagination hors pair de l’impétrant. Comme le disent les Echos : «Bompard va briser les tabous.»

Le pauvre Plassat est également passé à la moulinette (Carrefour) par Abilio Diniz, un autre nécessiteux qui possède quelques picaillons dans l’entreprise. La diatribe a été délivrée en portugais à Valor, un journal brésilien, ce qui n’a guère éveillé l’attention en France. Elle est néanmoins sans ambiguïté. «Selon moi, dit cet actionnaire, Plassat a utilisé une mauvaise méthode pour chercher le redressement. Il a vendu des actifs pour investir dans les prix. Il ne faut pas juste investir dans les prix. Il faut être beaucoup plus solide par ailleurs.» Surtout, l’atrabilaire Brésilien déplore qu’après la phase nécessaire de restructuration, Georges Plassat n’ait pas su enclencher la deuxième étape : réformer le groupe. «Pour que [le groupe] change, il faut que la personne le veuille et Plassat ne le voulait pas.»

Pourtant Plassat, selon la presse économique française, n’était pas un si mauvais bougre. On le crédite en général d’avoir tiré Carrefour de la situation calamiteuse où l’avait plongé, dit-on, son prédécesseur, un certain Lars Olofsson, remercié il y a quelques années. Cela valait bien, à coup sûr, la retraite haut-de-forme qui a été octroyée à cet Olaf, en contravention avec les règles édictées par le Medef, mais qui sont indicatives. Plassard peut surtout invoquer un précédent. Olofsson, ce pelé, ce galeux, d’où viendraient tous les maux, a bénéficié néanmoins, lui aussi, d’une retraite chapeau à son départ, alors qu’il était tout juste sexagénaire. Son montant ? Quelque 500 000 euros par an, ce qui n’est pas si mal pour un départ à la retraite à soixante ans, qu’on a heureusement épargné à la plupart des salariés français. Les premiers de cordée, on le voit, ne sont pas seulement assurés par une corde, mais aussi, sur le plan financier, par une ceinture et des bretelles. Les mêmes milieux, faut-il le rappeler, font sans cesse l’éloge du risque et vitupèrent les «privilégiés» qui bénéficient de conditions de retraite particulières, comme les cheminots, par exemple, qui ont, de plus, le front de vouloir garder leurs acquis salariaux en se mettant en grève. Ceux qui ont des retraites-chapeaux ne supportent pas les retraites-casquettes. Même quand ils méritent, non un chapeau, mais un bonnet d’âne.

Et aussi

Le Brexit, dont on redoutait qu’il ébranle l’Union européenne, ébranle surtout, pour l’instant, le gouvernement britannique. Theresa May s’apprêtait à publier un document sur les modalités de la sortie de l’Union européenne. David Davis, ministre britannique chargé du Brexit, vient de la contredire publiquement. Pour reporter l’inextricable question de la frontière entre les deux Irlande (rétablir la frontière, c’est séparer définitivement les deux portions de l’île, la maintenir ouverte, c’est rester dans l’Union), Theresa May souhaitait faire jouer encore quatre ans la clause de sauvegarde qui maintient le statu quo. Davis soupçonne May de vouloir abandonner la perspective du Brexit. Il proteste hautement. Du coup, certains anti-brexit de son propre parti menacent la Première ministre de rejoindre l’opposition pour la mettre en minorité au Parlement. «Brexit is brexit», disait May. Nouvelle version :  «Brexit ? Wait and see.»

Le revenu de base, qu’on affecte de juger farfelu chez beaucoup de responsables, chemine dans les esprits. Treize départements viennent de se porter volontaires pour en expérimenter une version prudente dans les prochaines années. La plupart des expériences qui ont eu lieu de par le monde ont démontré que ses effets sociaux étaient positifs. Les utopies concrètes ont cette force : on peut les essayer avant de les adopter.

Publié dans:Politique |on 7 juin, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………….(06/06/2018)

Libération 06 juin 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Ramadan : bye bye prêcheur

Pas de mise en examen. Le prédicateur vedette de l’islam européen a marqué un point dans la longue procédure qui se déroule devant la justice française. De toute évidence, il n’y avait pas assez d’éléments probants dans l’accusation portée contre lui – il y faut des indices «graves et concordants» – pour qu’il soit mis en examen dans cette partie du dossier (il l’est déjà dans deux autres affaires). Une victoire judiciaire, donc, même si elle est peut-être transitoire. En revanche, Tariq Ramadan, sans qu’on le remarque beaucoup, vient d’essuyer une grave défaite symbolique. Il a reconnu devant les juges la réalité des relations extraconjugales  qu’il a entretenues avec la plaignante et quatre autres femmes. Ce n’est pas un crime en droit français, même si l’adultère tombe sous le coup de la morale. Mais en droit islamique ? A se remémorer les prêches du théologien, l’adultère est sévèrement condamné par la tradition coranique. Dans certains pays, particulièrement rétrogrades, il est même puni de lapidation. Un châtiment pour lequel Ramadan, dans une joute célèbre avec Nicolas Sarkozy, avait proposé un «moratoire». Sage précaution…

Voilà donc un prédicateur qui reconnaît avoir sciemment transgressé les principes dont il s’était fait l’ardent avocat. Rien de tragique à nos yeux incroyants, même si les bribes de témoignages qui ont filtré décrivent, en Ramadan, un adepte du sexe «pimenté», à côté duquel Dominique Strauss-Kahn passerait pour un moine cistercien. Une remarque, toutefois : comme d’autres dans bien des religions, le prédicateur était qu’un tartuffe et le guide religieux un farceur théologique. Le prévenu Ramadan a droit à toutes les garanties offertes par le droit français. Mais comme gardien de la foi, c’est autre chose. Bye bye prêcheur…

Et aussi

On se souvient que la «révolution conservatrice» des années 80 a été menée, entre autres, au nom de la théorie du «ruissellement». L’enrichissement des riches, disait-on, profiterait in fine aux plus pauvres, grâce à l’accroissement global des richesses. L’Insee vient d’en mesurer les effets : en France, pays plutôt moins inégalitaire que les autres, le patrimoine des classes supérieures a augmenté de plus de 100% depuis 1998 alors que celui des 20% les plus modestes a diminué. Etrange ruissellement qui défie les lois de la pesanteur en ruisselant vers le haut.

Suicide mode d’emploi. L’Europe a réussi à ne pas se mettre d’accord sur une politique commune d’immigration. L’Italie, comme la Grèce ou l’Espagne, se plaint de supporter une charge excessive en regard de celle qui est imposée aux autres pays, ce qui n’est pas faux. Le mutisme de l’Europe donnera aux nationalistes le prétexte qu’ils cherchent pour s’affranchir de toute règle commune et mettre en œuvre des législations de plus en plus répressives.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 6 juin, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………….(06/06/2018)

Libération 05 juin 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Les vertus de la grève

On dit parfois que les grèves sont nuisibles. Pour les usagers, sans doute. Pour les salariés, certainement pas. En témoigne le texte du projet de réforme voté par le Sénat et dont on dit qu’il ne sera guère remis en cause par les députés. Au bout du compte, les syndicats ont obtenu de la représentation nationale, avec l’aval discret du gouvernement, des avancées appréciables en comparaison de la version initiale. Ainsi le transfert des cheminots de la compagnie nationale vers des compagnies privées en cas de cession du contrat d’exploitation sur certaines lignes est-il encadré par des garanties réelles : maintien des avantages salariaux, droit conditionnel au retour, priorité au volontariat. Le capital de l’entreprise, dans ses trois composantes – société de tête, rails et trains – est déclaré solennellement «incessible», ce qui écarte toute privatisation. L’Etat a parallèlement annoncé qu’il reprenait à son compte une grande partie de la dette qui contribue à raboter les bénéfices de la SNCF. Les droits des cheminots seront enfin sécurisés par une convention collective à venir négociée avec les mêmes syndicats pour l’ensemble de la branche, à l’inverse du principe de «l’inversion des normes» qui sous-tendait la réforme du Code du travail votée à l’automne. Ce n’est pas tout ce que demandaient les syndicats. Mais ce n’est pas rien.

On peut même se demander, in fine, si ce conflit était vraiment nécessaire. Ne pouvait-on négocier des assouplissements sans agiter d’emblée le chiffon rouge de la fin du statut et provoquer une grève longue et amère ? Au vu du résultat final, on peut se poser sérieusement la question. Paradoxe, qui serait distrayant s’il ne s’agissait du sort de milliers de salariés : le coût du conflit, évalué à quelque 300 millions d’euros, est supérieur aux économies attendues de la fin du statut. C’est la réforme des retraites du ferroviaire qui peut dégager des marges financières. Elle sera négociée plus tard…

Sans succomber à l’uchronie hasardeuse, il est probable que la poursuite à bas bruit de la réforme de la compagnie, telle qu’elle se déroule depuis de longues années, aurait abouti à des compromis similaires. Mais elle aurait empêché le gouvernement Philippe de bomber le torse en affirmant qu’il a réussi là où tant de gouvernements avaient reculé. Il pourra, à la fin du conflit, renforcer son image de tombeur des «corporatismes», de vainqueur des «blocages» supposés entraver l’économie française (souvent, ces «blocages» sont l’autre nom des acquis sociaux obtenus au fil des luttes sociales par les salariés). Pour trois cents millions, le gouvernement acquiert un brevet de réformateur intrépide, de dompteur de syndicats. C’est peut-être la vraie cause de ce conflit au long cours.

Et aussi

Un juge américain vient de désavouer Donald Trump, qui bloquait sur son compte Twitter les opposants trop virulents. Le président devra donc souffrir la contradiction, un exercice qu’il n’apprécie guère, visiblement. Il veut instaurer grâce aux réseaux sociaux un dialogue direct avec le peuple américain, à coups de tweets rageurs. À condition que le peuple s’abstienne de répondre.

L’Etat-providence dépassé, obsolète, hors de prix ? Pas sûr : le déficit de la Sécurité sociale, crève-cœur de tant de gouvernements, a disparu. Les comptes sont cette fois équilibrés. Ce qui paraît de plus en plus désuet, c’est le dogmatique réquisitoire des libéraux contre la protection sociale.

Lequel réquisitoire trouve un nouveau point d’application : la croissance a des ratés, les taux remontent, le prix du pétrole augmente. Et Emmanuel Macron a promis de réduire de 4 points de PIB les dépenses publiques, montant considérable. On parle de couper dans les dépenses sociales. Comptablement parlant, c’est là qu’il y a des économies possibles. Mais la perspective pose des problèmes à cette majorité déjà accusée de faire le jeu des classes possédantes. Déjà certains ministres renâclent, Gérald Darmanin l’a dit publiquement ; Agnès Buzyn l’a écrit noir sur blanc dans une missive à Matignon. Il est vrai que si le «président des riches» met les pauvres au pain encore plus sec, il ne va pas améliorer son image. Et de droite et de moins en moins de gauche…

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 6 juin, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Jofrin………….(04/06/2018)

Libération 04 juin 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Un complotiste nommé Bercoff

Il faut revenir un instant sur l’affaire Mamoudou Gassama, ce jeune Malien qui a sauvé un enfant suspendu au balcon d’un immeuble du XVIIIe arrondissement de Paris. Elle a suscité une deuxième affaire, de moindre calibre, qu’on pourrait appeler «l’affaire Bercoff» et qui «agite les réseaux sociaux», cette divinité moderne aux cent bouches cacophoniques.

Invité sur CNews, le 30 mai, André Bercoff, journaliste et écrivain bien connu, met en doute la version unanimement célébrée d’un sauvetage improvisé. Avec insistance, il pose deux questions à ses yeux dérangeantes – comment l’enfant a-t-il pu tomber de deux étages et se rattraper à une rambarde ? Pourquoi le voisin qu’on voit sur les vidéos n’est-il pas le même qui répond ensuite aux questions des journalistes ? Face au scepticisme général, le questionneur se défend évidemment de sacrifier le moins du monde à une «théorie du complot» que lui objectent pendant l’émission ses contradicteurs, suivis par beaucoup d’autres dans les jours qui suivent.

Or la rhétorique employée par Bercoff, on est au regret de le dire, correspond en tout point aux canons habituels des questionnements complotistes. Cette méthode – redoutable – appliquée à toutes sortes d’événements, dont l’attentat du 11 septembre est le plus célèbre, consiste à se concentrer sur des détails étranges, troublants, inattendus, qu’on énumère dans un procédé d’accumulation, pour suggérer avec force sous-entendus que l’histoire «officielle» n’est pas la vraie et qu’il y a une manipulation derrière les scènes rapportées par les médias «mainstream». Elle obéit à trois règles immuables :

Premièrement, on élimine du raisonnement, qualifié «d’officiel», les éléments trop flagrants qui viendraient l’accréditer, pour mettre en valeur les seules bizarreries qu’on a relevées. Thierry Meyssan, complotiste reconnu, affirme ainsi qu’aucun avion n’a percuté le Pentagone le 11 septembre pour la bonne raison que la brèche ouverte dans le mur du bâtiment est plus étroite que l’envergue d’un avion de ligne. Il omet soigneusement de citer les nombreux témoins qui ont vu l’appareil arriver, les funérailles organisées un peu partout aux Etats-Unis pour les victimes du crash, ou encore le fait que l’avion a sectionné avant l’impact deux réverbères dont l’écartement prouve qu’un s’agissait bien d’un appareil d’une grande envergure. Reste la seule taille de la brèche, qui peut impressionner les esprits mal informés. De même Bercoff néglige le fait que Mamoudou Gassama a risqué sa vie en grimpant cinq étages à mains nues d’un balcon à l’autre. Pourquoi l’aurait-il fait sinon pour sauver l’enfant ? Pour quel but obscur ? Pour se stariser ? Pour obtenir des papiers ? L’invraisemblance du motif alternatif éclate dès qu’on l’énonce. Mais on ne l’énonce pas, bien sûr.

Ce qui débouche sur la deuxième règle : ne jamais décrire le complot auquel on se réfère implicitement avec une insistance péremptoire. Dans le cas du 11 septembre, on agite sans jamais la décrire une manipulation montée par le gouvernement américain, qui aurait sacrifié quelque 3000 compatriotes pour en tirer un avantage politique. Hypothèse hautement invraisemblable pour laquelle on n’avance pas le moindre commencement de preuve, bien sûr. Il faudrait en effet pour cela que l’aviation civile, les policiers de New York, la CIA, l’armée américaine, une bonne partie du gouvernement de Washington, soient impliqués dans l’opération. Où, quand, comment ? On reste évidemment muet sur cette triple question. De même, en miniature, Bercoff se garde bien de préciser la manipulation qu’il suggère lourdement. Il lui faudrait expliquer qu’on a volontairement pendu un enfant de quatre ans au balcon du cinquième étage, au risque de la voir lâcher prise, pour émouvoir faussement le public, et que Gassama a pris un risque mortel pour la même fin manipulatoire. On répète en revanche jusqu’à plus soif que le voisin qui tenait la main de l’enfant n’est pas le même que celui qui est ensuite interviewé, sans préciser que les vidéos sont prises de loin et que s’il est barbu sur le document initial, il a pu se raser avant de parler à la télévision (le lendemain), comme le font chaque jour des millions de Français. Ce qui est le cas, selon toutes probabilités.

Troisième règle : opposer aux contradicteurs non des faits prouvés, mais l’idée qu’ils participent, volontairement ou non, à une vaste opération de censure menée par les tenants de la «thèse officielle», ou, au choix, de «la pensée unique», de la «bien-pensance», ou du «camp du bien», composé d’hypocrites patentés ou de gogos inénarrables. On peut même ajouter une cerise sur ce gâteau en remarquant que s’il y a tant de contradicteurs, cela démontre que le complot est bien plus étendu qu’on ne croit. Ce que font systématiquement les détracteurs du 11 septembre. Ce que Bercoff a immédiatement proclamé en disant qu’on cherchait à éviter les questions dérangeantes et à le bâillonner pour sauvegarder «la thèse officielle».

Rappelons pour mémoire que quatre avions ont été détournés par des terroristes d’Al-Qaeda le 11 septembre. Deux ont percuté les tours du World Trade Center, un autre s’est écrasé dans la campagne, le quatrième s’est écrasé sur le bâtiment du Pentagone. Les assassins ont été filmés par des caméras de surveillance, l’attentat a été revendiqué, les passagers ont décrit les terroristes en parlant sur leur mobile avant le crash, etc. Et que Mamoudou Gassama, dans un geste spontané, a bien sauvé un enfant accroché à un balcon en escaladant au péril de sa vie un immeuble du XVIIIe arrondissement.


Une erreur s’est glissée dans la lettre consacrée à l’école de Marion Maréchal. Contrairement à ce que j’ai écrit, Charles Beigbeder n’a pas financé le projet; il s’et contenté de présenter à la jeune femme des investisseurs éventuels, sans grand résultat, dit-il.

 

 

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 4 juin, 2018 |Pas de commentaires »
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